Sur les pas des Hugenots

Croix

Texte "Bonne nouvelle 25 mars 2004" - M.D.

Bassin

Charles de Chandieu a construit le château de L’Isle. « Il a joué le rôle de passeur à la révocation de l’Edit de Nantes. »

Plaque Chandieu

Dans leur exil, les huguenots ont foulé le sol vaudois. Un sentier leur rend hommage. Raymond Gruaz, baliseur et guide du patrimoine, revient sur leur histoire:

Trois jours, c’est le temps qu’il faut pour arpenter les 76 km du Sentier des huguenots en terre vaudoise. Au départ de Morges, d’où débarquaient les réfugiés, le chemin s’enfile dans la campagne au gré des ruisseaux pour arriver sur les berges du lac de Neuchâtel à Yverdon-les-Bains. « Ils étaient près de 60 000 exilés venus de France et d’Italie à traverser la région en quête d’un lieu où vivre leur foi. » Raymond Gruaz, baliseur du sentier, connaît l’histoire sur le bout des doigts. « Le tracé choisi est l’un des chemins empruntés par les huguenots. » A l’époque, la vallée de la Broye est un couloir engorgé. Les Bernois mettent le holà et ordonnent que le passage se fasse ailleurs. » A Lausanne, qui compte « sept mille habitants à la fin du XVIIe siècle, ce sont deux mille réfugiés qu’il faut nourrir et loger. La population est réticente. Beaucoup de huguenots partent vers l’Allemagne, accueillis par les grands électeurs. » Avec eux, les exilés amènent des compétences. « Ce sont surtout des artisans. Les huguenots sont des tisserands ou des horlogers, mais aussi des banquiers », précise notre guide.

RaymondRaymond Gruaz

Sur le sentier il nous fait découvrir les descendants de ces réfugiés et les étapes de cette transhumance. « Le château de La Chaux était une commanderie de l’Ordre du Temple. A la Réforme, il passe aux mains des frères du réformateur Guillaume Farel. » A L’Isle, le château se dresse fièrement, construit par Charles de Chandieu. Né à Lausanne, « ce militaire de carrière au service du roi de France avait des origines huguenotes.Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a joué le rôle de passeur à la révocation de l’Edit de Nantes. » Jean de Léry, un Français converti à la Réforme s’est lui aussi réfugié à L’Isle. « Envoyé au Brésil par Calvin, il vit avec une tribu indigène et devient l’un des premiers ethnologues. »

Plaque Lery

En suivant le chemin balisé, le paysage défile et les personnalités aussi. A Mont-la-Ville, patrie de César Roux, nous apprenons que ses ancêtres viennent du Piémont. Longtemps « heimatlos, ce n’est qu’à ses 17 ans qu’il acquiert la nationalité suisse ». Une halte au creux des collines et nous admirons le style roman de l’abbatiale de Romainmôtier. « Ce haut lieu du protestantisme était un refuge pour les huguenots », commente Raymond Gruaz. A Valleyres-sous-Rances, « la comtesse Valérie de Gasparin-Boissier fonde la première école normale de garde-malades, qui deviendra La Source à Lausanne ». Son frère Pierre-Edmond Boissier doit sa renommée à son herbier oriental qui fait encore référence chez les botanistes. Court passage à Orbe pour admirer le buste du réformateur Pierre Viret et nous rejoignons l’église de Montcherand. Une fresque romane datant du XIIe siècle orne le chœur. « Ce tracé est un hommage à ces réfugiés. Laïc et interconfessionnel, il est un chemin de tolérance que l’on fait les yeux ouverts sur l’histoire. » Après un an de travail, le Sentier des huguenots sera inauguré dans son entier en 2017.

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