Les secrets de son passé

2009

titre web 20090001

Tables des matières
Pages
Le Château de L’Isle
11- Historique
15 – Construction en 1696
32 – Achat par la Commune le 20 janvier 1877
 L’Omguelt
39 – Concession faite en hiver 1324
Contrat de mariage
42 – Entre Albert de Dortans et Dorothée de Loriol en 1597
Péage et Pontonnage
47 – Sur l’Aubonne 1606
52 – L’Isle aux sorcières
54 – Un procès de sorcellerie à L’Isle en 1651
57 – Quelques faits relatifs à notre région dès 1651
61 – Noble Dame de L’Isle contre les Conseils du lieu. Requête du 18ème
66 – Construction de l’église de 1732 à 1734
72 – Manière d’établir le Conseil , règlement du 5 octobre 1728
74 – Vin vendu par Henri Wagnon, référence à l’Edit de 1739
77 – Dame de L’Isle et le Gouverneur ,concernant l’eau de la Venoge du 2 juin 1752
82 – Baronnie de Montricher, remplacement 24 octobre 1764
84 – L’abbaye des fusiliers , compte rendu du 9 mai 1767
86 – Les forêts de L’Isle . enquête 1789
90 – Constitution de la Bourgeoisie de L’Isle , mémoire 1790
97 – Mémoire du Conseil, réponse de La Coudre et Villars du 23 avril 1790
101 – Régent, ce que perçoit le régent d’école au 1er décembre 1800
103 – Bâtiment de la Bergerie, cession à La Commune le 31 janvier 1846
105 – Le Four de L’Isle, création du 24 janvier 1865
115 – Une famille Courvoisier des Toches, destin canadien dès 1868
120 – Internés français en Suisse, compte du passage en février 1871
132 – Cahier d’école 1872
136 – Economie ménagère 1872
137 – Destruction des mouches
138 – Feu de cheminée
138 – Service de table
139 – Manière de préparer la volaille avant de la faire cuire
140 – Œufs frais durant l’hiver
141 – Champignons et truffes
142 – Propriétés des aliments
143 – Une enfance heureuse à L’Isle, Rose Léontine Faillétaz, née en 1882
146 – La laiterie de L’Isle , de 1885 à nos jours
154 – Indicateur du Commerce et de l’Industrie, L’Isle 1896
158 – Inauguration de L’Apples-L’Isle, le 12 septembre 1896
168 – Anciens ponts de Chabiez et de La Ville, photo avant 1902
169 – Usine d’imprégnation des bois, photo 1905
171 – Conditions 1913-1914, agent de Police
174 – Directeur des carrières
178 – Directeur du pressoir
180 – Gardes champêtres
184 – Marguillier
186 – Taupiers
189 – Ravitaillement de L’Isle 1917
221 – Classes d’écoles, M.Monod, enfants nés 1900 et 1904
227 – Mlle Alice Baudat, enfants nés en 1921 et 1922
231 – Société des autotransports du pied du Jura vaudois (S.A.P.J.V.) 1920
240 – Indicateur du Commerce et de l’Industrie 1926-1927
246 – La trombe de L’Isle, le 4 juin 1932
250 – La Commune de L’Isle vue par M. Jean-Jacques Desponds en 1934
255 – Annuaire de l’Industrie et du Commerce 1936
261 – L’Abbaye de L’Isle, membres fondateurs, mars 1947
263 – Rois de l’abbaye, de 1947 à nos jours
271 – Réfections des rues du village, avant et après les travaux de 1953
281 – Les drames des Barbilles
286 – La mort de Samuel Rosselet en 1942
288 – Les crimes de 1944
300 – L’achat par la Commune en 1945
304 – L’incendie de 1950
312 – La fin de la ferme
315 – Articles de Presse
322 – Poèmes, histoire du tablier
325 – La Mémoire

Page 11 – Historique

Il existe plusieurs textes sur le Château de L’Isle. N’ayant personnellement rien découvert de plus, il me paraît raisonnable de ne pas  ajouter ma version, qui ne serait qu’une copie de textes existants.J’ai donc choisi de reproduire en partie le texte d’Adolphe Burnat,  extrait de la Revue Historique Vaudoise, juillet – août 1930, travail présenté le 24 août 1929 à la réunion de la Société vaudoise d’histoire et d’archéologie, à L’Isle.

Il me paraît indispensable, pour mieux entrer dans mon sujet, de le faire précéder de quelques notes brèves, sur le passé de L’Isle et sur sa Seigneurie.
Au XIVème siècle, L’Isle était devenue un bourg, entouré de murailles et pourvu de portes. Un acte de concession de libertés et franchises, daté du 14 avril 1398, lui avait été donné par Jeanne, dame de Cossonay, femme de Jean de Rougemont, Chevalier, fille de Louis de Cossonay et petite-fille de Jean de Cossonay.
Cet acte fut confirmé à Genève, le 11 septembre 1414, par Illustre et Puissant Seigneur Aymé, Comte de Savoie, prince, Duc de Savoie, et ratifié encore par Bartholomé, Seigneur de La Sarraz et de L’Isle, le 11 avril 1502. La Seigneurie avait sa juridiction particulière et se trouvait, à cette époque, en la possession de la famille française de Glérens.
En 1526, elle passa à la famille de Dortans, par le mariage de Claude de Dortans avec Anthoinas de Glérens.
En 1541, après le décès de leur père, Pierre et Henri, fils de Claude, obtinrent de LL.EE. des « lettres de reprise » pour la Seigneurie de L’Isle. Elle devint ensuite, avec les descendants de Pierre de Dortans, propriété d’une noble famille, française également.
Albert Dortans, fils de Pierre, Seigneur de L’Isle en 1597, épousa Dorothée de Loriol et fut père de Marie de Dortans, dame de L’Isle, et épouse, en 1614, d’Esaïe de Villars Chandieu, Ecuyer, Seigneur dauphinois, Aumônier de Henri de Navarre, plus tard Henri IV.
Esaïe de Chandieu est donc le chef de la branche suisse des Chandieu.

Chandieu est un surnom, choisi par la famille au Xème siècle ; ses armes sont  » de gueule, au lion d’or, paré d’azur » et pour cimier, un lion, avec la devise « pour l ‘Eternité ». armoirie Chandieu

C’est à cette époque que la terre et Seigneurie de L’Isle entra dans la Maison de Chandieu. Elle reconnaît, par acte notarié, que la Seigneurie dépend de LL.EE. à cause de leur baronnie ou de leur Château de Cossonay.
Les fils et héritiers d’Esaïe de Chandieu et de Marie de Dortans possèdent, en 1675, la Seigneurie en commun ; elle devint ensuite au second fils, Paul de Chandieu, époux de Louise Polier.
C’est à son fils Charles, né en 1659, mort en 1728, que nous devons la construction du château sur lequel nous reviendrons tout à l’heure.
En 1798, la Seigneurie cessa d’exister et la dernière dame de L’Isle, Elisabeth de Sacconay, décédée en 1808, fut la belle-fille du général de Sacconay, vainqueur de la bataille de Vilmergen, en 1712.
Le château de L’Isle fut vendu, du vivant de Mme de Sacconay, à François-Louis Roulet, allié Prince, de Neuchâtel.
Son gendre, Jacques-Daniel Cornaz, en hérita, laissant à son tour, l’ancienne demeure des Chandieu, à
M. François Cornaz, allié Guebhard.
La commune de L’Isle devint acquéreur du Château et de son domaine, en 1876.

découpage

Découpage du 5 novembre 1869

Page 15 – Construction en 1696
Sa construction, ordonnée  par Charles de Chandieu, fut achevée en 1696. Charles de Chandieu, Seigneur de L’Isle, épousa en 1685, Catherine Gaudicher, d’origine angevine, dont il eut onze enfants. Il entra jeune au service de France, se couvrit de gloire dans la campagne de Flandres, fut fait brigadier par Louis XIV en 1696, maréchal de camp en 1704, et lieutenant-général en 1722.
L’histoire raconte que lorsque sa future châtelaine arriva pour la première fois à L’Isle, elle éprouva une immense déception et s’écria : « Ce n’est que ça !.. » Elle faillit tourner bride.

ancien chateau

L’ancien château

On a prétendu que les plans de la construction étaient l’œuvre de Mansart. Cet architecte illustre, l’un des constructeurs du Palais de Versailles et de l’Hôtel des Invalides, aurait même désiré,  après avoir examiné sur place les terrains assignés à l’édifice, apporter quelques changements à ses projets conçus à distance.
Je me permets de douter, sauf preuve contraire  à l’appui, de la participation effective de Mansart à cette œuvre ; non pas qu’elle ne soit  digne d’un artiste de grand mérite, puisqu’elle forme un ensemble si réussi, mais l’architecte français avait fort à faire à répondre aux exigences de sa clientèle, à commencer par le Roi de France, et L’Isle était bien éloignée de son champ d’activité.

ancien plan 1

Il se peut fort bien, par contre, que notre château soit inspiré d’une création de Mansart, construite en France à cette époque, dont la conception ait plu à Charles de Chandieu.
Ses relations avec les plus grands personnages de la Cour, lui permirent d’en obtenir les plans dont il confia l’exécution à Anthoine Faure, le seul architecte mentionné sous ce nom dans les comptes et les marchés ayant trait à l’édification du Château.
Dans les pièces retrouvées aux archives de Neuchâtel, il est question d’un Antoine Favre, architecte à Couvet, à la fin du XVIIème siècle. Il s’agit sans doute du même personnage, et il n’y a rien d’étonnant à ce que le nom de Faure, ayant la même origine, ait été déformé dans les conventions à l’orthographe quelque peu fantaisiste, passées pour l’entreprise. Faure doit être né vers 1640 ; il était gouverneur de la communauté de Couvet lors de son élection en paroisse, en 1705.

Grâce à la complaisance de M. Maxime Reymond, j’ai pu relever, dans les Archives cantonales, un certain nombre de marchés et contrats passés au nom de Charles de Chandieu, par son architecte, avec divers entrepreneurs désignés pour l’exécution des travaux.
Il en est de bien amusants, qui dénotent, malgré l’apparence sévère de quelques termes, une plaisante bonhomie dans les rapports entre les intéressés ; voyez le contrat établi avec le fabricant de tuiles :
« Aujourd’hui, le 20me janvier 1698, j’ai fait marché avec Maistre Manuel Amiet, des Tuilières de Villard, pour travailler à la tuilière de noble et puissant Seigneur de Villars Chandieu, Brigadier et Capitaine au Garde suisse, »
– savoir le dit Maistre Amiet avec deux filles,
– savoir le commencement d’avril jusqu’à la St-Michel, dite année, voire plus outre si le temps le  peut permettre,
– donc, pendant le dit temps, le dit Maistre ne pourra pas entreprendre d’autre travail non plus que les dites filles, lesquelles doivent bien savoir travailler au métier de faire les tuiles,
– et pour tel service, je lui ai promis la somme de vingt livres par semaine, qui est justement huit francs monnayés de France,
– savoir les semaines en tiers et en outre les nourrir, et entretenir pendant le dit temps, et blanchir leur linge, etc. , il est entendu qu’on lui donnera faits les repas, leur demi pot de vin pour les trois et outre, si le dit Maistre s’acquitte bien de son devoir et fidélité, lui est encore promis un écu blanc pour  » estraine « ,
– en outre, ce qui doit donner le courage à bien faire est ce que nous nous sommes convenu pour l’obligation de nos biens sans n’y pouvoir aucunement contrevenir, a peine de supporter tous les frais et de tous points faire joie et contentement de mon dit Seigneur et de la dite dame,
– en présence du sieur David Calame, de La Chaux-de-Fonds, et de Jaques Baté, son beau-frère, et pour plus de force nous nous sommes donné avis ici-bas, et lorsque le dit Maistre s’en va, on lui donnera à manger et à boire comme il a été fait l’année  passée.
Signé ; Manuel Amiet des Tuilières. »

Puis le marché conclu avec Conrard Nydestre (probablement Nydegger) du baillage de … (illisible) dans le canton de Berne, pour fourniture des carrons et planelles pour mettre sur les combles du château :
Il lui est donné une chambre où il puisse faire du feu pour cuire «  leur soupe, avec draps et couverte pour se coucher et prendre le moindre bois pour cuire « leur soupe », etc.
Et encore :
«  Avec Abraham Gex d’Aigle, pour livrer dans cinq semaines,  à la Ville neuve (pour être probablement de là transportées par barque à Morges) huit pièces de marbre noir de la qualité et mesure d’autre part spécifiées, de 16 pouces, et carrées, sur 4 à 5 d’épaisseur. »
Il s’agit sans doute des plaques de marbre de St-Triphon dont est recouverte la grande salle du rez-de-chaussée.
On trouve aussi la commande à Abraham Guex, de 608 carreaux de verre blanc et 462 carreaux de verre commun, pour les fenêtres du château. Ce nombre se conçoit sans peine, si l’on considère les multiples divisions des croisées.
Il est question parfois de prix ; traduits en chiffres connus, la construction était moins onéreuse qu’elle ne l’est de nos jours.

Dans la lettre de David Faure à son beau-frère, Anthoine Faure, l’architecte du Château, il est fait mention d’un envoi de pierres pour diverses parties de la bâtisse, et d’un voyage à Auvernier, pour ces matériaux ; il s’agit donc de pierre jaune de Neuchâtel, qui arrivait à L’Isle par Yverdon.
On retrouve encore une lettre d’Anthoine Faure à Mme De Chandieu, datée du 16 septembre 1695, en pleine construction, lui donnant d’intéressants détails sur la marche des travaux.

Un Monsieur C. de Stürler, ami de la famille, et l’un des habitués du Château, dont parle Mlle Catherine de Chandieu dans son journal, envoie, le 10 septembre 1696, à la veille de pendre la crémaillère, un dessin « barbouillé », dit-il, qui doit servir de modèle pour les armes accolées à placer sur les girouettes. Ces dernières ont disparu avec les beaux épis qui ornaient la toiture.
Le dessin naïf, daté de 1761, et signé L.F.W., que contient le volume de M. et Mme de Sévery, sur  » La vie de société dans le pays de Vaud au XVIII siècle » indique nettement ces ornements sur le faîte de l’édifice.

plan actuel

Le plan du château est fort simple, mais par là même d’un effet grandiose, grâce à ses belles proportions. L’entrée principale tournée au nord, au centre de la Cour d’honneur, donne accès dans un vestibule de vastes dimensions. En face, une porte ; c’est celle du salon des grandes réceptions, sorte de Salle des Chevaliers, ouvrant sur les pelouses du sud et sur la pièce d’eau.
Du vestibule, on aperçoit à sa gauche, sous un arc surbaissé, le grand escalier orné d’une rampe de fer forgé.

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Le grand escalier – Photo Raymond Gruaz

A sa droite, la paroi est entièrement boisée de chêne ; elle accède par une large porte, en son milieu, dans la salle à manger, toute de chêne également. Cette note dominante du bois dur, donne à cette pièce, quoique tournée au nord, une apparence de confort et de chaleur tout à la fois.

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La salle à manger – Photo Raymond Gruaz

Si l’on pénètre dans le grand salon du centre, on se représente sans peine le bel effet qu’il devait produire. Ses parois étaient couvertes de gobelins aux sujets mythologiques, son mobilier entièrement garni de velours frappé, de couleur bleue, le dallage de marbre noir, presque complètement recouvert d’un tapis de Turquie, ses lambris clairs au filet d’or.

grand salon
Le grand salon – Photo Raymond Gruaz

Cet ensemble formait le décor le plus somptueux ; les Chandieu avaient apporté à L’Isle le faste des grandes résidences. La beauté des proportions est aujourd’hui, tout ce qui reste de cette splendeur passée.
Sur la plaque du foyer, dans la cheminée de marbre, figurent les armes accolées des Chandieu et Gaudicher ; au-dessus des portes, des panneaux de bois encadrent des sujets peints sur toile, paysages et personnages ou poteries en camaïeu, dont l’effet dut être charmant, mais que d’intempestifs projectiles ont crevés en bien des endroits.
Nous retrouvons du reste ces motifs de décoration dans toutes les pièces principales de l’édifice, où le sort ne les a pas préservés davantage.
Le mur opposé aux fenêtres, des deux côtés de l’entrée, est boisé, et ses angles sont arrondis. L’une de ces courbes est le cadre d’une porte conduisant à la salle à manger, l’autre est une armoire.
Des témoins m’ont assuré que celle-ci contenait, au moment de la dernière vente du domaine, des modèles en cartonnage, ayant dû servir de maquette pour la construction du château. Que sont devenus ces précieux auxiliaires qu’ont eût, de nos jours, soignés comme des trésors ?
Dans les parois de droite et de gauche du grand salon, des portes conduisent aux pièces d’habitation principales. A l’ouest, la chambre à coucher du général de Chandieu et, lui faisant suite, la chambre qu’on appelait, « la chambre des Demoiselles ». C’est là que Mesdemoiselles de Chandieu, filles du général, avaient coutume de se réunir. N’ont-elles pas, peut-être, dans ce cadre intime, brodé de compagnie, les fauteuils pieusement conservés aujourd’hui à Lausanne ?

A l’Est, la chambre d’apparat contenait un lit à colonnes et à baldaquins, recouvert, comme tout le mobilier de cette pièce, de velours d’Utrecht, rouge.
Les ailes de la Cour d’honneur contenaient : à l’ouest, les cuisines, les offices, et au premier étage, les chambres des gens. A l’Est, les archives, une bibliothèque boisée aux panneaux treillagés à la française, et enfin, la chambre dite du cocher. Toute cette partie, de même que la salle d’apparat, est occupée maintenant par des classes d’école et un local de couture.

Au premier étage du grand corps de bâtiment, la distribution était sensiblement la même qu’au parterre. Un vaste salon central, – celui où nous sommes – était recouvert, au temps de sa splendeur, de cuir de Cordoue, à la patine de cuivre et d’or. Le mobilier était de velours de Gênes frappé, bleu avec deux grands canapés cannés.

Revenons aux façades du château des Chandieu, et contemplons-les avec toute l’attention qu’elles méritent. Elles sont du plus pur style qu’ait produit le XVIIème   siècle, et leur magnifique simplicité les apparente avec les plus beaux monuments de cette époque.

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Fronton façade sud – Photo Raymond Gruaz

 Par le plan même, la disposition d’une cour d’honneur, restreinte il est vrai, fermée d’une grille, autrefois blasonnée, rappelle l’imposant effet obtenu à Crans, à Hauteville, à Vuillerens et à Prangins.
L’ordonnance de l’ensemble est purement française, sans aucun des tâtonnements qu’on retrouve aux demeures élevées par les constructeurs de chez nous, moins bien préparés et très éloignés de toute Ecole.
Le château de L’Isle offre encore un autre caractère, bien rare dans notre pays ; c’est son toit à la Mansart, cette vaste couverture à deux pentes permettant à des combles immenses d’abriter dans leur charpente, des espaces sans limites. Il y a dans cette forme, issue d’une idée pratique, un superbe développement, qui augmente l’impressionnant aspect d’un tel ensemble.

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La charpente – Photo Raymond Gruaz

Et que dirons-nous des abords du château ? Avant l’arrivée du général de Chandieu à L’Isle, la résidence des Seigneurs du lieu était une habitation fort simple, flanquée aux deux extrémités de sa longue façade, de deux tours rondes. Son emplacement était tout au bord de la Venoge, dont l’élargissement, nécessaire à l’aménagement de la pièce d’eau, fut creusé en 1710.
De Chandieu démolit cette demeure : le champ était libre. Il en profita pour donner de l’espace à son nouveau projet, créa des parterres fleuris et gazonnés, dont le plan géométral  existe encore dans les cadastres anciens.
De grands marronniers, devenus de vrais géants, encadrent la perspective de la façade  sud. A l’Est, une allée de même essence fait une ombre mystérieuse aux abords de la  somptueuse demeure. Une grille monumentale sépare le domaine du bourg, vers le côté que les anciens plans appellent « de Bize ».
Le miroir traditionnel des demeures seigneuriales françaises est, comme nous l’avons vu, formé par la Venoge. Deux ponts l’enserrent qui ferment l’étang, Un jet d’eau, axé avec les baies centrales des salons, faisait revivre, à certaines heures, la calme surface de ces ondes.

Or en 1698, à peine le château construit, Charles de Chandieu tente un effort auprès des Autorités  » nobles Bourgeois du dit Lieu de L’Isle  » pour obtenir l’autorisation  de détourner le chemin public qui passait encore entre la terrasse et l’eau. Il créera un pont à l’extrémité Est de l’étang. La convention, signée par devant notaire, à cet effet, est empreinte de précision et d’infiniment de respect pour les parties contractantes.
Au nord de la Cour d’honneur se trouvaient les communs, granges et fermes du domaine. Une longue avenue de tilleuls, abattus en partie aujourd’hui, se terminait par un second jet d’eau. Il paraîtrait que, toutes portes ouvertes, le jet d’eau de l’étang et celui que je viens de citer, s’apercevaient à la fois, dans la longue perspective. Amusements de grand seigneur, mais fantaisie vivante et bien faite pour charmer les yeux dans un décor enrichi par la nature.
Il faut admirer sans réserve les efforts qui conduisent à de tels résultats. L’Isle est un exemple de ce que peut créer la fortune mise au service du goût le plus éclairé.
Le général Charles de Chandieu a droit à la reconnaissance de tous ceux qui aiment notre passé, nos traditions, et les splendeurs de notre pays vaudois.
Nous savons que les descendants des Nobles Bourgeois de L’Isle connaissent le trésor qu’ils ont acquis.
Ils se doivent de le garder pour la génération qui monte et ils sauront faire l’effort nécessaire à la conservation d’un des plus beaux monuments de notre canton.

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Armoirie sur le portail – Photo Raymond Gruaz

Page 32 – Le Château de L’Isle
Propriété communale dès 1877 et collège depuis 1892
Historique de son achat et de son financement.
(Relevé de M. Marcel WULLIENS greffier).

chateau Wuillens

En 1876, la Municipalité entre en contact avec les quatre enfants de feu Jean-François Cornaz, fils de Jacques- Daniel, gendre de Louis Roulet, qui avait acheté le Château en 1810. Edmond Tissot, époux d’Adèle née Cornaz, agit comme mandataire.
Le 7 septembre 1876, le Conseil communal siège à 13 heures. Après une demi-heure de discussions, la séance est suspendue. Elle est reprise à 14 heures. Après de nombreuses interventions, il est décidé que la Municipalité se rende en bloc au Château, où attend M Edmond Tissot de Lausanne.
A 18 heures, la séance est reprise, la Municipalité ayant mis au point tous les postes litigieux. Par 26 voix contre 2, le Conseil admet l’achat de tous les immeubles, pour le prix de Fr.200’000.-, plus les frais, soit Fr.202’220.-
Les immeubles achetés comprennent : Le Château et ses abords, le logement du fermier, les écuries et remises, plus le terrain, soit environ 75 poses. Les forêts de Jaccard, Paletaux et Chargeaulaz  représentant 262 poses.
Pour financer cet achat, la Municipalité a proposé la façon suivante :
Une hypothèque en 1er rang à 4 ¾ %  de Fr.50’000.- La revente de terrain, environ 50 poses, vente du 20 décembre 1876, pour un montant de Fr.48’848.04. La vente de noyers et tilleuls pour Fr.6’500.- L’émission d’obligation à 4 ½% d’une durée de 12 ans pour Fr.93’500.-. Et des divers pour Fr.5’000.-
Dans le prix de vente est compris tout le mobilier déposé au Château à l’exception de la tenture de cuir qui recouvre les parois du salon du 1er étage. Les vendeurs feront le remplacement en papier de bonne qualité. D’autre part, le produit de la ferme pour 1876, soit Fr.3’700.- est au bénéfice de l’acquéreur qui prendra alors en charge l’impôt foncier, l’assurance des bâtiments et la moitié du gage du forestier soit Fr.50.- pour l’année.
La vente aura lieu au comptant le 20 janvier 1877 avec bonification d’intérêts aux vendeurs de 3% du 07 septembre 1876 au 20 janvier 1877.
Le mobilier est vendu le 22 décembre 1877, pour le prix de Fr.4’739.-, à M. Cavin antiquaire à Lausanne. Ce mobilier avait été taxé Fr.2’900.- dans l’acte de vente. (Voir tableaux pages suivantes)
La vente du fumier de la ferme a produit environ Fr.3’700.- soit 44 centimes le pied cube.
En 1880, Les Autorités municipales  proposèrent la vente des fermes, vergers et champs pour le prix global d’environ Fr.28’000.- Il s’agit du parchet se trouvant entre la rue du Château et la Vy de La Coudre y compris les deux fermes, partagé en plusieurs parcelles.
En 1884 le Conseil a refusé de ratifier la vente du Pré du Four et d’une parcelle aux Avenues.
Dès 1890, diverses interventions émanent du Conseil communal en vue du déplacement des écoles au Château, à partir du collège se trouvant derrière l’église. En 1982 la chose est décidée. Une restauration complète est exécutée. Le devis total se monte à 31’500 francs

Page -39  L’omguelt
Impôt extraordinaire prélevé dès le XIIIe siècle sur des objets de consommation, tout d’abord sur le vin vendu. Le mot (à l’origine « ungelt ») signifie « redevance non due », c’est à dire extraordinaire, voire illégale. L’ohmgeld fut conservé et appliqué par plusieurs cantons jusque dans le XIXe siècle sous forme de droit d’entrée sur les vins et spiritueux. Il ne fut supprimé qu’en 1874 par la nouvelle constitution fédérale, avec un délai d’application jusqu’en 1890).

(Avec le respect de l’orthographe original du document)
Copie de la traduction, de La Concession Faitte par Louïs de Cossonay aux Bourgeois, et à la Communauté du Bourg de LIsle, du droi D’omguelt sur le Vin qui se vend audit LIsle.
Du jeudi après la Feste de St. Martin en hyver L’an 1324.
Je Louïs de Cossonay. Fais Savoir à Tous, par les présentes, que Comme ainsy Soit. Que quelques uns des Bourgeois de Mon Bourg de LIsle, eussent donné à perpetuïté le Languel du Bourg prédit de LIsle.
Je Louïs prénommé. Sachant, et de bon gré, ay remis et remet, ay quitté et quitte, à perpetuïté, pour Moy et Mes Hoirs le prédit  L’anguel, et la prédite donnation aux Bourgeois et à la Communauté du prédit Bourg de LIsle, pour eux et leurs hoirs, pour être par iceux tenu et possédé.
Et c’est à cause de bonne satisfaction, laquelle j’ai euës reçuuë des Bourgeois du prédit Bourg de LIsle,  en bon argen bien délivré Sous Titres de Cession et quittance, des choses prédites, de laquelle satisfaction je me tiens pour entiérement content, voulant et Octroyant pour Moy et mes héritiers, que Sil Setrouve qu’elque Lettres deuement faittes sur la Ditte Donnation, on ne leur ajoute aucunement foy, et quelles n’ayent aucune force ni fermeté pour estres icelles entiérrement cassées et anéanties.
Promettant pour Moy,et Mes heritiers, par ma bonne foy en lieu de Serment de faire, audits Bourgeois et Communauté du Bourg prédit de LIsle et leurs héritiers. Bonne et Loyales guérence de paix perpétuelles de la Cession et quittance des Choses prédites.
Contre tous en Jugement, et hors de Jugement et en toute manière de Proces toutes et quantes fois que de Besoin Seray, et  de tenir et garder toutes les choses prédites, et de n’y point Contrevenir, ny rien faire ou Contre ni même Consentir à Aucun qui y voudroit Contrevenir à Telle Condition.
Toutes fois que le prédit L’anguel doit êtres mis au propre  et avantage du prédit Bourg de LIsle par l’avis et Conseil de Mon Chatelin qui est aprésent, ou qui Sera à l’avenir d’entre les Bourgeois dudit Lieu et en témoignage de tout ce que dessus, je Louïs le prénommé ay apposé mon Seau au présent escrit, donné le Jeudy après la Feste de St. Martin en hyver.
L’an de notre Seigneur Mille Trois Cent Vingt quatre.
Pour Copie Conforme et Collationnée tirée Sur la Grosse des droits de la Commune dudit LIsle, vérifié par Daniel Louïs de Tavel, Ballif à Morges, et son secrétaire Comme en font les signatures à quoi soit rapport.
Pour foy de quoi J’ai Signé les présentes Pour Copie fidelle, Le 24 octobre 1809  Louïs Gruaz Gréffier Municipal.

omguelt

Page 42 – Contrat de mariage  entre Noble Albert de Dortans, seigneur de L’Isle, et
Demoiselle Dorothée de LORIOL, en  1597.

Contrat de mariage

(Ce contrat se trouvait aux archives du château de L’Isle. Emporté par les Bourla-Papey, il fut perdu ou sauvé du feu. Récupéré par un Bourla-Papey, un de ses descendants le transmis à Adrien Besson. En 1979, son petit-fils, Jean-Jacques Romang découvrit cette pièce en refaisant son galetas. Il la remit à son oncle Frédéric Besson qui lui-même la rendit aux archives de L’Isle). « Vieux documents » d’Adrien Besson (Au Pied du Mont Tendre volume II, Morges Cabedita, 1988), p.129-132.
Dans sa version originale, le sens des dispositions n’est pas toujours facile à saisir et, de plus, la restitution exacte des mots manquants n’est pas assurée.
Voici en bref et selon notre compréhension l’essentiel du contenu de cet acte:
QU’  IL  SOIT  NOTOIRE  A  TOUS  ET  CE  A  LA  GLOIRE  DE  DIEU.
Entre noble Albert de Dortans, seigneur de L’Isle et Demoiselle Dorothée de LORIOL, ce traité a été établi et ce, en commun accord avec les parents et amis, afin que, s’il plaît à Dieu, ce mariage entre vrais époux puisse être célébré solennellement en l’Eglise de Jésus Christ et devant l’assemblée des fidèles.
Et pour subvenir à ce mariage, Noble Georges de LORIOL et Damoiselle de CHASSIPOL, sa femme, ont convenu de constituer en dot pour leur fille, de la manière suivante:
…livres tournoises  valant chacune 20 sols en monnaie de Savoye, réservées à l’achat des joyaux et bijoux; (La livre tournoise, était une monnaie utilisée en France sous l’ancien régime. Il s’agissait d’une monnaie de référence, utilisée pour pouvoir convertir des sommes dans une même unité, à une époque où une multitude de valeurs étaient en circulation)
600 livres de même valeur pour les habillements de noce;
2’000 livres qui seront versées dès les premiers jours de janvier prochain venant:
4’000 livres, payées par tranches de 500 livres, le 1er janvier de chaque année qui suivra, et ce jusqu’à concurrence du montant indiqué.
Il est précisé que la jeune épouse renoncera dès lors à toute prétention, sauf droits, sur les biens de ses père et mère.
Mais par volonté de l’époux, et même au cas où celui-ci viendrait à décéder, les droits de l’épouse sur sa dot lui sont reconnus, que cette dernière ait été complètement ou seulement partiellement honorée. Elle pourra alors, à son choix, prélever l’équivalent de cette somme sur les biens de son époux; les conserver pour elle ou pour ses enfants.
De plus, à la faveur de ce mariage, il lui attribue en propre pour ses bagues et bijoux, la somme de 300 écus. Et ces bagues et joyaux lui resteront acquis quoiqu’il arrive, de même, ceux qu’elle aurait reçus d’ailleurs et, les robes, les linges, les habits servant à son propre usage lui sont acquis, à l’exception toutefois des cottes robes et de soies (?).
Cependant, ces dernières pourront lui être remises à valeur de l’estimation faite par les amis des parties et sans autre formalité.
Et en plus de tous ces droits reconnus, le dit époux lui assigne à titre de donation: 3’000 livres tournoises à valoir sur ses biens meubles et immeubles, tout spécialement sur ceux de la terre et seigneurie de L’Isle.
De plus, s’il vient à décéder, elle aura la jouissance par moitié, tant de la maison que des immeubles. Et en ce cas, les héritiers du dit époux devront respecter ces dispositions.
Et il est répété que quoiqu’il arrive, les 300 cents écus et les 600 livres sont dus à l’épouse qui pourra en disposer pour elle ou pour ses enfants.
Par ailleurs, nonobstant la dite convention et pour apaiser tous les différents qui pourraient survenir, il y aura lieu de se référer aux coutumes du Pays de Vaulx tant qu’à celles de la Bresse.
De plus, les parties prêtent ici le serment de se conformer au présent traité, de le garder et le considérer à jamais agréable dans tout son contenu.
En foi de quoi le présent traité a été établi le 10 décembre 1596 par Claude de Bretigny, notaire, et signé le 9 janvier 1597, à L’Isle par :

 Georges de Loriol, Albert de Dortans.
Et les témoins: Claude Mestral, François Léonard de Vauldans, Aaron Varacat, Jean-François Escherny.
De Bretigny, notaire.

parchemin original
Parchemin original de 1597

Page 47 – Prononciation et acte de reconnaissance de franchise du Péage et Pontonnage en faveur de la Commune de L’Isle sur la rivière de l’Aubonne, du 1 mars 1606.

Fait par le Notaire Jean Grivel. Copie effectuée par Benjamin Aubert Notaire Public et juré le 2 août 1811.

Au nom de Dieu Amen.
A tous présents et avenir soit notoire  et manifeste, que procès et différent fusse mue et suscité, entre Noble et puissants seigneur François Villain seigneur et Baron d’Aubonne d’une part, et les syndic gouverneurs et Communiers de L’Isle, Villars Bozon  et la Coudre d’autre, sur ce que par les fermiers et amodiateurs du pontonnage et péage au dit seigneur baron appartenant sur la rivière appelée l’Aubonne aurait été demandé à certains du nombre des Bourgeois du dit L’Isle de payer à le dit péage.
Lesquels néanmoins auraient fait refus de celui pour être combourgeois de la ville de Cossonay que sont francs du pontonnage et péage comme est amplement déclares es concession et devant les dits seigneurs barons du dit Aubonne aux dits de Cossonay faites et quoi contredis soit le dit seigneur baron pour plusieurs causes et raisons pour par celui et geus à son nom avancées, et les dits de L’Isle par-devant à leur précédent dire, avec aussi plusieurs autres allégations par les deux parties réciproquement dictés et avancés. Les quelles pour (obsier à proliscité) sont ici (obucises). Est-il que désirant plutôt le fait susdit être décide amiablement que par rigueur de droit. A l’effet de quoi auraient choisis chacun de sa part des arbitres, savoir à la part dudit seigneur Baron Noble Michel Delavigny seigneur de Berole Chastelain dudit Aubonne, honorable Julien Begoz son lieutenant et moi Jean Grivel Notaire soussigné, et à la part des dits de L’Isle noble Jacob et Jean Crinsoz seigneurs de Cottens.
Les quels étant tous assemblés au dit Aubonne avec les prédites parties les dit seigneur Baron présentement assisté de Noble François son fils seigneur de Gimel et d’Egrege Jaques Maillard son receveur.
Et pour les dits de L’Isle honorable François Faillettaz syndic et gouverneur du dit L’Isle aussi assisté de discret Jacob Gruaz, honorable Maget et Isaye Wagnon tous bourgeois conseillers et prudhommes dudit L’Isle tant à leurs noms que de tous les autres bourgeois et communiers du dit lieu. Les quels sr. Arbitres  comme dessus d’une part et d’autre spécialement députés ayant vu bien au long entendu et considéré les droits du dit seigneur Baron comme aussi ceux des dits de L’Isle s’emparant des droits et libertés que ceux du dit Cossonay ont du fait contentieux. Ensemble toutes autres réciproques raisons et allégations ont sommairement prononcé et ordonné comme s’en suit. En premier que bonne paix amitié et voisinage soit et doive être par eux et après entre celles parties.
Item que les dits de L’Isle, Villars Bozon et La Coudre tous les bourgeois du dit L’Isle, les leurs hoirs et successeurs quelconques seront et devront  d’ici et déjà être quittes francs et exempts dudit pontonnage et péage au dit seigneur baron appartenant sur la dite rivière appelée l’Aubonne sans en pouvoir en façon que ce soit être rechercher par le dit baron les sieurs si autres de lui ayant charge. Ainsi resteront les dits de L’Isle à forme des cutes de concessions ci devant fait et passer par les susdits seigneurs barons dudit Aubonne aux dits de Cossonay sous les mêmes conditions et déclarations spécifiées par les dits actes de concessions.
Qu’est par spécialité, que les dits de L’Isle seront tenus quand on leur demanderait ou voudrait faire payer le dit pontonnage et péage faire et prester serment entre les mains des officiers du dit seigneur et baron, soit de ses fermiers, que ce soit pour eux même sans aucune fraude ni tromperie. A la charge aussi que les dits de L’Isle observeront et feront observer dores en avant le jour des foires du dit Aubonne et franchisses de celles rière le district et seigneurie du dit L’Isle a forme que les dits de Cossonay ont accoutumé faire riére la baronnie et seigneurie du dit lieu a cause de leur combourgeoisie d’Aubonne, et par ce moyen tous procès et difficultés pour ce faits suscités sont déclarés nulles.
Quant aux dépends survenus sont pour le bon respect compenses de part à part. Lesquels ont été de bonnes volonté par les dits de L’Isle payez et supportes avec aussi une Grosse de longs moitié de pesses soit fieusses et l’autre moitié de vuarne bons beaux et recevable rendable à leurs dépens au château du dit seigneur baron, par ainsi le tout de ce que dessus étant leu et rapporté aux prénommées parties par le dit noble Jacob Crinsoz seigneur de Cottens et mois le dit notaire soussigné.
Ceux qui l’ont volontairement accepté loué et ratifié en tous ses points et articles avec toutes réciproques promesses par foi et serment obligation de biens notamment les dits de L’Isle de ceux de la communauté du dit lieu et de leurs propres meubles et immeubles présents et advenir quelconque promettant par ce moyen faire louer et allouer les présentes par les autres bourgeois et communiers du dit lieu, toutes fois et qu’en ils en seront requis.
Et avec toutes autres clauses requises et (oppunes) que soient ici entendues pour suffisamment exprimées,  fait et prononcé au dit Aubonne en la maison d’honorable Louis Palier le premier jour du mois de mars de l’an de grâce courant mille six cents et six présents des dits seigneur Arbitres et le dit Valier et Jaques Mathieu officier du dit lieu pour témoins requis.
Inscription au pied d’une copie du même acte:
J’ai vu l’acte de franchise énoncé ci dessus et lui reconnu bon consentant qu’il ait lieu aux conditions qui y sont marquées, fait à Aubonne le 10 juin 1606.
Etait signé DuQuesne.

Page 52 – L’Isle aux sorcières

Sorcières extrait

(Recrudescence de la sorcellerie – Histoire de l’Eglise Réformée du Pays de Vaud  sous le régime Bernois – Sect. II – pages 683 et 684).

Ce n’était pourtant pas, tant s’en faut, qu’on en eût fini dans le Pays de Vaud avec le fléau de la sorcellerie, non plus qu’avec les procès auxquels il donnait lieu devant les cours de justice.
Au contraire, en dépit des « remèdes » que LL.EE. croyaient avoir apportés par les derniers mandats émanés de leur part, le mal recommençait à sévir dans certaines parties du pays.

On vit de nouveau des procès se dérouler, notamment devant les justices seigneuriales, et bon nombre d’entre eux  aboutirent à des sentences de mort.
On cite entre autres la seigneurie de L’Isle, appartenant aux Chandieu, comme ayant fourni pendant une série d’années, jusqu’en 1660, un fort contingent de victimes.
Celles-ci subissaient le dernier supplice aux portes de Cossonay, parce que la dite seigneurie était « mouvante » du château de cette ville.

sorcières pendaison

Page 54 – Un procès de sorcellerie à L’Isle
Le procès de sorcellerie intenté à Nicolarde Gollie de la Coudre, jugée à L’Isle, et brûlée aux portes de Cossonay au printemps 1660 fait partie d’une série de procès dirigés par les châtelains de L’Isle.
Grâce à la transcription de Jean Cart, je vais vous raconter celui intenté à Madeleine Griffon de L’Isle, condamnée à être brûlée vive en automne 1651.

ancien chateau

L’ancien Château de L’Isle

Enfermée dans les prisons de la dame de L’Isle, elle subit un procès dirigé par le châtelain Jacob de Brétigny, personnage très en vue, qui porta les titres de donzel et de bourgeois de L’Isle et dont l’histoire lui réserva une triste fin; eh oui ! vers 1673 le dernier des Brétigny mourait obscurément comme simple  berger.
On lui reproche d’avoir caché dans sa maison un pot en étain appartenant à Salomon Wagnon, mais elle ne veut pas le reconnaître et souhaite que Dieu fasse tomber du ciel le feu sur la maison de celui qui l’a pris.
Par contre elle confesse, le 15 septembre 1651, avoir paillardé et s’être abandonnée avec un nommé Jehan Grugnon fruitier dans la fruitière de Lavaux alors qu’elle était mariée, et de s’être également donnée au diable.
Soumise au supplice de la simple corde par trois fois, le mardi 23 du même mois elle reconnut qu’il y a environ 6 mois en compagnie de Jehanne Tissot, femme d’Isaac Anselme de L’Isle, elle mangea une oie appartenant au châtelain, et que quelques jours après en allant au bois de Chardevaz elle rencontra un grand homme vêtu de noir qui lui demanda de se donner à lui en prétendant qu’il était le diable.
Il lui fit remarquer qu’elle était déjà sienne du fait des paillardises et d’autres forfaits commis, elle renonça donc à Dieu et prit le diable pour son maître sous le nom de Pierasset. Elle reçu du diable une boîte pleine de graisse avec une épingle noire qui devait lui servir à faire mourir gens et bêtes après quoi il la jeta par terre et la marqua avec ses griffes.
Elle testa aussitôt ses nouveaux pouvoirs en donnant du pain enduit de graisse à un de ses chats qui mourut, elle en fit de même avec un veau et une chèvre qui moururent subitement.
Quelques temps après elle fit mourir un cheval appartenant à Abraham Wagnon. Se rendant compte du mal quelle faisait elle jeta la boîte dans le jardin pour ne plus s’en servir. Mal lui en pris, alors qu’elle revenait du village de Moiry, le diable lui reprocha d’avoir jeté la boîte de graisse, la battit violemment et lui redonna une nouvelle boîte exigea qu’elle fasse encore plus de mal.
Un étalon lui appartenant ainsi qu’une jument à Joseph Court furent ses victimes. Elle reconnu avoir piqué avec son épingle une vache à Antoine de Savoy, et que la bête mourut également.
Par contre bien que le diable le lui ait demandé plusieurs fois elle ne put se résoudre à faire mourir son mari !
Finalement elle a confessé avoir été plusieurs fois « à la siette diabolique » de nuit en lieu appelé En la Corne des Marets, près de L’Isle, avec plusieurs de ses complices dont une partie étaient masquées, sautant et chantant une chanson : mon joli temps s’en est allé; ne le saurai retrouver.

Page 57 – Quelques faits relatifs à la sorcellerie dans notre région :
(Liste non exhaustive)

sorcellerie

Le 15 septembre 1651, procès criminel et confessions faites par Madeleine Griffon,    femme de Thivent  Guyaz de L’Isle. (Etienne Guyaz)
Le 23 septembre 1651 incarcération dans les prisons du château de L’Isle de Jeanne Tissot femme d’Isaac Anselme de L’Isle en vertu des accusations faites par Madeleine Griffon détenue dans les mêmes prisons.
Le 30 septembre 1651, procès criminel et confessions faites par Esvaz Port de L’Isle détenue dans les prisons de L’Isle en vertu des accusations de sorcelleries faites par Magdeleine Griffon et Jeanne Tissot détenues dans les mêmes prisons.
Le 27 février 1660, procès de Nicolarde Gollie veuve de feu Michel Cloux de La Coudre.
Le 4 juin 1660, procès criminel et confessions faites par Jaquemaz Bourtoud de La Coudre détenue dans les prisons de L’Isle en vertu des accusations de Nicolarde Gollie pour sorcellerie.
Le 4 juin 1660, procès criminel et confessions faites par Isaac Gruaz de La Coudre détenu dans les prisons de L’Isle pour sorcellerie suite aux accusations faites par Nicolarde Gollie.
Les 21/30 décembre 1669, suite aux accusation de sorcellerie faite par Moyse Aubert du  Chenit lui même exécuté le 20 décembre 1669, procès criminel et confession d‘Andréanne Braissant femme de Nicolas Bernard de L’Isle.
Le 20 décembre 1669, procès et confessions de Louise Faillietaz, accusée de sorcellerie et morte en prison après une grève de la faim.
Jacques Chaillet de Villars Bozon détenu dans les prisons de L’Isle et exécuté pour fait de sorcellerie.

sorcellerie original

sorcellerie signature

Original du procès d’Andréanne BRAISSANT en 1669 (ACV)

Page 61 – Requête de la Noble Dame de L’Isle (veuve depuis 1728) Contre les Conseils du lieu.
Illustres, Hauts, Puissants Seigneurs,
Catherine Gaudicher, Mère tutrice, et usufruitière, de la succession du défunt Seigneur De Villars Chandieu son Epoux, très humble et très obéissante servante de W.E.E, et fidèle vassale de l’Etat, se trouve dans la fâcheuse nécessité de porter ses plaintes à votre Auguste Tribunal, contre les Conseils de la Communauté de L’Isle ses Justiciables lesquels à son insu et sans requérir son approbation ni l’autorité du Noble Magnifique et très Honoré Seigneur Baillif de Morges, ainsi qu’ils y sont tenus ont vendu il n’y a que quelque jours en faveur de deux particulier.
La Coupe d’un canton de Bois assez considérable, avec cette précaution qu’au lieu d’en fixer le prix à une somme grosse et déterminée ils l’ont vendu a tant la charrette, sans doute dans la vue de faire passer cette convention pour une vente en détail et pour (colorer) ainsi leur usurpation sur  les droits de la suppliante et sur l’autorité du Noble et Magnifique Seigneur Baillif et pour se dispenser de l’observation des Edits Souverains qui défendent toute dégradation des Bois des Communautés, ou ses lieux attenants, ne trouve bon de le permettre.
W.E seront convaincues de la nécessité de la justice des plaintes de la suppliante, si elles veulent bien se donner la peine de considérer :
1- Que les Bois Communs lui appartenant puisqu’elle a la juridiction, Haute et territoriale dans toute l’étendue de sa Seigneurie, ce qui emporte la propriété de tout les Communs, il en résulte que ces sortes de ventes vont directement contre ses droits en ce que les dits Conseils disposent d’un bien qui ne leur appartient pas et dont ils n’ont qu’un simple droit d’usage en forme de leurs reconnaissance, sans parler de la perte de son fief et carrier fait de LL.E.E en reçoivent  nécessairement puis qu’après une telle dégradation, le fond ne vaut plus que la 4e partie du prix qu’il valait auparavant.
2- La plainte de la suppliante, a son fondement dans une transaction passée le 15 juin 1565 entre Noble Pierre de Dortans Seigneur de Bercher et de L’Isle, et la Communauté, par laquelle il fut convenu relativement aux demandes du dit Seigneur, en ces termes :
Sur le 13e article touchant la Coupure des Bois du Commun devront les dits sujets par ci après le faire, ainsi se tenir à forme des droits et sentences sur ce ci devant faites, sinon qu’ils eussent pièce, desquelles ils doivent Censes Seigneuriales.
LL.EE verront sans doute avec étonnement, que contre un engagement autant Exprès, les dits Conseils disposent arbitrairement des biens Communs a l’insu de la suppliante pendant que de son coté elle observe scrupuleusement, ainsi que les Seigneurs de L’Isle l’ont fait avant elle, tout ce qu’ils ont promis a la Communauté par cet acte Nonobstant que plusieurs des articles à elle concédés par cette transaction, ne dussent pas l’être.
3- La conduite des dits Conseils, est d’autant plus condamnable qu’ils n’ignorent pas leurs obligations, et que c’est sciemment et à dessein qu’ils ne veulent pas les remplir, car la communauté ayant été dans la nécessité de rebâtir son temple l’année 1733 et de suppléer à ses revenus  annuels qui ne pouvaient pas suffire à cette dépense, il fut délibéré dans l’assemblée générale de vendre des bois communs, mais nonobstant que tous les bourgeois eussent assisté a cette délibération, les Conseils n’entreprirent de passer cette vente, qui fut faite aux frères Glardon de Vallorbe, qu’après avoir requis l’approbation de la suppliante,  et en outre l’autorisation du Noble Magnifique et très Honoré Seigneur Baillif de Watteville l’acte qui fut passé le 11 Décembre 1733 fait preuve de cette vérité.
La communauté de L’Isle est une des plus nombreuses de l’Etat. Elle est composée de deux autres villages, savoir Villars Bozon et la Coudre qui tous ensemble  font au-delà de 140 feux, W.EE peuvent comprendre  combien est grande la quantité de bois qu’il faut pour les besoins journaliers de ce grand nombre d’habitants l’entretien de leur bâtiments, et combien il en faudrait, si la providence les obligeaient d’un incendie, la suppliante peut assurer W.EE qu’on ne saurait où en prendre et qu’il faudrait en acheter à grand frais dans des lieux éloignés, par une suite de la mauvaise économie des dits conseils surtout après la gratification qu’ils ont faite au dit Glardon de la vente d’un des plus beaux Bois de la Communauté et qui méritait le plus d’être conservé, tant à cause de la commodité  des charrois que de sa beauté pour usage des bâtiments.
La suppliante ose se flatter que W.EE faisant attention a ses plaintes, aura raisons sur lesquelles elles sont appuyées, ayant égard aux motifs qui l’on mise dans l’obligation de les faires, qui sont puisées de sa fidélité envers le souverain, dont les Droits souffrent et dont les Edits sont violés de la soumission pour les Nobles Magnifiques et très Honorés Seigneurs Baillif dont l’autorité est méprise, aussi bien que de l’utilités des habitants de sa terre.
Elles ordonneront ce qu’elles trouveront à propos pour réprimer la licence des dits Conseils, qui ne bornera pas là ses entreprises, à moins que l’autorité de LL.EE ne leur apprenne à se contenir dans les Bornes de son devoir en sorte que cette Communauté tombera infailliblement dans la ruine et dans la totale désolation.
La suppliante qui ne se propose en ceci, que de satisfaire à ses obligations envers son Souverain et à seconder ses paternelles intentions pour le bien de ses sujets, se répand en vœux très ardents pour la prospérité de LL.EE et pour la Gloire de l’Etat.

Page 66 – Construction de l’église
De 1732 jusqu’en 1734

En 1228, L’Isle était déjà le chef d’une paroisse. La Chapelle, placée sous le vocable de Saint-Pierre, était située alors dans le bourg de Chabiez, au N.E. du village, à droite du chemin conduisant au moulin. Le cimetière était à proximité, gauche et droite du dit passage. D’autre part, un parchemin de 1405 fait mention d’une maison à la Ville, appelée  » La Chappalaz « . Le temple actuel, dans le quartier de l’Avalanche, date de 1733.

(Lettre de Monsieur Armin Fey, du 18 juin 2006).
Grâce à l’envoi de Monsieur Guy Bise, d’une ancienne  description de l’endroit de la première église  à L’Isle, j’ai pu déterminer cet endroit avec précision. L’endroit de l’ancienne église se trouve
(situation actuelle : rue du Moulin N° 14). Coordonnées 521.630/163.680) du côté de la Venoge. On voit encore quelques murs anciens, mais un immeuble nouveau a été construit à cet endroit, apparemment sans faire de fouille…. Comme il fallait s’y attendre, cet endroit est en alignement droit précis avec les ruines de l’ancien château de Cossonay et l’église (également très ancienne) de Penthalaz (le château de Cossonay est horizontalement équidistant de l’ancienne église de L’Isle et de l’église de Pampigny), égalent avec la « Pierre Pendue » de Cuarnens et le Cromlech de La Praz.

Lettre des Communiers à LL.EE.
Hauts, Illustres, Puissants et Souverains Seigneurs. Les Communiers de L’Isle, Villars et La Coudre, les très humbles, très soumis et fidèles sujets de Vos EE.LL. Prennent la liberté de venir se jeter aux pieds de Vos EE. Pour leur représenter respectueusement la nécessité indispensable où ils sont de rebâtir leur temple de fond en comble ; soit parce qu’il tombe entièrement en ruine, soit parce qu’il se trouve trop petit pour l’assemblée des paroissiens, et, d’une extrémité du village où il est, transporté dans le centre pour la commodité du public et la sûreté du lieu en cas de feu ou de quelque autre accident.
Or, comme les dits Communiers sont peu en état de fournir aux frais nécessaires, vu leur peu de moyen pour une telle réparation et que les particuliers ne sont pas assez moyennés pour se cotiser, ils  supplient très humblement Vos EE. de leur faire ressentir dans cette occasion les effets de leur bienveillance et paternelle bonté envers leurs très humbles sujets pour leur aider à rebâtir leur  temple. Ils ont d’autant plus lieu d’espérer cette faveur de Vos EE. Qu’elles ont accoutumé de répandre leur libéralité dans ces sortes d’occasions  pour les Communiers.
Cette grâce redoublera les vœux de vos fidèles sujets pour la prospérité de vos EE. et ranimera leur zèle pour être toujours prêts à sacrifier biens et vie pour le service de vos EE.LL. que Dieu veuille bénir à jamais.

Réponse de LL.EE. aux Communiers de L’Isle, Villars et La Coudre au sujet de la construction d’un nouveau temple.
A Morges, le 16 juillet 1732. En suite des ordres que j’ai reçus des Magnifiques et très honorés Seigneurs les Trésoriers et Banderet en date du 11 du courant, il est permis à la Commune de L’Isle de bâtir sa  nouvelle Eglise dans l’endroit projeté, ce que je dois vous notifier de la part des dits très honorés Seigneurs. Dieu soit avec vous. Je demeure votre très affectionné.                    .
C.E de Watteville.

Le temple a été transféré malgré l’opposition de M. Le Ministre Tissot que LL.EE. trouvèrent mal fondée. Restauré, il y a quelque 20 ans, l’intérieur est rehaussé par deux grands vitraux dus à la générosité de  M. Le Pasteur de Perrot. La deuxième restauration, datant de 1938, a apporté une amélioration incontestable de l’intérieur du temple. La chaire a été remplacée par une nouvelle, ouvrage de M. Edouard Dähler et de ses fils, menuisiers à L’Isle.
Les fonds nécessaires à ces  rénovations ont été fournis, en partie, par les ventes organisées par la Société de Couture des Dames de L’Isle.
Deux cloches sont au nombre des monuments historiques ; elles datent  de 1667 et 1730. La troisième bientôt centenaire, a coûté Fr.693.- et pèse 478 livres.
Enfin il fut convenu avec D. Chenaux que l’horloge serait posée pour le 1er novembre 1794. Coût : 31 Louis d’or neufs et demi, dont 100 florins ont été remis comptant.

Horloge
Comme par la grâce de Dieu, nous avons fait faire une horloge pour le profit public, il s’agit de régler le salaire de celui, pour satisfaire P. Louis Anselme, régent en ce lieu a été établit pour gouverner l’horloge, ce qu’il a promis de faire d’une manière, autant forte et bonne qu’il sera possible, et ce sous les conditions qu’il a promis d’exécuter, premièrement, il sonnera l’école à L’Isle du matin dans l’année positivement après que les huit heures auront sonné ; et dès Saint-Michel jusqu’à Pasques celle du soir se sonnera à deux heures aussi positivement après que l’horloge aura frappé ; et dès Pasques jusqu’  après Saint-Michel à trois heures après midi.
Et pour le salaire, il a été réglé la somme de 25 florins et 10 batz pour le vin de sa femme ; l’année commence au jour d’an dernier, le tout convenu le neuvième jour en conseil.

HierHier

Aujoud'huiAujourd’hui

Page 72 – Règlement sur la manière d’établir le Conseil
Signé à Morges le 5 octobre 1728
Grosse Wagnon établie en 1798 et 1799. Par Alexandre François Louis Wagnon

Comme les dits Bourgeois et Communiers ne peuvent pas disconvenir des désordres et de la confusion extrême qui se forment dans les assemblées générales par le grand nombre des personnes qui les composent puisqu’il y a plus de cent cinquante feux dans les dits trois Lieux de L’Isle, La Coudre et Villars qui ne font ensemble qu’une Communauté et souvent les plus passionnés et les plus ignorants font le plus de bruit, et par leurs crieries empêchent la plus part du temps que rien ne s’y puisse décider régulièrement et avec Justice, ce qu’ils ont eux même déjà bien reconnu, puisque pour éviter ces tumultueuses assemblées ils ont pris depuis quelques années le parti de remettre les droits du public entre les mains de douze d’entre eux, lesquels ils choisissent annuellement pour être joints aux douze Conseillers ordinaires dans les affaires importantes et Capitales. »
Ces Conseillers tant ordinaires qu’extraordinaires recevront un salaire raisonnable proportionné aux Rentes de la Communauté, ils seront pour moitié de L’Isle et l’autre moitié de Villars et de La Coudre pour un quart. Le Conseil ordinaire comporte douze membres et le Conseil extraordinaire (ou nouveau Conseil) est également  de douze membres élus à vie, c’est pourquoi on parle souvent des Conseils 12 et 24.
Le Conseil ordinaire ne pourra pas s’engager à traiter et négocier des faits qui dépasseront la somme de deux cents florins, pour ce qui excédera cette somme ils seront obligés d’appeler les douze nouveaux Conseillers. Les biens fonds ne pourront se vendre que dans une assemblée générale.
Les Gouverneurs seront pris tour à tour dans les deux Conseils, un pour L’Isle et un de deux ans en deux ans à Villars et à La Coudre.
Le secrétaire n’aura point de voix, mais il devra écrire fidèlement se qui sera ordonné et tenir le Registre en bon ordre afin de pouvoir rendre Compte à leur Seigneur lorsqu’il le souhaitera, et principalement à la Seigneurie et à Leurs Excellences.

 

Page 74 – Supplication au sujet du vin vendu par Henri Wagnon pour Mme la veuve Guyaz et plainte d’Henri Chapuis, Cabaretier

Illustres Hauts Puissants et Souverains Seigneurs.

Les Conseils des douze et vingt quatre de la Bourgeoisie de L’Isle, les très humbles et fideles sujets de L’Isle, représentent avec un profond respect, à vos Excellences que le nommé Henry Vuagnon aussi de L’Isle se serait chargé de vendre en détail et à pinte dans la maison qu’il a audit L’Isle, le vin de la Dame veuve Guyaz, ou d’autres bourgeois, qu’il débite ainsi depuis couple d’années, au préjudice du Cabaret public du lieu.
Le fermier de ce Cabaret qui souffre par une perte considérable, s’est adressé aux exposants pour les requérir de faire cesser cet abus, tant en qualité de propriétaires dudit Cabaret, que comme chargés par les lois de diriger la police dans le district.
Le cabaretier allègue l’article 3me de l’Edit publié en 1739 qui sur la fin parle en ces termes, « nous permettons aussi à nos sujets habitants à la campagne de vendre le vin de leur propre cru dans les maisons où ils tiendront ménage et non ailleurs, à condition qu’ils ne tiendront point auberge et ne fourniront quoi que ce soit à manger, le tout sous peine de quarante livres d’amendes ».
Le Cabaretier en conséquence de cet arrêt ne s’oppose point à ce que la dite veuve Guyaz et autres Bourgeois vendent à pinte le vin de leur cru pourvu que ce soit dans leur propre maison ou dans celle ou ils tiennent ménage. La dite veuve Guyaz prétend que l’intention de l’arrêt est seulement que des particuliers qui auraient plusieurs lieux de Bourgeoisie ne pourront vendre à pinte le vin de leur cru que dans celui de leur résidence, et où ils tiennent ménage, et elle fonde cette explication sur la pratique de quelques villes du pays de Vaud, où des particuliers font quelques fois vendre leur vin dans d’autres maisons que celles où ils habitent.
Le dit Cabaretier qui à cette occasion intenta déjà procès l’année précédente aux humbles Exposants et leur causa bien des frais, les menace de les actionner de nouveau s’ils ne font suffisamment exécuter l’arrêté à la vigueur et suivant la teneur de la lettre, c’est à dire s’ils n’obligent le dit Vuagnon à cesser de vendre vin chez lui et ladite veuve Guyaz de le vendre dans la maison où elle tient ménage, et non ailleurs, si par contre ils se rendent au désir du Cabaretier la dite veuve Guyaz, les actionnera infailliblement, or comme il leur serait fâcheux de soutenir un procès pour un fait de cette nature, d’autant qu’ils sont peu instruits dans cet art, et qu’ils ne souhaitent rien tant que de montrer leur parfaite obéissance dans l’exécution des arrêts de leur Illustre Souverain.
Ils supplient très respectueusement Vos Excellences, que pour les tirer d’embarras soit avec le cabaretier, soit avec la veuve Guyaz ou Henri Vuagnon, son vendeur de vin, il leur plaise de leur exposer leur bon vouloir Souverain. A savoir que si un particulier peut faire vendre le vin de son cru dans d’autres maisons que dans celle du lieu où il habite et dont il est Bourgeois. Les humbles Exposants attendent que l’effet de leur respectueuse demande se repende en vœux et prières ardentes pour la prospérité de Vos Illustres Personnes et pour celle de  l’Etat.

Moines

Page 77 – Convenant entre la Dame de L’Isle et le Gouverneur et les Communiers concernant l’eau de la Venoge. Parchemin du 2 juin 1752

(Essai de transcription par G.B. en 2007)

Comme ainsi soit que les sieurs Gouverneur et Communiers de L’Honorable petite Commune de L’Isle auraient proposé à Noble et Généreuse Dame Catherine Gaudicher Veuve de feu Messire Charles de Chandieu, quant il vivait Seigneur dudit L’Isle Villars La Coudre et d’autres Lieux, Colonel d’un Régiment Suisse et Lieutenant Général des Armées de vouloir bien leur concéder et accorder la permission de pouvoir prendre une partie de l’eau de la Venoge dans les grandes abondances pour pouvoir égayer les prés et records des particuliers dudit L’Isle, appelés les Bons, Failletaz et autres dont les Plans ont déjà été pris en partie, et que les dits Communiers devront continuer a faire prendre dans les endroits où ils prétendent user de la dite eau.
Ce que Ladite dame ayant considéré, et souhaitant de procurer les profits et avantages de ses Justiciables, elle a bien voulu par bonté gracieusement et de son pur mouvement sans que Messieurs ses fils y ayant aucune part et sans préjudices à leurs droits auxquels il ne sera rien dérogé par le présent convenant, concéder et accorder auxdits Sieurs Gouverneur et Communiers de Ladite honorable Commune de L’Isle, la permission, Liberté, et faculté de pouvoir prendre de ladite Eau de la Venoge au vieux fours d’Icelles et en dessous de L’Ecluse, Servant tant pour l’usage des Moulins autres, Edifices et rouage de Ladite Dame, que pour l’égayages tant de ses Records que de ceux des Mousses, et pour l’utilité du Noble et Généreux Seigneur de Cuarnens, et seulement celle qu’il y a de surplus et que la dite écluse ne peut contenir.
Et ce pour la pouvoir conduire par le canal soit fossé que lesdits sieurs Communiers ont fait faire dans la possession qu’ils ont acquise par échange d’honorée Suzanne Monod veuve du Sr. Charles Guyaz dite pièce appelée à la Chentre de la Ville laquelle concession et octroi ladite Noble dame concède et accorde seulement pour les leurs et terme de neuf années et ce selon les conditions suivantes :
Premièrement que lesdits Sieurs Gouverneur et Communiers ne pourront nullement réduire en prés soit Records les Terres arables à eux appartenant pendant ladite époque, à l’exception de celles où ladite eau sera absolument d’obligation de passer pour égayer les parchets de prés voisins, à Icelles.
Item. Que les dits Sieurs Gouverneur et Communiers s’engagent à maintenir et entretenir comme il convient la chaussée devers le Puits servant tant pour l’usage des prés des Biolles que autres et ce par les particuliers au prorata du terrain qu’ils y possèdent, sans la pouvoir nullement laisser tomber en ruine.
Item. Ils maintiendront en bon état, les grands chemins, surtout celui tendant à Cuarnens pour que  la dite eau puisse passer, sur une largeur de vingt pieds de Roy.Ce chemin devra même être deborné incessamment a fin qu’on y puisse passer facilement, et y faire également les réparations  nécessaire.
Item. Que ledit Sieurs Communiers ne pourront nullement vendre leurs foins dehors de la Juridiction vu que ladite Dame ne leur accorde la présente concession que dans l’intention qu’ils bonifieront leurs biens, et ce sous peine de quinze florins d’amende toutes les fois qu’ils seront découverts à en vendre dehors du Lieu, à moins qu’il n’ait été publié vendable à la sortie de L’Eglise, conformément aux Arrêts Souverains deux fois vingt quatre heures à l’avance, et que personne ne l’aie demandé.
Item. Que quoique ladite Dame aie consenti que l’on plantât une borne à l’Orient de son champ de Moretat cependant le fossé qui est a l’Orient du Champ lui appartiendra sans contredit pour le pouvoir curer seulement, celui-ci restant quant à la propriété à la Bourgeoisie dudit L’Isle.
Item. Que lesdits Sieurs Communiers ne pourront nullement se servir et user de ladite eau que dans les temps d’abondance et de celle seulement qui est de surplus tant pour l’usage des moulins et d’autres édifices de ladite dame que ses Records et ceux  Marrets ci devant, et que ladite écluse ne peut contenir.
Item. En cas qu’il arrivât à  quelques particuliers fussent ‘ils téméraires que d’ouvrir et porter dommage à ladite écluse, ladite Commune sera d’obligation de la faire réparer à ses frais dans l’Etat où elle était, lui laissant son recours contre les auteurs si on peut les découvrir, ayant de plus été conditionné qu’au bout desdites neuf années, en cas que ladite dame soit Messieurs ses successeurs ne voulussent prolonger ledit octroi que chaque partie restera dans ses droits, tout comme ils étaient avant la stipulation du présent convenant, par lequel n’est donné aucune atteinte, non plus qu’à ceux que pourrait avoir la grande Commune, qui n’a aucune part au convenant qui regarde simplement les justes intéressés aux dites eaux et au bout des susdites neuf années toutes les susdites conditions seront abrogées à moins que ne soit ratifiée la présente convention.
En conséquences duquel octroi et concession se font aujourd’hui deuxième Juin Mille Sept cent cinquante deux, sur les mains du Notaire Juré Soussigné et présents les Témoins susnommés constitué les Sieurs Charles André Cloux Gouverneur, Etienne David Wagnon Lieutenant, Isay Bernard, Frédérich Daniel Gruaz, Jérémie David Wagnon, Isaac Gruaz, David Gruaz, Noé Albert Guyaz, Etienne Court, Isaac Albert Gruaz, Jean François Cloux, Jean Paul Jaquerod, Jean Gabriel Anselme, Pierre Etienne Wagnon, Isaac Anselme l’aîné, Jean Etienne Wagnon, Charles Henry Guyaz, Jean Pierre Bernard, Albert Baudat, Isaac Jaquerod, Jean Isaac Vuagnon, Pierre Jaques Guyaz, Jean Albert Wagnon, Abraham Guignard, Jean Pierre Anselme le Jeune, Henry Bernard, Egrege Jaques Bernard, Moyse Bernard, Paul Louys Anselme, Jean Betioz, André Wagnon, Henry Anselme, Isaac Anselme le Jeune, André et Charles François Bernard, tous prud’hommes et Communiers dudit L’Isle et se faisant fort des autres Communiers absents qui même ont déjà étés assemblés pour ce fait, et auxquels ils promettent faire avouer et ratifier les présentes étant requis.
Lesquels sachant et bien avisés pour eux et les Leurs successeurs en dite Communauté ont avec remerciement accepté le dit octroi et concession aux conditions devant exprimées auxquelles ils promettent de se conformer et de les entièrement observer et de n’y contrevenir en façon que ce soit sous peine de (Damps) obligeant pour cet effet la généralité de leurs Biens et ladite Commune, Ainsi passé audit L’Isle sous toutes autres clauses requises part Monsieur Alexandre Baridon de Mont La ville Chef du Département de Montricher, et Maître Moyse Guignard demeurant audit L’Isle Témoin connus et requis ledit jour 2e Juin 1752. Signé J. Solliard
Je soussigné ayant entendu la lecture du convenant devant Ecrit l’approuve dans tout son contenu. Signé à L’Isle ledit jour 2e Juin 1752.
Signé :Villars Chandieu, et attesté par J.Solliard

Page 82 – Remplacement de la Baronnie de Montricher en 1764
(Document  mis à ma disposition par Mme Vanoli de Montricher)

Le Très Noble et Magnifique Seigneur, Baron de Montricher, ayant jugé à propos de remplacer la Curialité de la Baronnie de Montricher, vacante par la mort d’Egrege Chenuz, à nommé pour ce sujet Egrege Etienne David Wagnon Lieutenant de L’Isle, aux conditions suivantes :
1 – Il expédiera les doubles des amodiations, abergements et autres actes, pour le Seigneur, sans salaire.
2 – Il n’emploiera pour faire les fonctions en Justice, lorsqu’il ne pourra pas y assister lui-même, que des personnes sûres et agréables au Seigneur.
3 – Quand les cahiers de la Cour seront remplis, il les déposera au Château. Les procédures criminelles y resteront toujours.
4 – Il veillera exactement au maintien et à la conservation des droits Seigneuriaux et de Juridiction de la Baronie, et avertira le Seigneur incessamment s’il apprenait quelque chose qui leur fut contraire.
En foi de quoi l’ai signé le 24 octobre 1764

 L Wagnon
Copie du document d’époque

 

Page 84 – Abbaye des fusiliers de L’Isle
Compte rendus du 9 mai 1767
(Document mis à ma disposition par Mme. Vanoli de Montricher)

Abbaye 1767

(Copie du document d’époque).

Compte que rend à l’Abbaye des fusiliers de L’Isle,  le sieur Isaac Anselme son recteur.

Nous trouvons différentes sommes en argent
(au total 56 florins) reçues des personnes suivantes :
Isaac Albert Failletaz, Albert Baudat, Pierre fils de feu Pierre Guyaz, Jean Paul Jaquerod, Isaac Anselme,
Charles François Bernard, Pierre Jaques Guyaz, Pierre Albert Wagnon, Henry Bernard, hoirs de Jean Gabriel Anselme, Jérémie Messaz, hoirs de Pierre Isaac Anselme, Pierre Henry Cloux, Jean Albert Wagnon, Jean Pierre fils de feu Claude Anselme, Pierre Wagnon tanneur, Charles Samuel Gruaz, Pierre Abram Failletaz.
Ainsi qu’en graine (9 quarterons et demi de Messel) reçus des personnes suivantes :
Dragon Gruaz, Henry Bernard, Veuve de Jacob Wagnon, Pierre Henry Cloux, Jean Philipe Berney, Jean Baptiste Cloux, Gamaliel Anselme, Isaac Henry Failletaz, Isaac Albert Failletaz, Jean Pierre Anselme, David Baudat, Pierre Abram Failletaz.
Le sieur Isaac Anselme rend en argent 20 florins et 3 quarterons et demi de Messel, déductions faites de 36 florins de frais divers et de 6 quarterons de Messel prêté contre caution à Abram Failletaz.
Le compte à été examiné et réglé lors de la 10ème assemblée le 9 mai 1767, et attesté « sauf erreur et omission » par le secrétaire Etienne David Wagnon.

 

Page 86 – Les forêts de L’Isle depuis 1789
Extrait du livre d’Adrien Besson   » Au pied du Mont-Tendre »
Tome III  Editions Cabédita, collection « Sites et villages vaudois ».

Forêts 1789

Le mémoire ne porte pas de signature du secrétaire rédacteur, mais bien celle du châtelain de ce temps, respectable F.-L. Wagnon, le même qui, treize ans plus tard, en 1802, dut livrer aux Bourla Papey les archives du ci-devant seigneur de Chandieu.

Par qui cette enquête fut ordonnée :

A la date ci-dessus(1789) l’Illustre chambre des bois de Berne ordonna, par l’intermédiaire de très Noble Seigneur Baillif de Morges, une enquête ayant pour but de la renseigner sur l’état des forêts de la commune de L’Isle au point de vue des contenances, quelles espèces s’y trouvent, quelle est l’utilisation des bois, les revenus qu’ils procurent tant en ce qui concerne leur exploitation que le pâturage du bétail.

En 1789, la communauté de L’Isle avait déjà une certaine importance puisse que nous trouvons :
La communauté de L’Isle comprend 150 familles bourgeoises, bénéficiant des répartitions communales. Elle compte, en outre, une forge à martinet ayant deux feux, une autre forge de maréchal-ferrant, deux serruriers, un armurier, un fondeur, constructeur de pompes à incendie, trois charrons, un moulin à deux meules, une scierie et deux pilons à écorce. Il se fait annuellement quatre fours à chaux, 164 chevaux, 101 bœufs, 286 vaches, 146 chèvres, 570 moutons et 155 porcs.

Et tout ou presque était réglementé :

Tout le bétail appartenant aux bourgeois a le droit de paître dans les bois communaux ou particuliers qui ne sont pas fermés, ainsi que sur les pâquiers, y compris un « parchet » indivis avec la commune de Chavannes. Les « habitants » avaient le droit au pâturage d’une chèvre. Sous la garde des bergers nommés par l’autorité, les chevaux passent la nuit dans les bois jusqu’après la moisson, époque après laquelle on admet que l’herbe est complètement broutée, tandis que les vaches ne sont sorties que pendant la journée.

La commune nomme trois forestiers pour les forêts les plus rapprochées du village et un quatrième est chargé de celles de la montagne.
Le ramassage du bois mort est autorisé pour les pauvres mais il n’est permis à personne d’aller en forêt dans ce but, avec des outils.
Il se fait de temps à autre quelques ventes de bois  pour le sciage ou la fabrication des échalas, afin de suffire aux besoins de la commune, un peu de charbon  aussi sur les parties rocheuses et presque inaccessibles du Mont Châtel.
Depuis plusieurs années, les comptes communaux, autrefois en bonne posture, bouclent par un déficit. D’autre part, il n’existe pas d’impôt communal. Il y a trois ans, une initiative fut lancée en vue d’abolir cet état de chose. Elle fut repoussée ; cet échec était dû en grande partie aux habitants de La Coudre ; déjà imposés par leur régie, ils refusèrent de payer encore à la commune.

La commune de L’Isle « s’enfonce » donc financièrement d’année en année. Conséquence directe : les routes sont mal entretenues, certains ponts attendent depuis longtemps d’être réparés et le Château s’abîme sans qu’on  y remédie. Les comptes de 1933 ont bouclé par  un déficit de Fr.19’00.- Le budget de cette année en prévoit un de Fr.9’000.-

l’Inspecteur forestier Perret, de Cossonay, donne les renseignements suivants :
Le rendement des forêts de L’Isle a été le suivant pendant la période 1936 -1939, possibilité admise, 1900 mètres cubes. Produit argent annuel brut moyen, des quatre dernières années, Fr.44’690.-, net Fr. 23’740.- La différence entre ces deux sommes représentant en presque totalité des salaires payés.
Il n’est pas exagéré de dire que maintenant, à cause des conditions créées par la guerre, ce revenu s’est au moins doublé.

Page 90 – Mémoire au sujet de la Constitution de la Bourgeoise de L’Isle – 1790
Mémoire
La bourgeoisie de L’Isle où la Communauté de ce nom est Composée de L’ancienne petite Ville de L’Isle, et des Groupes de Maisons qui l’environnent, du hameau ou Village de Villars Bozon et du hameau ou village de La Coudre.
Les Bourgeois de L’Isle résidant les uns à L’Isle, d’autres à Villars, d’autres à La Coudre, Chacun à son gré, et  selon ses fonds, ses acquisitions et ses intérêts peuvent les déterminer.
Pour se transplanter d’un de ces lieux à l’autre n’est besoin d’aucune espèce de formalité, pas plus que pour se transporter d’une maison à l’autre dans le même Village.
Les Conseil douze et vingt-quatre qui régissent cette Communauté sont pris, pour la moitié à L’Isle, un quart  à Villars Bozon et un quart à La Coudre.
Tous les Biens appartenant à cette Communauté sont donc également aux Bourgeois résidant à L’Isle à Villars et à La Coudre.
Les Revenus procédant des Bois des Montagnes, du Logis et de la Boucherie de L’Isle, les revenus que payent les Etrangers domiciliés dans les trois endroits indistinctement et quantité d’autres Objets sont versés dans une Bourse commune d’où l’on tire le nécessaire pour l’entretien des Ponts et Bâtiments publics, les Contributions militaires, les salaires des personnes employées pour la Bourgeoisie, et pour l’assistance des pauvres, dont la Bourse qui leur est destinée en particulier ne fournit pas la moitié.
Cette Constitution annonce la plus parfaite Communion de Bien et il n’y a nul doute quelle ne remonte aux temps les plus reculés.
Mais la position éloignée des Villages qui  Composent cette Bourgeoisie a rendu nécessaire la fixation d’un mode de vivre qui assigna aux habitants de Chacun, la Pâture sur les Communs et les fins qui étaient à leur Portée.
On ne peut pas déterminer quand ce mode de vivre a été établi. Mais il existe et il  a même occasionné quelques difficultés dans le Siècle passé. Mais la majeure partie des Communs et au moins le 11/12e continuent à se pâturer indivisément, il n’y a que les terriens Commun renfermés dans les fins de vie qui soient  jouis particulièrement par les habitants des Lieux qui pâturent ces mêmes fins.
De ces Jouissances particulières est résulté la nécessité de rendre compte de  ce qu’elles ont pu produire en argent ou en denrées, et de l’emploi de ce produit. Les premiers Comptes particuliers qui paraissent avoir été établis pour L’Isle sont du commencement du siècle, ceux de Villars doivent être moins anciens, et Ceux de La Coudre davantage.
Avant cela il n’y avait, selon la tradition, qu’une espèce de (dixenieo) dans chaque lieu, qui apportait une feuille de ce qui s’était passé dans le sien à la reddition des Comptes du Gouverneur de la Communauté en général.
Ces derniers Commun, entre les mains des particuliers de L’Isle de Villars ou de La Coudre, les ont mis dans le cas les uns et les autres de faire quelques acquisitions nécessaires ou à leur portée. Il est aisé de voir partout ce que l’on vient de dire, ces acquisitions appartiennent à la Communauté en général, quoi qu’elles soient jouies par des hameaux particulier, puisque payées des deniers Communs en général.
Cependant cette Jouissance a donné lieu à l’erreur, où sont quelques uns de ces particuliers, que ce qu’ils ont acquis leur appartient, mais la seule raison que c’est d’un bien public que ces acquisitions ont été faites suffit pour démontrer cette erreur.
D’ailleurs quels que ce soient les habitants des trois Lieux qui veuillent aller s’établir dans l’autre, ils jouiront de ces biens prétendus particuliers sans aucune Contradiction. On n’a même jamais osé imaginer s’y opposer.
D’un autre côté il faut observer que depuis environ quelque années, plusieurs particuliers de Villars et de La Coudre sont venus s’établir à L’Isle, et qu’ils ne peuvent plus jouir d’aucun des avantages attachés à la résidence dans l’un  de ces lieux, et d’aucun des biens prétendus particuliers.
Cela étant et pour désabuser ceux qui soutiennent ces distinctions, on leurs demande, à ce qu’ils appartiendraient, et qu’ils loueraient de ces prétendus biens particuliers si au lieu d’une partie des résidants à Villars  et à La Coudre qui sont venus à L’Isle ils y venaient tous, ainsi qu’ils en ont le droit, ces biens deviendraient-ils vacants? Non, sans doute. Ils  servent comme ils sont, à la Bourgeoisie en général.
Ceci fait sentir que si le mode de vivre a été établi dans une juste proportion à raison du nombre des habitants de chacun des Lieux, cette proportion n’existant plus il serait juste de reformer ce mode de vivre de manière que chaque Bourgeois retirât une égale portion des Biens publics auxquels ils ont sans contredit tous le même droit.
Mais loin d’adopter un aussi juste système, il s’est élevé depuis quelques années des difficultés où les hameaux en ont soutenu un tout opposé et en dernier ceux de Villars se sont attribué le droit de passer à Clos une partie des Fins qu’ils pâturent prétendant que ceux de L’Isle et de La Coudre n’y ont aucun droit.
Cependant ils ne forment point entre eux un Corps de Bourgeoisie et ils ne pourraient  contester à ceux de L’Isle et de La Coudre le droit de se servir comme eux de ces mêmes Pâturages s’ils allaient à Villars. Donc il paraît aux Conseil qu’ils n’ont pas plus de raison de s’attribuer le droit et le produit de ces passations à record que n’en auraient ceux de L’Isle et de La Coudre de s’attribuer les passations des fonds qu’eux seuls pâturent et qui exigent pour en jouir la résidence dans l’un de ces Lieux auxquels ils sont assignés.
Pour éviter de soutenir des difficultés sur toutes les prétentions de ce genre qui pourraient s’élever, et en particulier celle qui a été sur le point de s’élever dernièrement, et de conserver ainsi le bien commun si nécessaire et  si peu proportionné aux besoins de la Bourgeoisie et des Pauvres.
Les Conseils 12 et 24 administrateurs de cette Communauté ont pensé que le parti le plus convenable a prendre serait de s’adresser à Sa Très Noble et Magnifique Seigneurie Ballivalle de Morges pour la Supplier de vouloir bien se donner la peine d’examiner attentivement la Constitution de cette communauté, après avoir entendu toutes les Edifications raisons et prétentions des diverses habitants de ces Lieux qui la Composent. Pour pouvoir sous le bon plaisir et approbation de LL.EE Nos Souverains Seigneurs, fixer par un règlement immuable les bases de cette constitution de manière que chacun puisse s’en instruire et en être convaincu. Puis déterminer le mode de vivre selon  les Circonstances actuelles le droit, la Justice et l’équité entre les membres d’un même Corps.
Il se présente aux yeux des dits Conseils deux moyens de déterminer le droit de participation des différents Lieux de la Bourgeoisie aux Biens Communs.
1 : Celui de laisser parvenir à chaque Bourse particulière des dits hameaux le produit des passations à record des fonds qui leur sont assignés pour leur Pâturages mais qui servent toujours  aux Conseils en échange de  ces mêmes Bourses de pourvoir à l’entretien des Pauvres résidants riére eux et à d’autres Charges de la Communauté en général d’une manière proportionnée à cet avantage.
2 : Celui de faire rentrer dans la Masse générale  tous les biens ou revenus jouis en particulier par ces différents hameaux à la charge de pourvoir à toutes les dépenses dont ils se trouvent chargés jusques ici et à celles nécessaires qui pourraient survenir.
Mais ils observent que le premier de ces moyens serait sujet à de grands inconvénients en ce qu’ils tendront à diviser un Corps de Bourgeois dont l’union et la concorde doivent faire la prospérité et donnerait d’ailleurs lieu à une multitude de contestations particulières sur les obligations auxquelles engagerait ce nouveau revenu.
Cependant si l’un ou l’autre des villages a droit de mettre en poche le produit des passations à record de riére eux les autres l’ont incontestablement aussi. Ce qui exigeraient que les comptes particuliers des trois fussent contrôlés et regabelés par les Conseils pour s’assurer de la bonne Gestion de ces Communs, précaution qui par un abus bien étrange a été négligée jusque ici.
Au contraire le dernier parti préviendrait tous ces inconvénients et fermerait sûrement la porte à une foule d’abus qui nécessairement doivent s’introduire dans des comptes particuliers qui à l’exception de ceux de L’Isle ne sont contrôlés par qui que ce soit.

Page 97 – Réponse au Mémoire du Conseil de L’Isle – 23 avril 1790

(Essai de transcription par G.B. en 2007)

Réponse des honorables Communautés de La Coudre et Villars au Mémoire de l’honorable Conseil de L’Isle.
L’honorable Communauté de La Coudre démontrera si y est appelée que dans les siècles passés, elle ne faisait partie ni de la Seigneurie, ni de la communauté de L’Isle, et que lors, qu’en suite elle y a été annexée, elle n’a point perdu pour cela le titre et les principaux attributs d’une Communauté.
Cette manière d’être d’un côté, et sa dépendance de la Commune Générale ne sont ni incompatibles, ni extraordinaires, c’est ainsi que différents villages, composant chaque Paroisse de  Vaud forment autant de Communautés distinctes, réunies cependant, dans certains cas, en une Communauté Générale, aussi la Communauté de La Coudre possède-t-elle nombre de fonds et de droits, non seulement étrangers à la Commune Générale de L’Isle, mais auxquels celle-ci ne serait pas admise à participer quand même celle de La Coudre le voudrait. Tels sont les droits de Pâturage et de Bocherages qui appartiennent aux Commun de Mont la Ville et de La Coudre indivisiblement.
De sorte que proposer de faire rentrer dans la masse générale Tous les Biens ou Revenus jouis en particulier par ces différents Hameaux, c’est proposer une chose dont l’exécution est impossible.
D’ailleurs le but en est manifeste, et dénonce de l’ambition. Ajouter à la masse des biens communs les biens appartenant a chaque village en particulier ce serait ajouter à la puissance du village de L’Isle qui fournit la moitié des membres au Conseil, tandis que ceux de La Coudre et de Villars n’en fournissent que chacun le quart.
La Commune de La Coudre a donc des raisons de droit et de Politique pour se refuser à la proposition de l’honorable Conseil.
D’ailleurs elle est contente de son sort et répugne par là-même a un changement de Constitution qui ne l’améliorerait pas, à coup sûr, et qui pourrait la rendre pire. Aussi tient-elle aux maximes et trouve comme beaucoup de gens qu’il y a du danger à innover.
Elle observera même que l’offre de Paix qu’on lui fait renferme pourtant une déclaration de guerre car en matière de Police toutes les fois que l’on plaide l’on s’adresse d’abord au Seigneur Baillif et ensuite à Leur Excellence et c’est ce que propose l’honorable Conseil de L’Isle.
L’on comprend qu’outre l’embarras et la peine que l’on donnerait ainsi aux Magistrats Supérieurs ce que l’on doit éviter tant que l’on peut, il en résulterait de longues discussions et par là-même beaucoup de frais.
La Communauté de La Coudre embrassant toutes ces considérations, consent a ce que les Trois villages délibèrent entre eux amiablement sans secours étranger et sans frais sur les moyens d’améliorer leur constitution si tant est qu’il en soit besoin.
Mais elle déclare qu’elle ne se présentera devant aucun Juge qu’autant qu’elle n’y aura été assignée selon la forme du Droit et ne pourra s’y opposer de tous ses moyens légitimes. C’est ce que nous avons signé par ordre de L’Honorable Communauté de La Coudre et pour être remis à l’honorable Conseil le 23avril 1790
Signé à l’original L.J.Cloux, C.S. Gruaz, Gamalien Cloux, J.M. Gruaz, Isaac Louis Jousson, Samuel Cloux, J.Cloux, Jean Louis Cloux, Jean Albert Baudat Gouverneur, Louis Cloux  secrétaire.

 L’honorable Communauté de Villars Bozon ayant eu Communication de la Réponse faite par celle de La Coudre au mémoire de l’honorable Conseil de L’Isle déclare qu’elle l’adopte dans tout son contenu et qu’elle s’y réfère. C’est pourquoi nous avons signé par ordre de dite Communauté et pour être remis à Messieurs du Conseil à Villars le 25 avril 1790.
Signé à l’Original JC. Failletaz secrétaire
Denis Chaillet Gouverneur

Page 101 – Etat de ce que perçoivent le Régent d’Ecole et la bourse des pauvres
au 1er  décembre 1800
(par le secrétaire H. D. Wagnon)

Les Citoyens Députés de la Commune particulière de L’Isle, avec le Boursier et le secrétaire, le tout assemblé pour exécuter la Commission qui leur fut donnée samedi d’établir l’Etat de ce que perçoit le Régent d’Ecole en ce lieu, de même qu’un mémoire des assistances qui se sont faites annuellement aux Pauvres par la Bourse particulière dudit Lieu.

Bénéfice du Régent                                 Fr.

  1. Le pâturage d’une chèvre 3.90
  2. Celui de quelques brebis et un cochon 13.00
  3. La jouissance d’un record 30.00
  4. Celle d’un jardin 7.60
  5. Celle de la maison, y compris les entretiens qui sont à la charge de la Commune              175.00
    Total au bénéfice du régent : Fr.229.50        

  Assistance aux Pauvres

Prise dans l’espace de dix ans :
La proportion s’en trouve à :                          Fr.12.60

 Total au bénéfice du régent et de l’assistance aux pauvres : Fr.242.10

 

Page 103 – Bâtiment de Bergerie de L’Isle
31 janvier 1846

En suite de décision prise par la Société de la Bergerie de L’Isle sous date du 31 janvier 1846.
A ce que le Bâtiment de la Bergerie de L’Isle fut cédé à la Commune Particulière de L’Isle pour le prix de quatre cent francs. La proposition ayant été faite à la Commune qui a accepté  et payé les 400 francs. Comme il est dit ci- dessus.
Nous soussignés membres de dite société déclarons avoir reçu de la Régie de L’Isle la somme de huit francs et 3 batz pour notre part et ayant droit  au Bâtiment appelé Bergerie pour qu’il soit dès aujourd’hui la propriété entière de la Commune Particulière de L’Isle, à Condition que le dit Bâtiment soit loué à la dite Société, pour servir comme par le passé à renfermer les moutons du hameau de L’Isle, aujourd’hui le 21 décembre 1846.

Abram Louis Guyaz. Georges Guyaz. J.L.Anselme. Jean François Faillettaz pour moi te mon frère.. Jules Louis Bernard. Jérémie Wagnon pour moi et mon frère. Louis Gabriel Chaillet. Antoine Bernard. Jean Marc Guyaz. Jean Daniel Anselme. Henry Jousson fils. Henry Gruaz. François Louis Guyaz. Pour Aristide Chaillet, Gabriel Chaillet. Antoine Wulliens. Isaac Guyaz. Pour Jaque Louis Guyaz et Isaac Guyaz. Antoinette Bernard. Jaques Louis Anselme le jeune. Jaques Louis Wagnon. Jean Frederich pour les enfants mineurs de Jaques Louis Wagnon. François Guignard  et F. Guyaz pour Marc-Louis Cloux et Henry S. Gruaz. George Gruaz fils. Pour la Veuve de David Guyaz, Louis Frederich Guyaz. Veuve de Charles Gruaz, Susette Gruaz. Isaac Louis Gruaz. Pour les hoiries de Charles Cloux, Louis Cloux de feu Charles. Isaac Guignard. François Louis Anselme pour ma femme. Susette Court veuve de François. J. Henri Jaquerod. François Guignard. Jaques Louis Anselme l’aîné. A.D. Guignard. Jean Frederich Guyaz. Pour l’hoirie  Baudat, André Anselme, Henry Baudat. Jeannette Court. Marguerite Cloux. Samuel Wagnon. Henriette Chaillet veuve de Barthelemy. Pour l’hoirie de Louis Chaillet, Henriette Chaillet. François Cloux. Pour Albert Henri, Marc Gruaz fils.

 

Page 105 – Création de la société  du Four de L’Isle

Création du Four

Devant chez  le boulanger (à la rue du Levant) au début du siècle. Les « clientes » affluent, les unes avec des tartes aux fruits, les autres avec des boules de pain que le boulanger fera cuire dans son four.
(Photo 24 heures  « Nos lecteurs se souviennent »).

Le 24 janvier 1865 à L’Isle, 47 personnes déclarent s’engager les unes envers les autres à former une société anonyme, dans le but d’arriver à faire cuire notre pain le meilleur marché possible et à employer les moyens que nous jugerons les plus propres à atteindre ce but, et à payer la somme de vingt francs à la société en cas de rétraction. »
Le 1er avril 1865 les membres fondateurs de la société édicte leur règlement. « Les externes payeront cinq centimes par quintal en sus du prix payé par les membres effectifs pour la cuisson du pain.
Tout sociétaire habitant le hameau de L’Isle qui ne fera pas cuire son pain chez lui sera tenu de le faire cuire au four de la Société, sous peine d’une indemnité basée sur la part du sociétaire à l’intérêt de la dette sociale.
Tout sociétaire qui n’assistera pas à une Assemblée générale après avoir été légalement convoqué, et qui ne justifiera pas son absence par des motifs de force majeure payera trente centimes d’amende.

Membres fondateurs: F.H. Chaillet, H.L. Cloux, Jules Roy, Albert Mutrux, Marc Roy, Charles Baudat, François Anselme, Charles Bernard, Frederich Wagnon, Jacques Chevalley, Louis Roy, Francis Guyaz, François Clerc, André Anselme, J.M. Massé, Charles Gruaz, François Bernard, Charles Gabriel Bernard, Pierre Cossy, Hoirie Louis Margot, Louis Samuel Gruaz tuteur, Marc Maget, Henri Guignard, Jules D. Bernard, Charles Louis Chaillet, Henri Cloux, François Louis Cloux, Louis Cloux pintier, Charles Bernard d’Antoine, Louis Auguste Geneus, François Louis Wulliens, Henri Court, Louis Roy, J. Guyaz, Veuve Jousson, Charles Guignard, Charles Gruaz, Emmanuel Jauris, Fernand Gruaz, Charles Pittet, Louis Samuel Gruaz tuteur, Louis Samuel Gruaz, François feu David Guyaz, Emile Bettex, Jacques Louis Wagnon, François Rochat, Louis Anselme, Henri Jousson (décédé), Frédéric Gruaz, Isaac Guyaz, Jean Wagnon tailleur, Louis Frédéric Guyaz.

En séance du 15 mars 1872, le vice-président donne lecture d’une lettre de Francis Guignard qui donne sa démission qui est remplacé par François Bernard. D’autre part l’assemblée trouve que le montant de vingt francs pour quitter volontairement la société est trop peu élevé et porte cette finance à quarante francs.
L’Assemblée du Four du 8 février 1885, sous la Présidence de Gabriel Bernard admet quatre nouveaux membres: Charles Bernard, Charles Gruaz, Emmanuel Jaccard et Louis Desiebenthal. Ils devront signer le Règlement en payant la finance d’entrée d’après la part de chacun des sociétaires qui s’élève à trois cent quarante cinq francs septante et quatre centimes.
Le 31 mars 1885, la Société du Four de L’Isle loue son four à Francis Courvoisier pour le terme d’un an à partir du 25 juillet 1885 au 25 juillet 1886, pour le prix de cent huitante francs par an. Le fournier percevra des sociétaires pour la cuisson du pain deux francs 20 centimes  par quintal métrique pour les sociétaires , et 20 centimes en plus pour les non sociétaires, cette finance de 20 centimes sera au bénéfice de la société. Le fournier percevra 10 centimes par gâteau. Il fournira le four aux sociétaires pour sécher les fruits  aux sociétaires qui en feront la demande, moyennent un prix équitable!

Conditions sous lesquelles la Société du Four de L’Isle loue son bâtiment comprenant : four, logement, cave et bûcher. L’Isle le 5 juin 1901.
La location est consentie pour le terme de 3 à 6 ans, la société se réserve la faculté de résilier en prévenant 6 mois à l’avance, de même le fermier devra se conformer aux conditions stipulées dans cet article.
L’adjudicataire devra fournir deux cautions solidaires et solvables, pour garantir son engagement, et agréées par la Société,  ou fournir un dépôt se montant à la location de l’année, avec intérêt au taux du jour.
La location se paiera par semestre soit le 50% chaque fois. Le fermier cuira le pain aux sociétaires pour le prix de deux francs vingt centimes les cent kilos; dix centimes les gros gâteaux et cinq les petits.
Le fermier devra percevoir vingt centimes au profit de la Société, par quintal métrique des externes en sus de ce que les sociétaires paient pour la cuisson du pain, et devra à la fin de chaque exercice en donner le relevé à la Société.
Le fermier est tenu de cuire le pain des sociétaires et des externes deux jours par semaine, soit le vendredi et le samedi, aux heures fixées par le comité
La perception de la cuisson se fera tous les six mois, les gâteaux se paient comptant.
Il est expressément défendu au fermier ainsi qu’à toute autre personne de sécher du vert  ou mouillé, de même que toutes espèces de fruits dans le four.
Le fermier sera responsable des dommages causés par sa négligence, tant envers les sociétaires, que pour ce qui concerne le four et le bâtiment, ainsi que les objets qui lui seront remis à son entrée, d’après l’inventaire qui sera pris.
Le pain qui ne sera convenablement cuit, restera à la charge du fermier, qui le paiera au propriétaire le prix courant.
Le fermier devra tenir les abords de l’immeuble dans un état de propreté, afin d’être en règle au sujet de la salubrité publique.

Le 1er août 1927 la Société du four de L’Isle comptait 38 membres.

Les locataires du four:
1866 – 1867  Francis Rod pour la somme de Fr.180.-
1885 – 1886  Francis Courvoisier
1889 – …       Francis Courvoisier est réengagé
1899 – …       Emile Charrière, de Presinge canton de
Genève
1901  – …      Albert Fontannaz de Bettens
1927 – 1929  Madame Veuve Fontannaz

Boursier du four:
1867 – 1868  Albert Mutrux  relève que dans son compte rendu  le paiement de FGr.1.90 au serrurier Chaillet pour un anneau en fer à la bouche du four et une réparation à l’étouffoir.
Séance du 24 novembre 1919. Présidence M. Louis Courvoisier. Monsieur Baudat Albert fait la proposition suivante:
– La plupart des sociétaires dédaignent d’assister aux assemblées et pour les engager à venir, il nous faut partager un verre ensemble sur le compte de la caisse, ce qui est admis soit huit litres….
Assemblée du 29 août 1927. Ordre du jour : la vente du four.
M. Le président (Louis Gruaz) fait observer que la vente du four implique la dissolution de la Société et que d’après l’art. 3 des statuts il faut une majorité des ¾ des membres pour prôner la dissolution; soit 29 sur 38 membres inscrits au Registre du commerce et 21 seulement sont présents.
Plusieurs membres estiment que la vente du four n’est pas nécessairement la dissolution de la Société qui, leur semble t’il, doit être libre en tout temps de vendre son immeuble; en fin de compte la proposition de W. et Oscar Bernard demandant un essai de vente pour la fin d’octobre ou le commencement de novembre est admise à l’unanimité.
Assemblée du 14 novembre 1927. Présidence de Louis Gruaz. Dans la séance de ce jour la Société confirme à l’unanimité des 22 membres présents la décision concernant la vente, prise dans la précédente assemblée. Le jour de la mise est fixé au samedi 17 décembre prochain.

Mise du Four
Le comité s’est réuni ce jour avec le notaire Gleyre pour procéder à l’essai de vente du Four. Sous réserve de ratification l’adjudication est donnée à M. Louis Bernard pour le prix de Fr.9’500.-. Toutefois de Comité estimant la valeur du Four supérieur au chiffre atteint, annonce que la vente ne sera en aucun cas ratifiée. Dans une prochaine assemblée la Société statuera sur la nouvelle marche à suivre.

Assemblée du 4 septembre 1928. Présidence de M. Louis Gruaz.
Le président informe l’assemblée que M. Charles Gruaz a remboursé sa dette de Fr.671.50. Mme Fontannaz s’est décidée à faire une offre pour l’achat du bâtiment dont elle est locataire, sous réserve que la Société répare de rez-de-chaussée à ses frais. Elle offre Fr.10’000.- comme prix d’achat. Après discussion la Société se déclare prête à accepter le prix offert mais refuse de faire les réparations demandées.

Assemblée du 26 octobre 1928. Présidence M. Louis Gruaz. La Société s’est réunie ce jour pour recevoir la 2ème  offre d’achat du bâtiment, faite par Mme Fontannaz le prix est de Fr.10’000.-.
Sur la proposition de M. Wulliens Martinet l’assemblée admet à l’unanimité des 21 membres présents l’offre ci-dessus mentionnée. En conséquence le bâtiment comprenant four et logements est vendu à Mme Fontannaz pour le prix de Fr.10’000.-. Compris tout le matériel servant à l’exploitation. Maintenant  il y a lieu de procéder à la dissolution de la Société. Toutefois l’assemblée n’étant pas en nombre pour prendre cette décision, une feuille pétition sera portée au domicile de chacun en vue d’obtenir les signatures nécessaire.

Extrait  du procès verbal de l’assemblée générale des membres de la Société du Four du Hameau de L’Isle. Séance du 18 janvier 1930. Le nombre de membres ayant été atteint la Société peut être dissoute. Chaque membre touchera la somme de Fr.162.50.
La Société a été radiée du registre du commerce.
La liquidation de la Société est ainsi définitivement close.
Le Président Louis Gruaz et le secrétaire G. Courvoisier

Dissolution de la société:
Cossonay,  le 22 janvier1930
A la Société du Four du hameau de L’Isle
(actuellement dissoute)

 P.A. Monsieur G. COURVOISIER L’Isle

Monsieur le Président, Messieurs,

Suivant lettre ci-jointe, l’Office fédéral du Registre du Commerce refuse de publier l’inscription N° 58 de mon registre, relative à la radiation de votre Société et me propose de la remplacer par la rédaction figurant dans la réquisition que je vous adresse, par la présente, pour signature. Il va sans dire que cette exigence de l’Office fédéral n’occasionnera aucun frais supplémentaire pour vous. Vous voudrez bien, en conséquence, signer et me retourner la réquisition incluse, en ayant l’obligeance d’y joindre un extrait du procès-verbal de la séance du Comité, dans laquelle il a été constaté la dissolution de la société et que sa liquidation était terminée. Cet extrait doit être attesté par le Président et par le Secrétaire.

Si la vie du four à été très active durant les années passées, les méthodes modernes de fabrication et de cuisson du pain ont condamné le four du quartier de « La Ville ».

Page 115- L’incroyable destin canadien d’une famille   » des Toches  »
Selon les indications fournies par M. John Wallace Smith

Famille 1905

La famille de François Henri Courvoisier en 1905

En Suisse, les importations de gros grains américains provoquent un effondrement des prix du marché local.En Ontario, un acte de 1868 octroie 100 hectares de terres gratuites, à toute personne de plus de 18 ans qui s’engage à s’établir, cultiver 15 hectares et construire une maison dans les 15 ans.
Les propriétaires de bateaux à vapeurs canadiens, soucieux de rentabiliser leurs lignes, offrent pour le prix de cinq livres payé par l’émigré, un passage de Liverpool à Québec et le transport ferroviaire gratuit de Québec à la destination de ces immigrants.
En 1872 le gouvernement canadien nomme La Baronne Elise von Koeber, une dame européenne qui avait vécu au Canada pendant 16 ans, comme agent d’immigration.
Elle est chargée  d’encourager les colons européens à se déplacer sur les terres non défrichées de la région d’Ontario. Elle donne des conférences de presse et distribue des tracts en Europe et particulièrement en Suisse.
C’est dans ces conditions que François Louis Courvoisier né à Aubonne en 1825, originaire de Mont-la-ville et descendant de la famille dite des Toches reconnu bourgeois de Mont-la-Ville par acte du 1 juillet 1870, émigre au Canada avec sa femme Louise Marie Bétrix et leurs 6 enfants.
Ils arrivent de Liverpool à bord du « S.S. Pollynesian », le 4 juillet 1878, à destination de la ville de Québec.

Pollymesia

« S.S. Pollynesian »

Il est prévu que cette famille doive s’installer à Rosseau. Mais, à leur arrivée, ils découvrent que toutes les terres ont été prises par des colons et d’autres spéculateurs fonciers. La famille  marche alors jusqu’à Poverty Bay où ils décident de s’installer.
Le 1er août 1878, François Louis, son fils François Henri et sa fille Urania reçoivent un brevet pour leurs terres dans le canton de Croft.

Patente

Patente d’Henri Courvoisier datée du 1er août 1878

Maison

La maison des Courvoisier à  » Poverty Bay »
dessin de Margie Bartlett

Tout semble aller pour le mieux, car François Henri Courvoisier  épouse Hélène Guthjahr en 1885 qui lui donne 18 enfants, et une descendance magnifique de 112 petits enfants et 436 arrières-petits enfants.

François Henri
(Il faut admettre, en toute modestie, que la famille COURVOISIER des Toches a contribué d’une façon  appréciable au peuplement du nouveau monde…)

Page 120 – Compte du passage des internés français en Suisse,
à L’Isle – 1871

français 1871

 En janvier 1871 une dernière bataille se déroula autour de Belfort, défendu par le colonel Denfert-Rochereau, et au cours de laquelle était accourue l’armée de l’est de 14’000 hommes, commandée par le général Bourbaki. Elle fut battue après un combat de 3 heures. L’armée de Bourbaki essaya de gagner Lyon, mais les allemands lui coupèrent la route et ils furent refoulés vers la Suisse.
A l’aube du 1er  février 1871, à travers les cols du Jura, près de 90’000 hommes avec armes, bagages et chevaux prirent le chemin de l’exode. Ils étaient à moitié morts de faim et de froid. Ils restèrent en Suisse jusqu’en mars.
Compte que rend le citoyen Charles-Louis Bernard boursier Communal à L’Isle, au sujet de l’entrée de l’armée Française de l’Est en Suisse, à son passage dans la commune en Février 1871, pour son internement.
Reçu du Commissaire des Guerres spécial pour les internés, la part revenant à cette commune à l’indemnité allouée pour le Gouvernement français, pour vivres, logement d’honneur et chevaux, fournis par la commune et les particuliers, une somme de deux mille trois cent quatre vingt huit francs quinze centimes.

 

Page 132 – Cahier d’école – 1872

Cahier d'école 1872

A cette époque il semble que les élèves préparaient un cahier pour le nouvel an, dans lequel ils traitaient, de leur plus belle écriture, différents sujets comme : l’orthographe, l’analyse logique, l’analyse grammaticale, l’histoire de France, l’arithmétique et une lettre pour leurs parents, dont je ne peux m’empêcher de reporter le texte tel qu’il figure sur ce cahier de 1872.

(Lettre)
Chers parents
Je suis bien heureuse que cette nouvelle année me permette de vous la souhaiter bonne et heureuse et que je puisse encore une fois vous dire que je vous aime beaucoup et que j’espère être une bonne fille pour vous faire plaisir et vous montrer que je vous suis bien reconnaissante de tout ce que vous faites pour moi.

J’espère aussi que durant cette nouvelle année qui s’ouvre devant nous ; je saurai vous être utile a quelque chose et surtout à éviter de fatiguer ma chère maman dans son ménage en l’aidant de mon mieux et je veux tous les jours prier le bon Dieu qu’il vous bénisse qu’il vous accorde une longue vie et une bonne santé et qu’Il m’aide à accomplir ma tâche auprès de vous avec docilité et plaisir, et je serai bien satisfaite si au prochain nouvel an tu me dis, ma chère maman que tu es contente de moi.

Je te souhaite toutes sortes de bonnes choses et de bonheur ainsi qu’à mon papa et vous prie d’accepter cette petite lettre ainsi qu’un bon baiser.

Votre petite fille qui vous aime.
Louise Blanchard.

Qui était Louise Blanchard, qui écrivait en 1872, à l’âge de 13 ans, cette magnifique lettre, et quelle fut sa descendance.

M.L.Blanchard   J.L.Wagnon

Marie Louise Blanchard                           Jules Gabriel Wagnon
°1859  Nyon  – 1944 L’Isle                  °1852 L’Isle – 1931 L’Isle

Mariage à L’Isle le 8 septembre 1890

Ils eurent 7 enfants :

Edouard
 Edouard 1891 – 1977
Raoul Henri 1892 – 1892,
Marthe Adèle 1894 – 1924
Georges Etienne 1895 – 1895

Philippe
Philippe Georges 1896 – 1981
Henri Charles 1899 – 1899

Charles
Charles Albert 1902 – 1982

 

Page 136 – Economie ménagère
Extraits de :  » La cuisine de la campagne et de la ville – 1872″

titre

Page 137 – Destruction des mouches
On en détruit beaucoup au moyen dassiettes remplies d’eau et d’arsenic gris, mais d’un emploi dangereux, ou de tasses remplies à moitié d’épaisse eau de savon et que l’on a couvertes d’un carton percé d’un trou au milieu et emmiellé par dessous ; elles sont attirées par le miel et asphyxiées par le savon.
Un meilleur moyen est d’assembler par le dos, avec de la peau ou de la toile, 2 planchettes, comme un livre, de les enduire de miel d’un côté, de les poser debout entrouvertes, et de fermer brusquement quand les mouches s’y sont amassées.
Mais toute cette destruction n’est que partielle : il vaut mieux les empêcher ; ce qui a lieu en voilant les fenêtres avec un canevas clair et n’entrant dans la cuisine que par un passage obscur, car ce qui les éloigne c’est l’obscurité.

Page 138 – Feu de cheminée
Aussitôt  que l’incendie se manifeste, jetez sur le brasier qui couvre l’âtre de la cheminée quelques poignées éparses de soufre écrasé. Bouchez l’ouverture de la cheminée avec une couverture mouillée. Si le brasier de l’âtre est encore trop ardent, quelques poignées de soufre jetées  de nouveau ralentiront son activité.
Un coup de fusil, tiré dans le canal, de la cheminée, est aussi capable d’éteindre le feu.

Page 138 – Service de la table
Le jour où l’on reçoit ses convives, la salle à manger doit être nettoyée avec un soin tout particulier, et le couvert mis toujours une heure ou deux d’avance, afin de pouvoir parer à tous les retards et omissions.
Nous n’avons pas besoin de dire que l’on aura commencé par disposer la table en sorte que chaque convive puisse avoir une place suffisante : 60 centimètres sont l’espace nécessaire à une personne à table (Ceci en temps de mode naturelle. En temps de robes ballonnées, il faut compter sur 1 mètre pour chaque dame. Tel fonctionnaire admet à sa table 80 invités hommes, mais seulement 50 personnes lorsque des dames sont admises. ) Ainsi, pour douze personnes, la table devra avoir près de 7 mètres de tour, parce que l’on gagne aux 2 bouts. Il n’est pas possible de placer convenablement 4 entrées et des hors-d’œuvre sur une table de moins de 1 mètre 60 à 2 mètres de large.
Le sol des salles étant ordinairement froid, il est nécessaire de garnir le dessous de la table d’un tapis de laine ou de nattes. Il est bon aussi de prévenir les besoins des personnes délicates en leur préparant de petits tabourets ou des chaufferettes que l’on aura soin de choisir sans odeur, telles que celles à eau chaude.

Page 139 – Manière de préparer la volaille , avant de la faire cuire
Lorsqu’on met sa volaille sur le feu aussitôt qu’elle a été tuée, si même on attend quelques heures, quelque précaution que l’on prenne  ensuite pour la faire rôtir ou bouillir, il est impossible de la servir tendre et délicate. Celle qu’on veut servir à dîner doit être morte au moins de la veille; et celle que l’on veut servir le soir doit être tuée le matin de très bonne heure, si l’on n’a pas eu la précaution de la tuer la veille. Si on est surpris sans avoir eu le temps de la laisser mortifier, il faut la tremper dans l’eau bouillante, et l’y plumer aussitôt que l’on peut y tenir les mains.
Un autre moyen d’attendrir la volaille et le poulet, c’est de lui faire avaler, une minute avant de la tuer, une cuillerée de vinaigre.
La volaille noire (canards, pigeons, etc.) est plus tendre quand elle a été étouffée que quand on l’a fait saigner. Si on coupe la tête du canard, il ne faut le faire que quand il est froid.

Page 140 – Moyens d’avoir des œufs frais , pendant les plus grands froids , et les hivers les plus longs
Vers la fin d’octobre, prenez une douzaine de poules mères, mettez-les dans l’étable des vaches, derrière des claies assez hautes pour qu’elles ne puissent les franchir. Donnez-leur pour toute nourriture du sarrasin, et, le matin, une pâtée de chènevis pilé dans laquelle vous mettez très peu d’orge, et environ un sixième de brique pilée et passée au tamis.
Cette nourriture les échauffe au point de les faire pondre tous les jours; mais aussi au printemps ce sont des poules ruinées qui ne sont plus bonnes qu’à engraisser.

Page 141 – Champignons et truffes
Les champignons, que Néron appelait un met des dieux, parce qu’ils avaient empoisonné les empereurs Tibère et Claude, dont il avait fait l’apothéose, et qui, depuis, ont causé la mort du pape Clément 7, du roi Charles 6, de la veuve du tsar Alexis et de bien d’autres, sont toujours un aliment lourd et indigeste, même lorsqu’ils sont bien choisis et venus sur couches.
La digestion en est lente, et ils fournissent assez peu de matière vraiment nourrissante. Il faut par conséquent éviter d’en manger beaucoup à la fois, et le mieux est de les reléguer, comme on le fait le plus souvent, parmi les assaisonnements. On a remarqué que les champignons sont moins indigestes quand on les prend récents et qu’on les a fait mûrir dans de l’eau acidulée avec du vinaigre ou du jus de citrons.

Page 142 – Propriétés des aliments
“ Ce n’est pas ce que l’on mange qui nourrit, mais ce que l’on digère. “ On peut juger par cet aphorisme de la nécessité de connaître les qualités ou les défauts des aliments, et par cet enseignement d’un docteur sur la nécessité d’une préparation convenable :
“ La digestion des aliments commence à la cuisine. “

pots

 

Page 143 – Une enfance heureuse à L’Isle
(Photos transmises par Madame Christine RAYROUX de France, ainsi que mes recherches.

First LadyFirst Lady à la Cour du Duc de Kent

Ceci est une reconstitution, surtout photographique, d’une petite partie de l’histoire de Rose Léontine Faillétaz, née à Marseille le 16 mai 1882, originaire de L’Isle. Suite à un problème familial, et grâce à la réponse favorable du syndic de l’époque, M. Charles GUYAZ,  elle peut venir dans cette famille jusqu’à ses 16 ans. Elle arrive donc au village le 31 janvier 1889, transportée par une personne de Morges.

Bezençon

Grâce à certains documents nous savons que Rose Léontine à passé une enfance heureuse à L’Isle, où elle fréquentait assidument le groupe des jeunes protestants. Une note précise « Melle GUYAZ qui a été si gentille avec moi ». Elle fait toute sa scolarité à L’Isle et, plus tard,  nous la retrouvons comme infirmière dans le service du Docteur ROUX à Lausanne.

bébés

(A gauche Rose Léontine Faillétaz)

Les images de l’époque justifient tout à fait un petit clin d’œil à Rose Léontine qui retrouva au pied du Jura l’amour et la tranquillité qu’elle avait certainement perdus. Après un passage en Angleterre elle revient à L’Isle où elle se marie en 1912 avec Fernand Emile RAYROUX de Cuarnens. Ils eurent deux enfants. Elle décède le 18 juin 1968 au Val Paisible à Lausanne.

Page 146 – La Laiterie de L’Isle ,de 1885 à nos jours
(Texte : article de 1978 signé G. H.)

Les origines de la Société de laiterie ne peuvent pas être établies de manière précise: les premiers registres ont disparu. On suppose que la société de laiterie est issue de la Société de fromagerie de Chabiez, un quartier du village. Car, au début du XIXe siècle, L’Isle devait compter trois sociétés de fromagerie.
Le plus ancien des registres, déposé aux archives de la Commune de L’Isle, date de 1885.
A cette époque, la société avait un effectif de 50 membres. La laiterie était située à l’emplacement du bâtiment Hari, propriété actuelle de la famille Guignard; c’était un bâtiment très modeste.
Le lait était vendu à un laitier, auquel il était attribué par voie de soumission ou de mise publique. En 1886, les quelques 250’000 kilos furent attribués à Lucien Besson pour le prix de 11,6 centimes le litre.

ancienne laiterie
L’ancienne laiterie et le pont de Chabiez

pont chabiez

A fin 1885, la société investit Fr.3’280.- dans la construction de la première partie de l’actuelle étable à porc. La dépense comprenait l’achat du terrain communal Fr.636.- ainsi que les frais d’acte Fr.20.-. Un emprunt de Fr.3’000.- à Charles Guyaz permit de financer cette construction, qui fut agrandie en 1930.
C’est à partir de 1890 déjà que la transformation de la laiterie fut discutée, mais il fallut bien du temps avant de passer à la réalisation. Le 24 avril 1897, la société décida de renoncer à transformer le bâtiment, et elle opta pour une construction nouvelle. On envisagea tout d’abord de l’implanter au lieu dit « Recordon« , au sud de l’étang de la Venoge, sur un terrain propriété communale. Le Conseil communal refusa d’entrer en matière. Aujourd’hui, on peut se féliciter de cette décision, qui a préservé l’environnement du château de L’Isle.
Le 10 mars 1903, la société décida l’achat d’une autre parcelle communale, située plus à l’ouest. Le Conseil donna son accord à cette transaction: le 18 mai, la société devenait propriétaire du terrain pour le prix de Fr.1’410.-Investissement couvert par un prêt d’Edouard Cloux (1855-1930), agriculteur et cafetier.
Le 22 mai, la société mandatait l’architecte Bonjour, qui établissait un projet devisé à Fr.27’500.- pour la construction de la laiterie que nous connaissons aujourd’hui. On ignore quand la nouvelle fromagerie fut mise en exploitation.

catalogueCatalogue 1902

ecrémeuseBaratteEcrémeuse à main                    Baratte « Victoria »

chauffage 1Chauffage du lait à chaudière fixes et foyer mobile à wagonnet.
Vue d’une installation complète

chauffage 2
Chauffage du lait à chaudières mobiles et foyer fixe.
Modèle ordinaire avec potence

malaxeurMélotte
Malaxeur alternatif à table bombée              Ecrémeuse « Mélotte » à vapeur directe

En novembre 1904, la société paya Fr.200.- pour la pose de l’électricité dans le bâtiment et d’une lampe à l’extérieur. C’est à cette époque que la société consentit à vendre l’ancienne fromagerie à Louis Hari pour le prix de Fr.4’700.-laiterie 1921Laiterie sur carte postale de 1912

En 1937, des travaux de modernisation furent entrepris dans le local de coulage et de fabrication: on supprima les feux roulants, on agrandit le local de fabrication et l’on installa le chauffage à vapeur.
En mars 1977, lors de sa visite annuelle, l’inspecteur fédéral des chaudières à vapeur décréta que l’installation devait être mise hors service pour fin mars 1978.
Pour limiter les frais, la société acquit du matériel d’occasion, mais en parfait état: les brasseurs et la centrifugeuse viennent de Büren, la chaudière à vapeur, construite en 1972, de Biberen, les deux cuves de fabrication (1’300 et 1’600 litres) des Bayards. Ce nouvel équipement a impliqué une adaptation de l’infrastructure. Réfection complète de la dalle, du carrelage du sol et des catelles des murs, adaptation de l’installation électrique. L’investissement est de l’ordre de Fr.100’000.-. Il est couvert par un prêt sans intérêts durant huit ans des crédits d’investissements agricoles Fr.20’000.- et par un emprunt hypothécaire  à la Caisse de crédit mutuel de L’Isle.
Les travaux  de modernisation ont débuté le 4 janvier et se sont achevés le 26 mars. Pendant cette période, les dix producteurs de lait de L’Isle ont coulé à Villars-Bozon ou à Chavannes-le-Veyron.
Lors de la mise en exploitation de la nouvelle laiterie, en 1903, le laitier était un nommé Wächli. Après les Henrioud, Jousson et Michel, ce sont les Rieder qui achètent le lait, et cela depuis une vingtaine d’années. A Fritz Rieder père a succédé Fritz Rieder fils. Celui-ci transforme en gruyère et en vacherins (durant l’hiver) 560’000 à 600’000 kilos de lait, l’apport variant entre 1’000 et 2’000 kilos par jour, selon la période de lactation. Les résidus contribuent à l’engraissement de 170 porcs.

Page 154 – Indicateur du Commerce et de l’Industrie. Canton de Vaud – 1896. L’Isle

Aubergistes : Cloux Edouard,  Guyaz hoirs de Louis,  Pilet veuve, Rochat Henri Hôtel de commune

Blanchisseuses : Gruaz Rosine,  Kistler

Bois (Marchands de) : Cloux Louis-David

Bouchers : Maget,  Wulliens Louis

Boulangers : Baeniger Fritz,  Maget Marc-Ami

Charcutier : Wulliens Jules

Charpentier : Desmeules Emile

Charrons : Bernard Jules-Daniel, Bettex Emile,
Gruaz Louis

Chaussures (Marchands de) : Guignard Marc,
Meyer Jean

Chef de section : Clément François

Cigares et tabacs : Guignard Marc, Meyer – Dessouslavy Jean

Cordonniers : Dubach Jean,  Kistler

Couvreurs : Jaccard Frédéric, Geneyne Daniel

Engrais chimiques : Meyer Jean

Epiciers : Baeninger Fritz, Guignard Marc-Louis,
Meyer – Desssouslavy Jean

Ferblantiers : Geneyne Daniel, Jaccard Frédéric-Louis

Gypsier-peintre en bâtiment : Rochat François

Inspecteur du bétail : Gruaz Ferdinand

Instituteur : Favre Louis-Aimé

Institutrice : Aubert Aline -Véronique-Clémence.

Juge de Paix : Bernard Henri-Samuel

Laitier : Boehlen Samuel

Lingerie : Margot Elise

Maçons : Garoni frères, Jaccard Emmanuel,
Jaccard Auguste

Maréchal : Freivogel Ernest

Menuisier : Dähler Frédéric

Mercerie : Guignard Marc, Meyer Dessouslavy Jean

Meunier : Cloux Louis-David

Négociants : Guignard Marc, Meyer Jean

Notaire : Martinet Louis-David

Officier d’Etat civil : Martinet Louis-David

Pasteurs : Banderet, suffragant (Eglise nationale) ,
Mercier (Eglise libre)

Poste : Gruaz-Isaac-Frédéric entrepreneur postal,
Roy Henriette buraliste, Roy Emile télégraphiste

Poterie : Meyer Dessouslavy J.P.

Quincaillerie : Guignard Marie

Repasseuses : Gruaz Rosalie, Gruaz Rosine

Sabotier : Gruaz Emile

Sage-femme : Anselme Aline

Scieur : Cloux Louis-Daniel

Sellier : Bélaz Marc

Sociétés : Société de fromagerie, Société du poids public

Socques (fabricant de) : Girardet Louis,  Gruaz Emile

Syndic : Bernard -Magnin

Tailleurs de pierres : Geneux Louis Auguste,
Jaccard François, Margot Auguste,
Mutrux Victor A. Louis

Tailleuses : Anselme Aline, Margot Elise

Tanneur : Chautems Louis

Tisserand : Chaillet Eugène

Toilier : Meyer Jean

Vin (marchand de) : Pilet Aimé

Marconi

Gugliemo Marconi et son Télégraphe en 1896

Page 158 – Inauguration de l’Apples – L’Isle
La Tribune de Lausanne et Estafette. Dimanche 13 septembre 1896

1896

 L’inauguration du chemin de fer Apples – L’Isle a eu lieu hier par un temps splendide. Un train spécial de deux voitures de voyageurs et de deux wagons ouverts, tout enguirlandés, a conduit les invités jusqu’à Apples.

A Apples
Des délégations des Amis de la Société militaire d’Apples, ainsi que de la Société militaire de Mont-la-Ville, attendaient avec leurs drapeaux l’arrivée du train spécial.
De charmantes jeunes filles font la haie devant la gare, décorée de massifs de fleurs naturelles.
A l’arrivée du train, la fanfare Chaillet de L’Isle joue un de ses plus entraînants morceaux. M. Guyaz, président du conseil d’administration, souhaite la bienvenue à tous et M. Fazan, président du conseil général, offre, au nom de la population d’Apples, le verre de l’amitié à tous les invités; les demoiselles distribuent des fleurs et maintes gourmandises.

A Pampigny
La gare est aussi très bien décorée. M.A.Bolay, syndic, souhaite la bienvenue et témoigne aux autorités et à ceux qui ont mené à bien l’entreprise, la reconnaissance de la population. M. Kohler, ingénieur et son assistant M.Maillart, reçoivent des bouquets. Les sociétés de l’Abbaye et la Jeunesse de Pampigny sont là avec leurs drapeaux. Les demoiselles distribuent fleurs et bricelets; le vin coule à flots.

A Montricher
le syndic A. Magnin remercie tous ceux qui ont participé à l’entreprise de la ligne. Les Amis réunis et l’ancienne Abbaye de Montricher font flotter au vent leurs drapeaux. M. Kohler reçoit encore des bouquets et les demoiselles nous passent des plateaux chargés de vin et de bricelets.
A un kilomètre au nord se dessine le joli château de Montricher; sur le fronton de la gare on lit cette devise:

Que Dieu préserve d’accidents : Les trains et ceux qui sont dedans.

page 161

A L’Isle
Tout le monde est à la gare; au fond un grand arc de triomphe surmonté de quatre wagonnets chargés; devant, la locomotive toute enguirlandée qui a  marché pendant les travaux. Un photographe prend un cliché, où figure le groupe des ingénieurs et ouvriers.
Le cortège se forme; en tête un peloton de gendarmes, les écoles, la musique, les autorités fédérales, cantonales et les nombreux invités.
Les gymnastes encadrent les demoiselles d’honneur; on remarque dans le cortège: MM. Les conseillers d’Etat Jordan-Martin et Virieux, MM. Golaz et Fonjallaz, députés aux Chambres fédérales, M. Decoppet, ancien procureur général, M. Delessert, directeur des postes, etc.
La ville est très bien pavoisée; partout des drapeaux, sapins, fleurs, etc., le long des routes, deux haies de lanternes vénitiennes.
Le banquet était excellent et très bien servi. M. Bernard, syndic, souhaite la bienvenue à tous et remercie les autorités de leur présence. Le chemin de fer sera le trait d’union des diverses localités du Jura. M. B. exprime sa sympathie à la famille Decollogny, pour le défunt qui fut si dévoué pour la création de la ligne, et remercie tous ceux qui y ont collaboré, entrepreneurs, ingénieurs, surveillants et ouvriers de tous les degrés.
La commune de L’Isle se trouve triplement en fête, car elle célèbre en même temps le 200e anniversaire de la construction et le 20e de l’acquisition de cet immeuble. M. Bernard boit à la santé de notre beau canton et à la prospérité du B.A.M. et de l’Apples L’Isle.

Chenuz est nommé major de table.
Guyaz, président du conseil s’administration, fait l’historique de tous les projets qui ont été étudiés depuis 1879. Il compare le A.-L. à un affluent et remercie le Grand Conseil pour la subvention.
Banderet, pasteur, porte le toast à la patrie. Grâce à leur chemin de fer, les habitants de L’Isle ne seront plus des Robinsons.
Jordan Martin, conseiller d’Etat, rend hommage à tous ceux qui par leur intelligence et leur travail ont collaboré à la création de la ligne et vante le fédéralisme progressiste.
Clément, député du cercle de L’Isle, remercie le Conseil d’Etat et le représentant du canton de Berne, pour les facilités accordées.
Masson, juge cantonal, est heureux de constater que grâce au chemin de fer les habitants de L’Isle ne seront plus isolés.
Lagier évoque le souvenir de M. Decollogny et constate avec plaisir que M. Baup est guéri de sa longue maladie. L’un est l’autre ont beaucoup fait pour la réussite de l’œuvre. M. Lagier boit à la santé des communes du Jura et spécialement à celles desservies par le régional.
Pittet, syndic, rappelle que depuis 25 ans les populations du Jura s’occupent de leur régional, il a fallu 10 ans pour l’obtenir. L’orateur salue la seconde locomotive qui entre en gare, conduisant un train spécial dans lequel se trouvent toutes les demoiselles d’honneur des villages voisins.
Chautems, de L’Isle, remercie la Banque Cantonale de son appui, et les entrepreneurs et ingénieurs pour la manière distinguée avec laquelle ils ont mené à bien l’entreprise.
Donat Golaz porte un toast à l’essaim de jeunes filles qui viennent d’arriver.
A. Pittet, juge, dit que tous les Vaudois sont égaux depuis que le A.-L. existe. Il porte son toast au Conseil d’administration et à son vaillant président.
Les demoiselles de Bière chantent un très beau chœur et la partie officielle est déclarée close.
A quatre heures et demie, nouveau cortège en ville. Puis toute la jeunesse se met à danser. Le soir, illumination, feu de Bengale et d’artifice.

page 165

plaque de verreInauguration 1896 (photo sur plaque de verre).

Guisan
 C’est en présence du Général Henri Guisan que la traction électrique du BAM est inaugurée le 13 novembre 1943.

Neige
Même avec de la neige le BAM passe…

Page 168 – Anciens ponts, de Chabiez et en arrière plan de La Ville
(les deux ponts avant 1902. Il est à remarquer qu’ils ne comportent chacun  que deux arches)

ancien ponts 1902

 

Page 169 – Usine d’imprégnation des bois
 (Elle s’étendait de chaque côté de la route de Mont-la-Ville à la sortie de Chabiez)

imprégnationL’usine en 1905

Industries et entreprises
(Concours de géographie 1934 – M. Jean-Jacques Desponds 17 ans)

L’usine d’imprégnation des poteaux, autrefois encore florissante, est réduite à bien peu de chose. Elle fonctionne encore, mais avec un nombre réduit d’ouvriers. Les troncs de sapins arrivent verts, avec toute leur écorce. Aussitôt que possible, on injecte à leur base de l’eau contenant une solution de de sulfate de fer. Après queque temps, l’eau reparait à l’extrémité ; on les laisse encore plusieurs jours, puis vient l’écorçage. On les laisse alors sécher, puis le pied est badigeonné au carbolinéum.

Sur l’annuaire de l’Industrie et du Commerce de 1936 on trouve :
Société Romande pour l’imprégnation des Bois S.A. Bureaux : Lausanne T.32.886 – Chantier Bernard, L’Isle T.8.917 – Châtel-St-Denis T.59.114.

Page 171 – Conditions 1913 – 1914

Agents de Police
Les agents sont au nombre de trois: un pour chaque hameau.
Ils sont chargés du maintien de l’ordre et de la tranquillité dans la commune.
A cet effet, ils doivent faire de fréquentes tournées, notamment le dimanche et les jours de fête, et prévenir, autant que faire se pourra, tout trouble quelconque.

Les agents doivent veiller à ce que les établissements publics soient:

  1. fermés pendant le culte
  2. évacués par les consommateurs chaque jour à 11h. du soir, à moins de permission spéciale de la Municipalité.

Ils sont spécialement chargés de veiller à ce que les enfants, non accompagnés de leurs parents, ne parcourent pas les rues, en hiver, depuis 8h. du soir; en été 9h. sauf nécessité reconnue.

Ils ont, en outre, les attributions respectives ci-après:

Agent de L’Isle: Allumage des lampes publiques le soir, en temps d’orage et chaque fois que le village paraîtra devoir être privé de l’éclairage électrique.

Agent de Villars: Allumage des lampes électriques du hameau et, s’il y a lieu, des falots. En outre affichage au pilier public de tous les avis concernant le service communal.

Agent de La Coudre: Nettoyage 2 fois l’an du réservoir du hameau et affichage au pilier public de tous les avis concernant le service communal.
Falots et lampes devront toujours être en parfait état de propreté.
Le pétrole sera fourni par la commune.
Une échelle et une burette seront remises à chaque titulaire, qui en demeurera responsable.
Le fonctionnaire de L’Isle – en tenue – doit précéder tout convoi funèbre, et s’il y a lieu, faire régner l’ordre et la tranquillité sur le parcours.
D’une manière générale, les agents doivent veiller à l’application de toutes les prescriptions du nouveau Règlement de police dont il leur sera remis un exemplaire et dresseront rapport contre toute personne en faute n’ayant pas obtempéré à une première injonction.
Les titulaires pourront en tout temps être révoqués, s’ils ne se conformaient pas aux présentes conditions, et cela, sans avis préalable ni indemnité.
Les appointements  pour 1914 sont de:
Fr.180.- pour l’agent de L’Isle,           Fr.120.- pour 1935
Fr.80.- pour l’agent de Villars,           Fr.100.- pour 1942
Fr.60.- pour l’agent de La Coudre,     Fr.100.- pour  1942

Page 174 – Directeur des carrières
L’Isle le 30.12.1913 – Le Syndic Louis Aimé Favre , Juste Guyaz Pilet.

Ce fonctionnaire est spécialement chargé de veiller à l’exploitation normale des carrières de la commune, d’en surveiller les travaux et de procéder à tous les mesurages.
La comptabilité et la perception des valeurs pour les matériaux acquis rentrent également dans ses attributions.
Le préposé est tenu de faire de nombreuses inspections et de s’assurer que ses directions sont suivies.Pour la première séance du mois, il présentera à la Municipalité un rapport sur l’état d’exploitation dans les divers chantiers et un état de caisse justifiant l’emploi des valeurs déboursées et mentionnant celles encaissées.
Si le directeur doit veiller à ce que toute carrière soit constamment pourvue de matériaux, il doit, par contre, spécialement à la fin de l’année ordonner l’arrêt d’exploitation, dès qu’il jugera suffisante la quantité de matériaux préparés.
Les pierres de maçonnerie « carrière de Champ Peney » sont exploitées ensuite d’une mise au concours spéciale par les soins de la Municipalité.

directeur carrière

Carrière de Champ Peney (Photo mise à disposition par Marcel WULLIENS)

Sur demande de bon adressé à la Municipalité, le préposé recevra du Boursier communal des avances d’argent qui lui permettront de livrer des acomptes aux divers entrepreneurs d’exploitation.

Il est autorisé à demander au propriétaire de la construction garantie du paiement des matériaux que pourrait prendre un entrepreneur peu fortuné ou inconnu.

Le directeur doit procéder à la rentrée des valeurs de matériaux acquis:

  1. tous les trois mois pour les étrangers au village
  2. tous les six mois pour les preneurs domiciliés dans la commune
  3. Il dénoncera à la Municipalité les débiteurs en retard dans le paiement.

Il doit veiller à ce qu’il ne soit pas pris de matériaux sans bon de sa part.
Les entrepreneurs des diverses carrières de la Commune sont désignés par la Municipalité.
Le titulaire reçoit pour salaire annuel sept centimes par m3 de pierres de maçonnerie et dix centimes par m3 de sable ou gravier. En outre, il perçoit directement des intéressés cinq centimes par bon.

Prix de vente des matériaux pour 1914:

Le m3 Pour la Commune Pour les Etrangers
Pierres de maçonnerie
Gravier rond
Fr.1.80 Fr.2.50
Gravier cassé Fr.5.- Fr.5.50
Gravier de jardin Fr.2.60 Fr.2.80
Sable Fr.1.80 Fr.2.30
Etat Gravier Rond Fr.3.50
Etat Sable Fr.3.50

En tout temps, et sans avis préalable ni indemnité, la Municipalité pourra révoquer ce fonctionnaire, s’il faillit à son devoir.
Son compte avec le Boursier communal doit être réglé avant le 15 février de la période suivante.
Décision municipale du 28 décembre 1934 :
La place de directeur des carrières ne sera pas repourvue mais sera desservie par le boursier et le secrétaire qui se répartiront ce travail.
Ils toucheront chacun Fr.0.06 par caisse comme précédemment mais seulement pour les matériaux vendus. Ceux servant aux recharges des routes communales seront exonérés de ce prélèvement.

 

Page 178 – Directeur du pressoir
L’Isle, le 30 décembre 1913
Le Syndic Louis Aimé Favre – John Anselme Delacrétaz

Le préposé à la direction du pressoir, du trieur, du brise tourteau est seul autorisé à procéder à leur mise en action. Il demeure responsable des réparations auxquelles pourrait donner lieu la manœuvre maladroite de tiers.
Il doit veiller au bon entretien de tous ces engins, les huiler ou graisser suffisamment.
La plus grande propreté est exigée en ce qui concerne le pressoir particulièrement. Aucun ustensile, cuves, seilles, broyeur, etc., ne doit être livré pour service nouveau, ou mis de côté après saison, sans avoir été préalablement minutieusement nettoyé.
Les locaux doivent aussi être propres, balayés journellement et toujours fermés à clé en dehors des heures de travail.
Il ne sera toléré dans les pièces où fonctionnent ces machines d’autres engins que ceux appartenant à la commune.
Il est habituellement consacré, en hiver, une après-midi par semaine pour l’usage du brise-tourteau.
Le préposé à ces fonctions recevra les clés des deux grandes portes et celle de la petite armoire du pressoir. Il en demeurera responsable.
L’huile et la graisse nécessaires au bon fonctionnement de ces engins seront fournies par la commune.
Un inventaire du matériel sera dressé en sa présence, puis signé par lui.
Il demeurera responsable des objets qui ne pourraient être présentés à l’expiration de l’engagement et sera tenu de pourvoir à leur remplacement.
Aucune réparation quelconque ne pourra être ordonnée qu’après autorisation de la Municipalité.
Pour toute rétribution – soins de propreté ou travaux de réinstallation compris – le titulaire touchera le trente % de la recette brute produite par ces engins.
La Municipalité pourra en tout temps, et sans indemnité, révoquer ce fonctionnaire, s’il faillit à son devoir.

Traitements :
1942: par 100 kg de fruits à cidre Fr. 0.80fr.

 

Page 180 – Gardes-champêtres
L’Isle le 30.12.1913 – Louis Aimé Favre syndic.
Charles Baudat – Constant Panchaud – Louis Panchaud – François Wagnon – Henri Chaillet – John Anselme.

garde champêtre

 

Les gardes-champêtres sont spécialement des agents de la police rurale. Toutefois ils concourent également à la répression de tout acte en contravention avec les dispositions du Règlement de la police locale.
Les agents, nommés pour un an, sont au nombre de trois, soit un pour chaque hameau.
Ces fonctionnaires doivent résider dans le hameau où ils exercent leur surveillance. Ils ne peuvent s’absenter sans la permission du syndic.
Les gardes-champêtres font des tournées journalières et sans heures fixes dans l’étendue de leur division pour prévenir et constater les délits et contraventions, découvrir les contrevenants, rechercher les objets soustraits, veiller à la conservation des propriétés, des fruits, des récoltes et pour la police des chemins.
Les rapports et procès-verbaux de ces agents doivent être remis au syndic dans les 24 heures dès la découverte de la contravention.
Ces rapports et procès-verbaux indiquent la nature, les circonstances, le temps et le lieu du délit ou de la contravention, ainsi que les preuves et les indices qui ont pu être recueillis et les articles du code qui paraissent applicables.
Ils sont datés et signés par l’agent.
Lorsque le rapport d’un agent concerne une contravention excusable par la  partie lésée, le contrevenant est néanmoins cité à comparaître en Municipalité; mais la citation lui donne avis qu’il peut faire excuser la contravention par le lésé dans les trois jours, moyennant paiement des frais.
Si dans les trois jours dès la citation le contrevenant n’a pas remis au syndic la déclaration d’excuse du lésé et payé les frais, il est donné suite au rapport.
Le garde-champêtre qui par malversation ou négligence ne remet pas son rapport au syndic dans les vingt-quatre heures dès la découverte du délit ou de la contravention, est puni par une amende dans la compétence du président du tribunal, sans préjudice des mesures administratives qui peuvent être prises à son égard, ainsi que du recours en dommage et intérêts de la part du propriétaire lésé.
Le garde-champêtre qui se rend coupable d’une contravention rurale est puni par une amende dans la compétence du président du tribunal, sans préjudice des mesures administratives qui peuvent être prises à son égard.
S’il est requis, ce fonctionnaire devra lors du passage des troupeaux ou en toute autre circonstance, être à la disposition de la Municipalité pour l’exécution des ordres de l’autorité supérieure.
Aucune rétribution spéciale ne sera allouée pour le service dans ces cas-là.
Chaque titulaire recevra un carnet dans lequel il fera constater son parcours dans la campagne par le visa des personnes qu’il pourrait rencontrer.
Le carnet de visas devra être présenté à la Municipalité la première séance de chaque mois.

Leur rétribution est fixée comme suit:

Agent de L’Isle          traitement fixe de   Fr.150.-

Agent de Villars        traitement fixe de   Fr.80.-.

Agent de La Coudre  traitement fixe de   Fr.80.-

Ils perçoivent un émolument pour chaque rapport d’après un tarif fixé par le Conseil d’Etat. Cet émolument n’est payé qu’en cas de condamnation ou d’excuse de la contravention; il est à la charge de la commune si le condamné est insolvable.
Ils perçoivent, de plus, le tiers des amendes prononcées sur leur rapport, lorsque ces amendes ont été payées en argent.

 

 

Page 184 – Marguillier

Les fonctions sont les suivantes:
Chaque dimanche ou jour de fête religieuse, il doit sonner le réveil à la pointe du jour, en utilisant les deux petites cloches.
Une heure avant le culte, il n’ébranlera que la grosse cloche; et, à l’heure fixée pour le service divin, il sonnera les trois.
La sonnerie, la veille des fêtes religieuses, lui incombe également comme celle de midi. L’aide indispensable est à ses frais.
Le marguillier est chargé du chauffage du temple. Les poêles doivent être allumés au moins deux heures avant le service et le feu constamment entretenu jusqu’à la température voulue.
Le bois nécessaire à cet effet est fourni par la Commune et rendu près du temple.
La fabrication et la mise à couvert incombent au préposé.
Les abords du temple doivent être constamment propres, et l’intérieur tenu de façon irréprochable. Le ramonage des tuyaux est à la charge de la Commune.
Le marguillier veillera à ce que le temple ne demeure pas ouvert après le culte. Il aura soin d’aérer aussi fréquemment que possible, durant les belles journées.
Une gratification d’usage lui est allouée pour sonnerie supplémentaire la veille de l’an et à l’occasion de la fête nationale du 1er août.
Enfin, il lui est remis la direction de l’horloge du temple, ainsi que le sonnage de midi.
Il devra lui vouer tous les soins nécessaires et la régler au moins une fois par semaine sur l’heure du télégraphe.
Si le marguillier ne remplit pas consciencieusement sa charge, la Municipalité pourra lui faire une retenue sur son traitement, ou même le révoquer, sans qu’il puisse y avoir recours de la part du titulaire.

A L’Isle, le salaire annuel de ce fonctionnaire, en 1913 est de Fr.120.-

Le 31 décembre 1934 le salaire est de Fr.300.-

Pour 1943 le traitement est de Fr.400.-

Pour la législature 1946 – 1949 de Fr.550.-

Pour la législature 1950 – 1953 de Fr.550.-
Page 186 – Taupiers
L’Isle le 28 février 1914 . Pour la Municipalité le Syndic Louis Aimé Favre

taupier

Les titulaires prennent l’engagement de vouer tous leurs soins à la destruction des taupes et des mulots.
Les principales époques de travail sont le printemps jusqu’au moment où les fourrages trop avancés peuvent être endommagés; l’été, dès la fenaison jusqu’au développement des regains, et l’automne, après la rentrée de ceux-ci.
Ils demeurent d’ailleurs responsables des dommages qu’ils pourraient occasionner, s’ils ne tiennent pas compte d’un premier avertissement de la Municipalité.
Il leur sera remis un carnet de tournées qu’ils feront signer si possible par des citoyens assermentés qu’ils pourraient rencontrer en cours de travail.
Ce carnet sera présenté à la Municipalité la première séance de chaque mois.
Des acomptes pourront leur être délivrés proportionnellement au travail accompli et au zèle déployé, sans toutefois pouvoir dépasser les 2/3 de la valeur due.
Les titulaires seront assermentés et fonctionneront en outre comme gardes-champêtres supplémentaires, mais sans autre rétribution spéciale que leur droit pour rapport.
Ils recevront du 1er janvier au 30 juin 35 centimes par taupe et 30 centimes par mulot. A partir du 1er juillet 30 centimes par taupe et 40 centimes par mulot.
Le contrôle se fera par un préposé-municipal dans chaque hameau, aux jours et heures fixés par la Municipalité.
Les employés reconnus produisant au contrôle des animaux provenant  de propriétés en dehors du territoire de la commune seront révoqués immédiatement, sans préjudice aux dommages et intérêts qui pourront leur être réclamés et à la plainte pénale pour escroquerie.

Leur champ d’activité est déterminé comme suit:

Division 1 : Territoire de L’Isle.
A bise des routes de    Chavannes – L’Isle – Les Toches.

Division 2 : Territoire de Villars.
Au midi de la limite ci-dessus indiquée.

Division  3 : Territoire de La Coudre.
Marc Courvoisier.

Pour 1942 et 1943 le prix est de Fr.0.40 la bête

Pour 1946 à  1949 le prix est de Fr.0.50 la bête.

 

Page 189 – Ravitaillement de L’Isle – Service cantonal de ravitaillement
Lausanne, le 20 décembre 1917 – Aux Offices communaux de la carte de pain

Nous avons l’avantage de vous faire les communications suivantes:

Sortie de Suisse.

Les cartes de pain des personnes sortant de Suisse ne doivent pas êtres retirées par les Offices communaux comme cela a été le cas à plusieurs reprises. Conformément aux dispositions de l’article 47, premier alinéa, de la décision du Département militaire suisse du 14 septembre 1917, ces cartes sont retirées au poste frontière de sortie, soit par la gendarmerie de l’armée, soit par le personnel de l’administration des douanes.

Le deuxième alinéa du même article 47 doit être appliqué lorsque l’absence de Suisse ne dépasse pas deux jours.

Les Offices communaux doivent délivrer aux  producteurs – consommateurs qui veulent sortir de Suisse une déclaration écrite certifiant leur qualité de producteur. Cette déclaration sera présentée au poste frontière de sortie en lieu et place de la carte de pain.

Distribution de cartes de pain supplémentaires.

Nous rappelons aux offices communaux la stricte application de l’article 27 de la décision du Département militaire suisse du 14 septembre 1917, concernant la carte de pain, qui prévoit que les offices communaux doivent apposer sur la carte mensuelle ordinaire des personnes qui bénéficient de la carte supplémentaire, l’indication bien visible « Carte supplémentaire ». Cette formalité indispensable a été négligée par plusieurs offices.

Pour le mois de décembre, il y a en outre lieu d’appliquer la prescription du 2e alinéa de cet article 27, c’est-à-dire que l’indication de « carte supplémentaire », apposée sur la carte mensuelle ordinaire, doit indiquer le montant de la ration journalière à laquelle la carte supplémentaire donne droit, c’est-à-dire 50 ou 100 grammes. Cette mesure est nécessaire maintenant que les rations supplémentaires ne sont plus les mêmes pour les ouvriers à travaux pénibles et les personnes à ressources modestes.

Bénéficiaires de la carte supplémentaire.

L’annexe à la décision du Département militaire suisse du 14 septembre donnant la liste des ouvriers exécutant des travaux pénibles doit être modifiée et interprétée de la façon suivante:
Ouvriers agricoles.
Les jardiniers ne sont admis à bénéficier de la carte supplémentaire que pour autant qu’ils exécutent de gros travaux (défonçages, labourages à la bêche, etc.). Les articles 25 et 30 de la décision du Département militaire du 14 septembre 1917, leurs sont applicables, c’est-à-dire que les cartes supplémentaires leur seront retirées lorsqu’ils n’exécutent plus des travaux pénibles.

Chapitre : Administration:

Les facteurs ruraux effectuant des distributions importantes de messageries sont admis au bénéfice de la carte supplémentaire. Les gardes-frontières de hautes montagnes seuls ont droit à la carte supplémentaire. Les gardes frontières de plaine en sont exclus.

L’alinéa concernant les chemins de fer fédéraux doit être rectifié comme suit:

  1. a) Entretien et surveillance de la voie.

Chefs d’équipe, ouvriers et manœuvres (à l’exception des gardes-barrières et du personnel du service des signaux), gardes-voies et gardes-tunnels.

  1. b) Personnel des stations et personnel roulant.

Personnel des manœuvres, aiguilleurs des gares (inspection de gare, gares de 1re, 2e et 3e classes), sauf blocks et postes d’enclenchement.

Chefs d’équipe et ouvriers aux marchandises dans les grandes gares (inspection de gare, gares de 1re et 2e classes). Chefs d’équipe et ouvriers dans les entrepôts. Chefs de train, conducteurs et gardes-freins.

  1. c) Personnel de la traction.

Mécaniciens, chauffeurs, personnel pour l’équipement et le nettoyage du matériel roulant. Visiteurs et aides-visiteurs. Ouvriers et manœuvres de dépôts.

  1. Remise des cartes de pain aux Offices communaux.

L’Office fédéral est obligé, du fait de la pénurie de papier, de limiter au strict nécessaire l’impression des cartes de pain. Nous invitons donc les Offices communaux à limiter leurs commandes de cartes au nombre réel de cartes  des ayants-droit, y compris les agriculteurs dont la propre alimentation en pain se termine dans le courant du mois. Il est absolument inadmissible que des Offices communaux possèdent des réserves de centaines de cartes. Ces réserves doivent être calculées sur la base du mouvement des habitants. Si en cours du mois la réserve est insuffisante, l’Office communal adressera une demande complémentaire à l’Office cantonal.
A l’avenir le texte des cartes de pain sera imprimé en 3 langues.

  1. Cartes perdues.

Contrairement aux indications du chiffre III, 3e alinéa de notre circulaire N° 27, du 6 novembre, les cartes de pain perdues ne peuvent en aucun cas être remplacées dans le cours  du mois.

  1. Bordereaux des boulangers.

La plupart des boulangers, pâtissiers et marchands de farine ont fort mal rempli les bordereaux mensuels de coupons prévus à l’article 24 de l’arrêté du Conseil fédéral suisse du 21 août 1917 concernant l’alimentation du pays en pain. Vous voudrez bien  veiller à l’avenir à ce que ces bordereaux  soient soigneusement établis et additionnés. En cas de contravention à ces prescriptions vous nous dénoncerez les contrevenants afin que les dispositions de l’art. 53, 2e alinéa, de l’arrêté précité, ou l’article 55, prévoyant la suppression des livraisons de farine, puissent leur être appliquées.
D’autre part, les offices communaux devront récapituler les bordereaux de leur commune et nous transmette le résultat de cette récapitulation.

  1. Utilisation des coupons de la carte de pain.

Il nous revient que des boulangers, ainsi que des restaurants, buffets de gares, etc. acceptent des coupons du mois écoulé.

Nous rappelons que les cartes ne sont valables que pour la période pour laquelle elles sont établies (article 11 de l’arrêté fédéral du 21 août 1917). La seule tolérance est celle prévue à l’art 54 de la décision du Département militaire suisse du 14 septembre 1917, en faveur des boulangers et des meuniers. Dans tous les autres cas il y a lieu de dresser contravention.

  1. Coupons farine.

Les coupons de farine des cartes militaires (imprimées en rouge) sont valables au même titre que les coupons de farine des cartes ordinaires. Ils correspondent chacun à 19 grammes de farine environ, soit au total 115 grammes.

  1. Contrôle de la vente d’articles de pâtisserie.

Il arrive encore que des biscuits ou autres articles de pâtisserie qui ont été achetés avant l’entrée en vigueur de la carte de pain sont vendus sans exiger la remise de coupons. Cela est inadmissible. Nous vous invitons à en informer la population et à exiger que les boulangers, pâtissiers, épiciers, restaurants, kiosques, etc., se conforment strictement aux prescriptions de l’article 19 de l’arrêté fédéral du 21 août.
A cet effet, nous vous invitons à requérir du service communal de contrôle des denrées alimentaires la vérification régulière des articles de confiserie vendus sans carte de pain. Seules les marchandises ne contenant pas de farine de céréales panifiables sont exemptées du rationnement. Les contrevenants doivent êtres dénoncés.

  1. Carte de mouture.

En procédant au contrôle, l’Office fédéral du pain a constaté que des cartes de mouture présentaient des corrections. Il est évident que les cartes de mouture ne doivent pas être modifiées après coup par les bénéficiaires. Ces corrections sont des falsifications d’actes officiels et doivent êtres poursuivies juridiquement.
Pour faciliter le contrôle de la mouture du blé des producteurs – consommateurs, les Offices communaux devront à l’avenir remplir les cartes de mouture à l’encre et éviter toute correction. S’il est nécessaire de modifier une carte, l’ancienne doit être annulée et remplacée par une nouvelle.

  1. Compte du rendement de la mouture.

Pour établir le décompte du rendement de la mouture, les meuniers calculent quelquefois le pour-cent obtenu sur le poids du blé nettoyé, pour faire croire aux organes de contrôle qu’ils retirent le maximum de rendement. L’Office fédéral exige que les comptes de mouture soient toujours établis sur la base du poids des céréales non nettoyées. Vous voudrez bien communiquer cette prescription aux moulins se trouvant sur le territoire de votre commune.

  1. Divers

Nous attirons votre attention sur les nouvelles décisions du Département militaire suisse des 3 et 10 décembre 1917 concernant la carte de pain et la remise des cartes aux producteurs. Décisions qui seront publiées dans la  Feuille des avis officiels du canton.
Vous voudrez bien prendre note des modifications apportées par ces décisions en ce qui concerne le retrait des talons des cartes, le nombre des coupons de farine à laisser attachés aux cartes délivrées en cours du mois, le nombre de coupons de farine que pourront porter les cartes des personnes sortant de Suisse, la validité des coupons de farine et de pain, et la remise des cartes de pain aux étudiants, élèves des établissements d’instruction publique ou privés, pensionnaires des instituts et internats, pensionnaires des hospices, asiles et maisons pénitentiaires.
Nous tenons à la disposition des établissements hospitaliers et des maisons pénitentiaires des modèles de formulaires pour avis aux Offices communaux de la carte de pain.
La décision du 10 décembre modifie les instructions  de notre circulaire N° 24,  du 22 octobre, chiffre 5. Le producteur est tenu de livrer 8kg. de blé pour une carte normale et non pas seulement, comme nous le disions une quantité de blé correspondante au nombre de coupons utilisés à la fin du mois.

  1. Semoule et farine blanche.

Beaucoup d’offices communaux nous ont fourni pour novembre des décomptes incomplets. Nous rappelons l’article 74 de la décision du Département militaire suisse du 14 septembre 1917. Les coupons de la carte de pain doivent être soigneusement triés et comptés par catégorie de poids; ils ne doivent pas être mélangés pour nous les adresser.
Les sacs vides ayant servi à l’expédition des denrées sont repris par les moulins au prix facturé, s’ils sont rendus en bon état et franco.
Vu les frais élevés que cela occasionne, ces sacs ne doivent en aucun cas être retournés aux moulins contre remboursement. Tout envoi de sacs vides retourné en remboursement sera refusé.

  1. Pain à prix réduit.

L’arrêté du Conseil fédéral du 23 novembre 1917, concernant la fourniture du pain à prix réduit ne modifie en rien le situation pour la remise du pain à prix réduit dans le Canton de Vaud. Comme jusqu’ici l’arrêté cantonal du 16 juin 1917 concernant la fourniture du pain à prix réduit reste en vigueur. Ce pain doit continuer à être livré dans le canton de Vaud à 44 centimes le kilo au maximum. La différence entre ce prix et le prix normal de vente au détail dans la commune est supporté par la Confédération, le Canton et la Commune, à raison de 14 centimes par la Confédération et le solde par parts égales entre le Canton et la Commune. Par exemple, dans les communes où le prix normal du pain  est de 70 centimes le kilo, le subside à rembourser aux boulangers pour le pain livré à prix réduit est de 26 centimes par kilo, subside supporté comme suit:

14 centimes par la Confédération

6 centimes par le canton

6 centimes par la Commune

  1. Offices communaux.

La plupart des offices communaux n’ont pas observé l’art. 6 de la décision du 14 septembre 1917 et n’ont pas indiqué, par affiche apposée aux abords immédiats des gares, le domicile de leur office. Cette négligence a provoqué de nombreuses réclamations auprès de l’Office fédéral. Nous vous invitons à vous conformer sans retard à cette prescription.
Vu la nécessité d’apporter des restrictions au chauffage et à l’éclairage, les offices communaux sont provisoire- ment autorisés à restreindre les heures d’ouvertures de leurs bureaux et à les fixer conformément aux besoins de la localité.

Service cantonal de Ravitaillement – Office de la carte de pain.

Page 221 – Classe de M. Monod. Enfants nés entre 1900 et 1904

221

Ces  photos de classe ont été transmisses par M. François Reymondin de L’Isle,  le  nom des personnes ont été complétés par les gens du village lors d’une exposition au Château.
(ceci sous toute réserve…)

2221 Borloz…   2 Chaillet…  3 Fredy Addor   4 Marcel Freivogel 5 Charly Wagnon  13 Auguste Jaccard  14 Emile Böhlen 15 Pierre Jaccard  16 Alfred Couvoisier  22 Alice Mutruz 23 Ulda…  24 Emilie Rochat  25 Germaine Fontannaz

2236 Bernard …  7 Borloz …  8 François Courvoisier  9 …… 17 M. Monod  18 Fernand Courvoisier  19 Cloux…(Pépelet)  26 Juliette Bernard  27 Céline Courvoisier  28 Emilie Cloux   29 Eglantine Courvoisier

22410……11……12 Georges Schaer  20 Edmond Jaccard 21 Emile Gruaz  30 ……31 Mady Bron 32 Lucette Bron  33 Marie Geyer

225-134 Claire Bolomey  35 Henri Bernard  36 …Falquet 42 Maurice Wulliens
43 ……(Bernard)

225-2 37 Edouard Wulliens  38 Fernand Falquet   44 Onésime Jan  45 Edouard Jaccard

22639 Henri Gruaz  40 Fernand Anselme   41Raoul Grob  46 Paul Hari

 

Page 227 – Classe de Mlle Alice Baudat. Enfants nés en 1921 et 1922

227-1

1 Estelle Gruaz227-2
2 Andrée Courvoisier
3 Hélène Anselme
4 Marcel Wulliens
5 Lucie Gruaz
6 Marie Schaer
7 Marthe Faillétaz

 

8 Madeleine 228-1Geneyne
9 René Jotterand
10 Mlle Porchet
(fille du gendarme)
11 Georgette André
12 Eugène Henrioud
13 …
19 Alice Baudat

 

14 John Anselme228-2
15 Suzanne Bernard
16 Suzanne Chaillet
17 Agénor Cloux
18 Jean Böhlen

Page 229 – Classe de Mlle Alice Baudat. Quelques années après…

 

 

229-1

2 Raymond Guyaz229-2
3 Jean Böhlen
11 Georges Martinet
12 Marc-Henri Chaillet
16 Louis Favre (Loulou)
17 Henri Chaillet
18 Auguste Faillétaz

 

1 Alice Baudat230-1
4 Jean-Pierre Parisot
5 Claude Gruaz
6 Agénor Cloux
7 Estelle Gruaz
13 Marcel-André Cloux
14 Alexandre Geneyne
19 René Burli
20 Irène Cloux

 

 

8 John Anselme230-2
9 Lucie Gruaz
10 Suzanne Chaillet
15 Suzanne Bernard
21 Marie-Antoinette Courvoisier
22 Irène Bélaz

Page 231- S.A.P.J.V – Siège de L’Isle – 

Documents mis à ma disposition par :
M. Gaston Bernard de L’Isle

231-1

 

231-2Quelques voitures S.A.P.J.V. avant l’arrivée du train.
Photo Geyer, L’Isle

232-1
Montricher. Le Chasse-neige S.A.P.J.V. à la fin de l’hiver 1930-31.
Photo Breitenstein

232-2
Vue d’un cylindre à air comprimé pour la manoeuvre
des ailes latérale.
Photo Breitenstein, Montricher

233-1Le Chasse-neige métallique S.A.P.J.V. à air comprimé.
Photo Breitenstein, Montricher

233-2Convoi de limousines S.A.P.J.V. à disposition de la Société Vaudoise de Sylviculture dans
les forêt du Jura. Photo Geyer., L’Isle

234-1A Pétrafélix en double traction. Février 1925.
Photo Kern, Lausanne

234-2Vers l’Arsenal de Bière par plus de 1 mètre de neige durcie.
Photo Jotterand, Bière

235-1Le passage du chasse-neige à la Gare de Cossonay. 11 mars 1931.
Photo Geyer, L’Isle

235-2Vers la gare de Montricher : après le passage du chasse-neige. Février 1931.
PhotoBreitenstein, Montricher

236-1Le Chasse-neige au départ de L’Isle. Mars 1931.
Photo Breitenstein, Montricher

236-2Empreinte de la partie avant de chasse-neige.
Photo Breitenstein, Montricher

237-1Chasse-neige marchant à 15 km. À l’heure. Troisème passage en deux jours.
Photo Breitenstein, Montricher

237-2L’entrée du village de Montricher. Hiver 1930-1931.
Photo Breitenstein, Montricher

 

238-1En direction Berolle-Bière, dans 1.50m. de neige chassée.
Photo Geyer, L’Isle

238-2Sérieux amoncellement de neige à l’entrée de Bière.
Photo Geyer, L’Isle

239-1A la gare de Cossonay : Une des nouvelles voitures du Funiculaire, et autobus S.A.P.J.V. assurant temporairement le service du C.G.
Photo Mutrux, L’Isle

 

Page 240 – Indicateur du commerce et de l’industrie du Canton de Vaud 1926 – 1927 – L’ISLE – District de Cossonay

Indicateur 240

900 habitants. Altitude 667 m.
Poste, téléphone et télégraphe. Gare B.A.M.
Automobile postale avec Eclépens et Mont-la-Ville, et Cossonay et Mollens

Office des poursuites, préfecture, recette :  à Cossonay

Syndic : Louis Aimé Favre T.16

Secrétaire : J. Wuillens-Martinet

Boursier : J. Meyer

Municipaux : Bernard Gustave, Jousson Auguste ,
Desponds Charles,  Guignard Ami de  Villars-Bozon,
Cloux Ferdinand , Cloux Adrien de La Coudre

Officier d’Etat civil : Courvoisier Gustave

Pasteurs : Eglise nationale, Serex Victor – Eglise libre, Margot P.

Inspecteur du bétail : Bernard Eugène

Garde forestier : Gruaz Louis

Station téléphonique communale : T.6

Abréviations:
R.C.  = Registre du Commerce.
T.      = téléphone
Ccp.  = Compte de chèques postaux

Auberges et Cafés :
Hôtel de la Balance : Tenthorey  E. –  (R.C.)
Café du Grütli : Francfort E.
Café Cloux Edouard  (R.C.)

Auto –Transports :
Société des Auto-Transports du Pied du Jura vaudois (R.C. – T.26 –   Ccp. II.1716)

Banques :
Crédit Foncier Vaudois, Caisse d’Epargne cantonale vaudoise : Bernard-Rochat Maurice (T.17)
Crédit Mutuel, caisse :  Bernard  F. (R.C.)

Blanchisseuses – Repasseuses : Reymond  J., Nuris Emma

Bois (Marchands de) :
Bernard Maurice (R.C.),Bernard Louis (R.C.),

Schaer frères (R.C.), Gruaz Emile (R.C. – T.28)

Boucher – Charcutier : Speidel Fritz  (R.C.  – T.10)

Boulangers :
Fontannaz Albert (R.C.),  Ami Margot (R.C.)

Charpentier : Jan François

Charbons : Gruaz Louis

Cordonnier : Dubrit Paul

Couturières :

Dames : Fuhrer Berthe,  Grob, Jaccard-Pittet, Margot Elise, Bonjour

Dentiste : Schneeberger Th. à Morges

Electricien : Forces motrices de Joux :
Bolomey Eugène ( R.C. – T.7)

Entrepreneur – Maçon : Maget Paul

Epiceries – Merceries :
Braissant Auguste (R.C. – T.14) , Hari Louis (R. C.)
Mme.Lambelet E.( R.C. – T.18 – Ccp. II.1586)

Ferblantiers – Couvreurs : Geneyne frères

Géomètre : Mermoud John ( T. 24)

Gypsier – Peintre : Jaccard Gustave

Jardinier : Baudat Albert

Laitier : Henrioud Luc

Matelassier : Grob J.

Marchand – Tailleur : Capt Louis

Maréchaux :

Aeschlimann Jean
Weber R. (R.C. – T.30 – Ccp.II.1822)

Mécanicien :

Weber Robert (R.C. – T.30  Ccp.II.1822)

Médecin : Grec Eugène (T.8)

Menuisiers :

Dähler Ed.,  Kirchoffer Julien,  Regamey

Meuniers : Schaer frères (R.C.)

Notaire : Gleyre Lucien (T.11)

Pensions :

Gruaz-Benoît Lina, Chaillet A., Gruaz Zélie

Quincaillerie :

Lambelet E. (R.C. – T.18)

Retraites Populaires :
Maire C., Instituteur secrétaire-caissier
Cloux Julien, secrétaire-caissier

Sage-Femme :  Mlle Schluchter.

Scieurs : Schaer frères (R.C.)

Selliers : Brélaz Ami

Sociétés :

Assurance du bétail bovin (R.C.), Sté de fromagerie (R.C.)
Four du Hameau

Transports : Jeanneret & Favre (R.C.)

Tricoteuse :
Waridel Sophie.

Usine d’imprégnation :
Bernard Maurice (R.C. –  T.17)

Principaux agriculteurs:
Bernard Oscar, Wulliens-Martinet, Bernard William, Baud Hoirie, Bohlen A., Vial Emile, Courvoisier Henri, Margot Louis, Cloux Alf.
Desponds Charles, Faillettaz Henri, Martin L., Faillettaz Gustave, Weber fils, Longchamp L.Cloux frères, Cloux Lucien, Baudat Ed., Cloux Ferd.

 

Page 246 – La trombe  de  L’Isle
P.-L.  Mercanton – 4 juin  1932
Extrait du Bulletin de la Société Vaudoise Sciences Naturelles
Vol. 58, N° 232

Trombe 246
 Le dimanche 4 juin 1932, de L’Isle (canton de Vaud, Suisse). Une trombe a été photographiée avec un rare bonheur et un à-propos méritoire par M. Roger-A. Schmidheini, de Lausanne. Cette image, splendide, devait être conservée à l’iconographie météorologique, et son auteur s’y étant prêté de la meilleure grâce, il convenait d’accompagner de quelques commentaires ce document unique. Le météore, vraisemblablement à cause du mauvais temps régnant à son voisinage, ne semble pas avoir été assez remarqué; la presse est restée muette à son sujet. Moi-même je n’en ai eu connaissance  qu’assez tard, par sa photographie, et les renseignements que j’ai pu recueillir sont plutôt indigents. Voici néanmoins quelques spécifications:

La trombe a été aperçue et aussitôt photographiée au moyen d’un appareil 10×15 cm. à foyer de 18 cm de L’Isle, où M Schmidheini,  participant au rallie-avion de la Société « Autavia », venait d’arrêter son automobile. Le photographe n’a malheureusement pas consulté immédiatement sa montre, mais diverses données de sa course permettent d’établir, sans ambiguïté et à une ou deux minutes près. L’heure de sa prise de vue: 16h 42 (H.E.C). La chose est d’importance, car la plaque porte l’image du soleil à son angle supérieur droit et le gisement de la trombe peut donc s’en déduire exactement; elle était dans l’WSW de L’Isle à peu près, (262° en rose normale), soit dans la direction du Châtel (Mollendruz).

Elle s’allongeait en deçà du Jura, dont la crête apparaît d’ailleurs au bas du document. On peut situer le météore à environ 2 km. de L’Isle (A la dernière heure, j’apprends de M. le pasteur Vuille-Vittel que la trombe a été bien vue de Mollens et dans la direction de Mont-la-Ville effectivement. Elle faisait un bruit d’eau en ébullition). Il naissait d’un cumulo-nimbus étendu dont la base sombre était par chance trouée de déchirures laissant entrevoir du ciel bleu et passer la lumière d’un éclairage exceptionnellement propice.

La trombe a paru immobile à M Schmidheini; il n’y a pas non plus discerné de giration, mais bien la montée, a sa périphérie immédiate, de masses fumeuses, que la photographie montre aussi. Surpris à ce moment par une averse violente, M Schmidheini, abandonnant le rallie, s’est éloigné dans la direction NE, de sorte qu’il n’a pas assisté à l’évanouissement de la trombe, et qu’il ne l’a plus revue que fugitivement et de loin.

Des mesures prises sur le cliché permettent d’apprécier assez plausiblement les dimensions du météore: la base du cumulo-nimbus originel était au moins au niveau des plus hauts points du Jura voisin, soit à 1600m ; d’autre part, l’extrémité inférieure du tourbillon, si elle ne balayait pas le sol – on n’a pas mentionné de dégâts commis par la trombe – s’en rapprochait visiblement; or L’Isle est à 670m d’altitude. La colonne aurait donc eu quelque 1kmde hauteur, sinon davantage. Si elle était à 2km du point d’observation, son épaisseur aurait été d’une bonne trentaine de mètres, dans sa partie moyenne. Les deux évaluations concordent bien avec ce que l’on sait des trombes terrestres.

Le phénomène a été vu également de Cossonay par Mme la comtesse Orloff-Davidoff, dont l’automobile, venant de Lausanne, roulait – notons-le – sous une pluie battante, depuis Renens (à 16 km au SE de L’Isle). Le poste pluviométrique de Cossonay a noté, ce 4 juin, un orage vers 16h et 3,6mm de pluie. D’autre part, M. Schmidheini insiste sur l’averse torrentielle qui l’a accompagné de L’Isle à Bavois (à 14km. au NE de L’Isle), tandis que de Bavois à Echallens (3km. plus à l’E), le soleil brillait sans qu’il fût tombé une goutte d’eau. Même absence de pluie sur le Jura dans  la région de Vallorbe. M Schaer, passant en automobile à La Coudre, au nord de L’Isle, a été également surpris et fort gêné par l’averse battante.

La situation météorologique générale était, ce 4 juin 1932, très favorable aux manifestations orageuses. Sur presque toute l’Europe centrale, la pression était voisine de la normale avec une tendance à la baisse lente. De Gland (25km. au SW de L’Isle), d’où il observait les orages, M Paul Schneiter, secrétaire municipal, a constaté des apparitions fugaces  de cumulo-nimbus sur le Jura et les Alpes.

Ces nuages dérivaient du SSW. à l’altitude de 2’000m. et franchement du S. entre 3 et 4’000m. L’Instabilité de l’atmosphère se marqua bien à la formation soudaine de masses cumuliformes au-dessus de St-Cergues (Jura, 1000m.) et à leur résorption non moins rapide un quart d’heure après.

En terminant, j’adresse à M Schmidheini l’expression de la gratitude des météorologues pour le trésor dont il a bien voulu enrichir leur documentation.

Lausanne, Laboratoire de Géophysique et Service météorologique universitaires, mars 1933.

Page 250 – La Commune de L’Isle en 1934
Ecole Normale,concours de géographie 1934
M. Jean-Jacques Desponds.

La Commune compte au total 776 habitants, répartis comme suit :

L’Isle 173 maisons 450 habitants
Villars-Bozon   32 maisons 143 habitants
La Coudre   33 maisons 138 habitants
Les Mousses     3 maisons   19 habitants
Maisons foraines     3 maisons   26 habitants

plan 250

Dessins originaux de M.Jean-Jaques Desponds

L’Isle

Presque chaque maison est entourée d’un jardin ; la cause de cette particularité remonte à 1836, lors d’un terrible incendie qui détruisit 23 maisons.
Les constructions d’alors n’étaient séparées depuis une certaine hauteur, que par quelques rares cloisons en bois. Maintenant, à l’exception d’une seule, toutes sont isolées et la plupart sont entourées d’un jardin et d’un verger.
L’aile Est du Château est inoccupée, l’autre abrite les classess  semi-enfantine et primaire supérieure.
Le temple a subi d’irréparables outrages : poutres pourries, horloge usée, bancs grinçants, plafond indécis, sols en briques, tout contribue à glacer cette atmosphère humide ; seuls quelques vitraux de bon goût répandent encore une note gaie.
La Pottalaz est le quartier neuf. Son nom, transformé par les topographes, se prononce à L’Isle « Potale ». Ce sont quelques maisons égrenées le long  de la route de Villars-Bozon. La gare et la laiterie en font partie. Il y fait très chaud en été parce que le terrain est sec et découvert ; en hiver, la bise y souffle avec violence et abaisse fortement la température.

 Villars-Bozon

Villars-Bozon n’offre d’intérêt sous aucun rapport. Seule une scierie assez importante empêche le village de tomber dans l’oubli ; malgré son petit nombre d’habitants, Villars a toujours eu son école primaire (3 degrés. Une école enfantine s’est ouverte en 1931. Les enfants de Mauraz suivent leur école dans ce village.

 plan 252

 

La Coudre

La Coudre ne fait partie de la commune de L’Isle qu’au point de vue territorial et politique. Pratiquement, ce hameau se rattache à Mont-la-Ville ; en effet, les habitants y portent leur lait et y achètent leurs denrées. La Coudre fait partie de la paroisse de Mont-la-Ville.
Cependant depuis l’époque la plus reculée, La Coudre se rattache à la Seigneurie de L’Isle.

 plan 253

 

maquette 254-1

Commune de L’Isle.
Maquette, échelle 1/25’000.
Réalisée par M. Jean-Jacques Desponds.

maquette 254-2

 

Page 255 – Annuaire de l’industrie et du commerce 1936

annuaire 255

 

L’Isle :                    480 habitants,    175 ménages.
La Coudre :         135 habitants,       32 ménages.
Villars-Bozon :   140 habitants,       50 ménages.

Chef de gare : Falquet Emma

Inspecteur du bétail : Bernard Marcel

Instituteurs : Baudat Alice, Dumartheray Ernest,
primaire supérieure,  Maire César,  Challet Simone

Pasteurs :
Gubéran Wilhem, église nationale, Favre Pierre, église libre

Poste : Borloz Cécile, buraliste

Agriculteurs :

Addor Marcel, Anselme César, Baud hoirie, Bernard frères,  Bernard Oscard, Bernard Paul, Bernard Robert, Bernard William, Böhlen Arthur, Böhlen Emile, Chaillet Charles, Cloux Alfred, Cloux Julien, Cloux Louis, Cloux Marcel, Courvoisier Henri, Faillétaz Charles, Favre Louis Aimé, Gruaz Bennet, Guex Henri, Guyaz Alexis, Guyaz  Marcel, Jaccard frères, Margot Louis, Redard Charles, Schaer Fritz, Vial Ed., Wagnon frères, Wulliens Arthur, Wulliens César,
Wulliens-Martinet

Ameublement : Dähler Edouard, Regamey Julie

Apiculteurs : Böhlen Emile, Bovay Henri, Guex Henri

Appareilleur : Weber Robert

Assurance mobilière : Weber Robert

Mutualité scolaire de retraite : Maire César instituteur, secrétaire caissier

Société mutualiste de retraite : Cloux J., secrétaire caissier

Autoréparations : Bolomey René

Auto-transports :
Auto-transport du  Jura (Sesa),
Gruaz Emile, Jeanneret-Favre A.

auto transport 257

Banque : Crédit Foncier Vaudois et Caisse d’Epargne cantonale, Courvoisier Gustave

Blanchisseuse : Magnin Emma

Bois (marchands de) : Bernard Maurice,  Faillettaz Charles, Gruaz Emile, Jeanneret-Favre Arnold,  Schaer Fritz

Boucher : Jaulin Robert

Boulangers : Fontannaz Louis, Gruaz Marcel

Cafés : Chaillet Jules, Hôtel de la Balance
Francfort Thérèse, café du Grütli

Charcutiers : Braissant Auguste, Jaunin Robert, Wulliens-Martinet  J.

Charpentier : Jan fils

Charrons : Bovay Henri, Gruaz Louis

Chaussures (Commerce de) :

Braissant Auguste,  Braissant & Lambelet,
Lambelet Emma, Vannaz Armand, Vannaz R.

Coiffeurs : Dubois Fritz,  Dousse Gaspard, Gaspard Charles,  Julmy Renée

Combustibles : Bélaz Ami,  B.A.M.,  Jeanneret-Favre

Cordonniers : Barras Paul, Dubrit P.,Vannaz Armand R.

Couturières :

Jaccard  Hélène, Margot Emma, Schopfer Lily, Mme Stuby,
Bonjour Louise

Dentiste : Schneeberger Th.

Electricien : Forces motrices de Joux

Encadreur : Dähler Ed., Regamey Julien

Entrepreneur : Maget Paul

Epicerie, mercerie, tabacs : Braissant Auguste, Gruaz Lucie, Hari Suzanne,  Lambelet Emma

Ferblantiers-couvreurs : Geneyne Jules, Geneyne Marius

Fers et quincaillerie : Braissant Auguste, Lambelet Emma

Gypsiers-peintres : Jaccard Gustave, Schopfer Louis

Imprégnation (Usine d’) : Bernard Maurice. T. 8.917

Jardinier : Baudat Albert

Laitier, fromages : Henrioud L.

Machines à coudre : Weber-Baudat R.

Machines agricoles : Aeschlimann Jean, Weber-Baudat R.

Maréchal : Aeschlimann Jean

Mécanicien-serrurier : Weber-Baudat R.

Médecin : Grec Eugène

Menuisiers : Bovay Henri, Dähler Edouard,  Kirchofer Julien, Regamey Julien

Meunier: Schaer Fritz

Notaire : Schumacher Pierre

Pension : Gruaz Emma

Primeurs : Baudat Albert

Rentiers : Bernard John, Mermoud Lina, Meyer Jean

Sages-femmes : Margot Hélène, Mlle Schluchter Aimée

Scieur : Schaer Fritz

Sellier, tapissier : Bélaz Ami

Tailleur : Capt Louis

Transport : Gruaz Emile

Tricoteuse : Waridel Sophie

Vélos : Weber-Baudat Robert

Vins : Bernard John

Divers : Favre Louis-Aimé, Lachenal Jaques, Vieux-Logis

 

Page 261 – L’Abbaye de L’Isle

Membres fondateurs – Mars 1947

Addor Frédy, Addor Gérald, Anselme César,  Bernard Fernand, Bernard Georges, Bernard Henri,       Bettens Louis, Bolomey René, Bourgeois Georges, Braissant Auguste, Bourl’honne Louis, Burli René, Cloux Agénor, Cloux-Nicolet Edouard, Cloux-Jousson Edouard,  Cloux Emile, Cloux Freddy, Cloux Laurent, Cloux Marcel-André, Cloux Robert, Chabloz Jacques, Chaillet Henri, Chautems André, Delacrétaz Henri, Despond Marcel, Domeninghetti René, Descoeudres Philippe, Failletaz Jean, Failletaz Paul, Failletaz Robert, Favre-Treyvaud Robert, Fivaz Jules, Geyer Charles, Gruaz Charles, Gruaz Marcel, Gruaz Sydney, Guignard Jean, Guignard Ami, Guinand Aimé, Guyaz Alexis, Guyaz Jean, Guyaz Raymond, Hesslöhl Charly, Jaulin Robert, Jeanneret Charly, Jeanneret Joseph, Jotterand Gaston, Maire Pierre, Martin André, Michel Enest, Panchaud Louis, Redard Emile, Redard Maurice, Rochat Aimé, Rochat William, Schaer Georges, Schopfer Fernand, Schopfer Louis, Vial Edouard, Vial Emile, Vial Jacques, Vial Marcel, Vial Paul-Edouard, Vial Robert, Vez Marcel, Wagnon Pierre, Weber André, Weber Georges, Weber John-Henri, Weber Robert, Wulliens Arthur, Wulliens André,  Wulliens Fernand, Wulliens Marcel, Wulliens Roger.

cortège 262

Abbés-présidents

1949 – 1955            René Bolomey

1955 – 1979            John-Henri Weber

1979 – 1991            Marc Wulliens

1991 – 2003           Christophe Thonney

2003 – …….           Jean-Louis Bapst

 

Rois des Fêtes de l’Abbaye 1947 – 2007

1951         1er roi     Charroton Auguste
2ème roi   Redard Maurice
cortège 263-1

1955         1er roi        Geyer Charles
2ème roi    Böhlen Edmond
cortège 263-2
1959         1er roi        Martinet Georges
2ème roi     Wulliens Fernand
cortège 264-1
1963         1er roi        Bernard Charles-Henri
2ème roi     Failletaz Gaston
cortège 264-2
1967         1er roi        Favre  Emmanuel
2ème roi    Bernard Edward
cortège 265-1
1971         1er roi        Schaer Jean
2ème roi     Bernard Charles-Henri
cortège 265-2
1975         1er roi         Bernard Edward
2ème roi       Vial Jacques
cortège 266-1

1979         1er roi         Perret Maurice
2ème roi      Moret Roger
cortège 266-2
1983         1er roi         Mast Alfred
2ème roi      Morel Reymond
cortège 267-1
1987         1er roi         Schaer Jean
2ème roi      Wulliens Raymond
cortège 267-2
1991         1er roi         Reymond Bernard
2ème roi      Schaer Jean
rois 268-1

1995         1er roi         Reymond Bernard
2ème roi     Cloux Pierre-Olivier
rois 268-2
1999         1er roi         Bonzon Olivier
2ème roi     Rosat Claudy
rois 269-1
2003         1er roi         Reymond Bernard
2ème roi     Anselme Fabrice
rois269-2

2007         1er roi         Frédéric Guignard
2ème roi      Pascal Raymund
rois 270

 

Page 271 – Réfection des rues – 1953 –

titre

pla 271

 

La durée des travaux a été de 4 mois, soit de mai à août 1953. Un montant total de Fr.20’769 pour une surface de 11’295m2. Les travaux de couverture du ruisseau de la Chargeaulaz ont coûté Fr.15’455,15.

Les travaux de réfection de la rue du Château ont été admirablement complétés par la réfection du magnifique portail d’entré du Château.

portail chateau

 

Ces photos ont été prises avant et après les travaux, ce qui nous permet de revoir les bâtiments et les routes tels qu’ils se présentaient en 1953.

Rue du Château :rue 273-1Avant

rue 273-2
Après

Rue du Château :

rue 274-1
Avant

rue 274-2
Après

Rue du Château :

rue 275-1
Avant

rue 275-2
Après

Couverture du ruisseau de la Chargeaulaz :

rue 276-1
Avant

rue 276-2
Après

Page 281 – Les drames  des BarbillestitrePhoto – Simon Gabioud.

Ce texte est dédié à
Liliane Rosselet

 » A Toi qui, un jour de mai 1944, à l’orée de tes  quinze ans, alors  que le  mois de mai annonçait le retour du printemps et des beaux jours,  le destin a choisi de te faire prendre un autre chemin. Ce fut un horrible drame qui toucha profondément toute notre région ».
(Guy Bise)

« Un être humain continue à exister aussi longtemps  qu’il reste dans le souvenir d’une seule personne ».
Pensée amérindienne.

– Récit –

Selon le témoignage  de Monsieur Ami Aimé Guignard, recueilli le 5 février 2009, quelques jours après ses nonante ans. Ces événements m’ont été racontés avec clarté, passion, émotion ainsi qu’une détermination impressionnante.

 Je vais donc faire de mon mieux pour transcrire ces propos, sans le  trahir, en respectant sa formulation. Mais il manquera toujours son  merveilleux accent !

Les notes [..] en fin de chapitre, sont des précisions que j’ai trouvées dans mes archives, aux archives communales, dans la Feuille d’Avis de Lausanne, la Tribune de Lausanne, la Gazette de Lausanne et le Journal de Morges.

Comme dit Ami Guignard :

« Nom de sort » ! Il faut commencer par raconter l’histoire depuis le début.

– Alors voilà :

Cette ferme des Barbilles, avant 1930, c’était un dénommé Arthur Jaccard  qui y habitait. La Commune de L’Isle y plaçait les pauvres qui étaient à sa charge. Des domestiques ou des gaillards qui n’avaient pas de famille, ou qui étaient un peu « dérangés ».

Ce Jaccard, je ne sais pas pour quelle raison, il est parti de L’Isle pour aller à Cuarnens.

Après, il est venu un nommé Samuel Rosselet, qui est devenu propriétaire depuis 1930.

Moi j’habitais Villars-Bozon, donc je ne connais pas tous les détails.

C’était un bon gaillard, costaud, un gentil compagnon quoi. Il est arrivé avec sa femme d’une trentaine d’années, qui s’appelait Lidia[1]. Son nom de fille c’était Aebischer, une fribourgeoise très jolie femme, qui avait peut-être une trentaine d’années. Avec une petite fille Liliane[2], qui avait deux ans… « par là ». Ils n’avaient qu’un enfant et il n’en est pas venu d’autre, peut-être qu’ils  n’avaient pas le temps… ?

 Ca allait bien.

Il a fait dix ans avec cette petite ferme, dans laquelle  il avait un cheval et quatre ou cinq vaches. Il avait à peine dix hectares.

Il y avait le frère de sa femme, qui habitait avec eux. Il s’appelait Jean Aebischer, qui était un peu « simplet »,  il vivait à la ferme, il bricolait, il s’aidait un petit peu.

Je l’avais bien connu, je me promenais avec lui aux champs, il approchait la trentaine.

[1] Rosselet-Christ, née Aebischer, Martha Lidia fille de Jean et d’Elise Lehmann, originaire du Grand-Bayard (Neuchâtel), née le 19.05.1896. (Un grand nombre de rameaux donnent naissance à autant de sobriquets : Rosselet-Christ, Rosselet-Dadet, Rosselet-Desous, Rosselet-Droux etc.)  

[2] Rosselet-Christ Liliane Raymonde fille de Samuel et de Martha Lidia, née le 22.10.1929.


Page 286 – La mort de Samuel Rosselet en 1942

C’est là que le drame à commencé :

Il descendait son lait en vélo, le Samuel, avec un boillon de vingt litres. Comme en 40 c’était l’obscurcissement complet, il n’y avait pas de lumière, et on devait rouler sans lumière. Il descendait  à vélo  « comme un brigand »…. Il arrivait par la route vers l’ancien réservoir[3], au plein milieu de la route, il devinait un peu son chemin.

Voilà qu’il arrive dans l’attelage d’un paysan de La Coudre, qui avait été livrer des pommes de terre à Morges. C’était  le père à Samy Cloux. Il arrivait de Morges avec son char vide, il faisait nuit noire. En arrivant au-dessus du cimetière, vers chez Bolomey , ce Samuel Rosselet, qui arrivait à « fond la caisse » en vélo, est arrivé dans l’attelage la tête la première.

Il a assommé un cheval, et puis  lui aussi… ils ont été assommés tous les deux[4], ils sont tombés sur la route. Le paysan ne savait pas ce qui lui arrivait.

Les chevaux connaissaient la route. On sait bien que les chevaux qui  avaient l’habitude  savaient rentrer à la maison.

« Nom de bleu », tous arrêtés là !

Et puis, il faut commencer à appeler au secours.

Je crois bien que c’est René Bolomey qui a entendu.

Bien sûr à sept heures du soir c’est l’heure de la laiterie, il avait été voir ce qui se passait. Il a fallu ramasser ce Rosselet, il y avait pas de lumière.

A cette époque c’était Robert Weber qui était secrétaire municipal, c’est lui qui s’occupait des étrangers, enfin  il avait le contrôle des habitants, alors il connaissait tout ça.

Je ne sais pas s’il s’est arrangé avec la municipalité…, il a fallu faire les obsèques, ma foi en tout cas, il a fallu enterrer ce Rosselet.

Moi j’étais au service, je ne sais pas, mais il me semble que c’était au mois de novembre que ça c’est passé, j’ai été démobilisé le 7 novembre.

[3] La route qui nous amène à l’ancienne déchèterie

[4]  Samuel Rosselet  est décédé le 15 novembre 1942 .


Page 288 -Les Crimes des Barbilles
[5]
vendredi 26 mai 1944

La femme Rosselet, fallait qu’elle continue le domaine, elle devait gouverner avec son frère qui ne pouvait pas diriger la ferme. Elle a cherché un employé, et elle a trouvé un jeune homme qui était à Villars-Bozon, un nommé Marius Nicole[6].

C’était un jeune homme qui avait vingt, vingt et un ans, il avait fait l’école de recrue. Il était à Villars-Bozon chez un nommé Bourl’honne[7], comme domestique. Comme il n’avait plus besoin de lui, ça est bien tombé, il à été s’engager là-bas, chez cette dame  Rosselet pour faire la campagne.

Oh alors ! C’était un bon gaillard, un bon travailleur.

Et puis c’est parti comme çà.

Il se débrouillait pas mal, il n’avait pas de famille, et puis cette Lidia à Rosselet non plus. Que son frère et sa fille Liliane, qui en 40,  avait onze ans. Elle venait à l’école avec le régent Guex à la prim’ sup’ à L’Isle.

Oh ! Elle était intelligente.

Et puis ça a duré deux ans que ce domestique Nicole s’occupait. Enfin qu’il travaillait là-bas, avec point de salaire ! Il se contentait, il était tout heureux. Et puis elle était tellement contente de lui, la dame Rosselet, qu’un beau jour elle lui dit :

– Ecoute Marius: on est content de toi. Si tu restes avec nous. Pour finir tu deviendras propriétaire du domaine.

– Hou là là… !!!

Alors bien sûr, vous comprenez, lui qui  avait été orphelin toute sa vie.

Quoiqu’il avait deux sœurs dont une à la Vallée de Joux. Bien sûre elles étaient orphelines aussi, elles étaient placées par l’assistance  sociale qui les mettait dans une maison, comment dit-on, un orphelinat?

Enfin bref, Nicole, c’est un nom de la Vallée.

Enfin bref il était tout content, il venait aux mises de bois. Il faisait un peu de bois pour la ferme.

C’était un bon gaillard, et puis, on ne sait ce qui s’est passé…

[5] Sanglante tragédie à L’Isle – Un domestique de campagne tue deux personnes et tente de se faire justice. (Feuille d’Avis de Lausanne 27 mai 1944)

[6] Né en 1920 (Gazette de Lausanne du 27 mai 1944 p.8)

[7] Il avait été domestique chez M. Emile Martin à Villars-Bozon (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

Un mystérieux personnage

Il y a eu encore un mystérieux personnage. On a dit après qu’il n’avait pas été « tant vu  que ça ». C’était un déserteur de l’armée française, qui venait à la ferme à travers les bois. Il se cachait dans les bois en dessus des Barbilles,  droit en dessous des Biolles, il sortait que de nuit et il venait se ravitailler. Je ne sais pas s’il se ravitaillait ou bien s’il venait trouver la veuve ? (Dommage que William Rochat n’est plus là car il voyait tout ce qui se passait depuis La Coudre).

Quatre ou cinq ans après le drame, avec le garde forestier, Didi[8] (on avait été marquer du bois), il me dit : tu veux voir la cabane au déserteur ?

Il logeait dans une cabane en branchage, tout au dessus de la colline, sur le plat, il était caché dans les broussailles. C’était presque comme un nid de sanglier.

Le garde n’avait jamais passé dans ce coin. Il a trouvé la cabane longtemps après.

Toute en branchage, bien faite.

Il y a peu de gens qui l’ont vue, je crois que je suis même le seul.

Il a disparu quand il y eu le coup de fusil, « le gaillard« .

[8] Edouard Georges Cloux 1901-1978 dit Didi

Mais revenons au drame

En 1944, cela faisait deux ou trois ans que tout allait bien. Tout par un coup la patronne, la Lidia, elle dit au Marius Nicole :

– Dis donc: j’ai changé d’idée : il te faudra t’en aller…

Bien alors ! C’est là que le drame à commencé…

Il se voyait déjà  patron ! Même propriétaire !

On ne sait pas. La gamine était déjà assez jolie[9]. Elle avait quatorze, quinze ans. Est-ce  qu’il y eut de la jalousie de la mère contre la gamine ?

Car l’hiver quand il faisait mauvais temps, Marius Nicole  venait la chercher avec le traîneau à la sortie de l’école, vers le portail.

Je l’ai vue plusieurs fois.

Elle mangeait l’hiver chez des connaissances, je ne sais pas ou elle dînait. Le matin elle descendait en même temps que lui à la laiterie, avec le traîneau. Mais l’été elle allait en vélo.

La dame Rosselet lui dit :

– J’ai loué le domaine, c’est un Suisse allemand qui va venir.

 » Nom de sort », elle avait mis un article en Suisse allemande pour chercher un fermier !

Et le fermier[10] est venu quelques temps après, avec un joli cheval et un char tout neuf. Un « vieux garçon », pas très vieux, mais célibataire. Il ne savait pas un mot de français. Ça a été quand même. Il a trouvé les Barbilles et s’est installé à l’autre bout de la ferme. Il y avait un petit appartement du côté bise, avec une chambre et un local. La patronne avait son appartement de l’autre côté, elle ne voulait pas s’en aller de la maison, mais lui « il s’en foutait », pour un célibataire ça lui suffisait.

Il observait, et il avait même commencé à aller dans les champs.

Le Marius qui voyait ça…. Ca le rongeait ! Il ne savait pas que « foutre, il foutait le camp » se cacher dans les bois, et il revenait manger.

La patronne lui disait :

– Marius il faut t’en aller!

Mais il ne savait pas où aller ce pauvre gaillard, il avait vingt-trois, vingt-quatre ans ?

Et puis un beau jour ça lui a tapé sur le système. Il est parti, il avait pris son fusil[11].

Comme soldat il avait les vingt-quatre  cartouches. Il a  chargé son arme, et il est parti à travers bois attendre la fille.

Au coin du bois, tout en bas, cent mètres plus bas que la ferme.  Là où on prend le chemin qui monte le long du bois.

Il est venu se cacher là, derrière le gros foyard, dans les buissons, et il attendait la fille.

A onze heures et demie[12], Liliane remontait à vélo depuis l’école. Elle était en dernière année de scolarité, elle poussait son vélo, car depuis la route, ça grimpe  un peu.

Il l’a tirée quand elle était à cinq mètres, en plein front.

Il ne pouvait pas « la louper ».

Elle est tombée sur le chemin avec son vélo.

Le Suisse allemand[13], qui avait entendu le coup de fusil,  a eu une belle peur.

Il se cachait et observait cela depuis la ferme. Il est descendu,  « il a foutu le camp » à travers bois, au galop.

Il atterrit chez Robert Weber, à pied bien sûr, il n’avait pas de vélo.

– Gendarmerie !… gendarmerie ! Ta…ta…ta…. !

Il faisait des gestes, mais le Robert Weber ne savait pas l’allemand.

– Il faut vite aller vers le gendarme lui dit Robert Weber.

Il le prit avec lui pour trouver le gendarme, qui lui savait l’allemand. Ils se sont expliqués, et ont réussi à s’entendre.

Puis le gendarme dit à Robert :

  – « Nom de bleu » il y a eu un meurtre !

Le gendarme ne le connaissait même pas, « ce gaillard ».  Il ne l’avait jamais vu, car  il y avait pas tant de ces jours qu’il était là.

– Oh ! dit le gendarme : j’appelle au secours à Cossonay.

Les deux gendarmes de Cossonay sont montés avec le sidecar.

A la ferme des Barbilles vers 10.00  heures, le Marius,  avait déjà assommé la femme  avec le marteau  d’enchaple[14], le marteau était là,  il avait assommé la mère dans la cuisine[15].

Il paraît qu’elle avait plus de tête…

Et puis il l’a étendue par terre dans la cuisine[16].

Il a pris un fleurier, un de ces fleurier pour le foin, il a empoigné la fille et l’a remontée à la ferme sur l’épaule. Il l’a étendue à côté de sa mère à la cuisine. Les deux femmes étaient mortes quand les gendarmes sont arrivés  là bas.

Le Marius, il attendait avec son fusil.

Le suisse allemand se tenait derrière les gendarmes.

Après il a « décampé », on ne l’a jamais revu. On ne sait pas où il a été.

Les deux femmes étaient étendues là-bas.

Les gendarmes sont montés, mais ils n’osaient pas rentrer.

Il était à la cuisine, avec son fusil chargé et les deux femmes à côté de lui, par terre. Il tournait le dos à une petite fenêtre qui donnait contre le bois.

Il y avait les deux gendarmes en bas du pré qui parlementaient, avec le cornet, pour le faire sortir. Ils n’osaient pas s’approcher.

Et puis un des gendarmes à passé par le bois. Il a été par derrière la ferme, en rampant.

On ne voyait pas grand-chose dans la cuisine, c’était sombre.

Le Nicole tournait le dos à la fenêtre ! Alors le gendarme qui a aperçu ça, a armé son pistolet, il a enfoncé la fenêtre, et il lui a mis son pistolet sur la nuque et lui a dit :

– Posez votre fusil !

Mais le coup est parti. Il s’était préparé pour se suicider. Il est tombé à côté des femmes.

Il était assis sur un tabouret, le coup est sorti au coin du nez, il n’était pas mort !

Il l’on amené et soigné à St-Loup[17].

Il s’en est remis !

Bien sûr, il était sous surveillance. Il à été incarcéré à Bochuz et son cas fut à traité au tribunal de Cossonay[18].

Ce n’était pas « tout de sa faute. »[19] Il avait été provoqué par la veuve. Il a eu les circonstances atténuantes, mais quand même 15 ans à Bochuz.

A Bochuz il s’est conduit tellement bien qu’au bout de dix ans, ils l’ont gracié ! Il est reparti à la Vallée…il s’est marié !

Il est décédé à l’Orient. Ils avaient mis un puissant faire-part. Il s’en était remis « nom de bleu » !

[9] D’autre part, il semblerait que Nicole croyait, sur la foi d’on ne sait quelle promesse, qu’il pourrait faire de la jeune Liliane son épouse, une fois qu’elle aurait atteint sa majorité.  (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[10] M. Kohler (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[11] On incline à croire que c’est la jalousie qui a inspiré le geste de l’assassin.  (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[12] Le 26 mai à 11h30, elle revenait de l’école d’où elle était sortie vers 11 heures. (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[13] M. Kohler

[14] Le marteau avec lequel on enchaplait les faux. (Enchapper : action d’amincir la lame de la faux).

[15] Un marteau à été retrouvé ensanglanté sous une pile de linge sale. (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[16] Lidia et Liliane Rosselt sont mortes le 26 mai 1944. (Archives Commune de L’Isle. RA – 33bis)

[17] Le Dr. Grec, de L’Isle, immédiatement mandé, vint faire sur les deux malheureuses victimes les constatations légales. Il fit transporter Marius Nicole à l’hôpital de St-Loup, par le moyen d’une ambulance. (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[18] En remplacement de M. le juge Bonmottet, de Cossonay, c’est M. Gustave Courvoisier, de L’Isle, qui instruit l’enquête, en collaboration avec la gendarmerie. (Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944)

[19] Je relate les propos d’Aimé Guignard, sans prendre parti ! Bien qu’ils soient en contradiction avec ceux  tenus dans les journaux de l’époque qui disaient : « De toute évidence, il apparaît que Marius Nicole n’est pas un individu très normal et qu’il a donné  à plusieurs reprises la preuve de son caractère borné et brutal ».

On a dû enterrer les dames

Il y avait toute la commune à l’enterrement, cinq cents personnes !

Ils  ont fait une tombe double, dans le premier rang, trois quatre tombe depuis la fontaine, là, à droite vers le mur.

Et puis on a apporté des fleurs, c’était triste…quoi![20]

Ça a fini comme ça, mais c’est que comment… c’est la justice bien sûr qui a fait le nécessaire. Elle s’en est mêlée pour remettre les affaires en ordre. Comme ils ne trouvaient pas de famille c’était difficile.

Je ne sais pas comment ça a été.

Ils ont  mis en vente la ferme. Mais il n’y avait pas d’amateur ! Ils avaient même mis des articles dans  les journaux, mais personne ne voulait venir. Ils avaient la trouille.

[20] Dimanche après-midi, (28 mai 1944) au  milieu d’une vive émotion, a eu lieu l’enterrement au cimetière de L’Isle des deux victimes de la troublante tragédie des Barbilles. La cérémonie funèbre se déroula au temple paroissial où les cercueils étaient déposés.
M. Martin, pasteur, et M. Krafft, ancien conducteur spirituel de la paroisse, apportèrent les consolations de l’Evangile. Précédé des camarades d’école qui portaient  fleurs et couronnes, un long convoi recueilli s’achemina lentement vers le champ du repos. Là les dépouilles de Liliane Rosselet, 15 ans,  et de sa mère, Madame veuve Lydia Rosselet, 48 ans, furent descendues dans une même tombe où, côte à côte, la mort les  a réunies une dernière fois.

L’on entendit encore MM. Les pasteurs, puis M. E. Guex, maître primaire supérieur, l’instituteur de la jeune fille, qui releva quelques traits de la personnalité de son élève douée et d’un cœur bon. Elève vivante, Liliane Rosselet était appréciée de ses camarades.

Un chant des enfants, sous la direction de M. le pasteur Martin, terminèrent cette triste cérémonie. (Feuille d’Avis de Lausanne du 30 mai 1944)

C’était la maison du diable!page 299Photo – Simon Gabioud.

Page 300 – L’achat du domaine par la Commune en 1945

A cette époque, la Commune avait vendu la ferme du « Devin » à la commune de Montricher. (Celle  qui est dans les bois, tout près de Montricher).

Elle ne rapportait rien à la commune, elle coûtait plus qu’elle ne rapportait.

Avec cet argent la Commune a acheté le domaine des Barbilles[21].

A cause des sources, déjà![22]

La commune avait déjà un petit coin à eux, mais ils ne pouvaient  aller comme ils voulaient  rebouiller là-bas derrière. C’est pour cela qu’ils on acheté la ferme et y on fait des travaux une fois ou deux.

Ça n’a pas été fait complètement, mais cela suffisait à l’époque.

Comme la Commune avait acheté cette ferme des Barbilles, il fallait bien chercher un fermier.

En 1946, c’est Francillon[23], un Courvoisier des Toches qui s’y est intéressé.

Ils étaient nombreux sur le domaine des Toches, deux ou trois ménages. Ils étaient au moins quinze à table à l’époque.

La Commune à donc décidé de lui  louer. Il aété s’installer là-bas avec ses gamins et deux têtes de bétail.

Il descendait ses trois gamins à l’école à L’Isle. Il avait 4 enfants ce Francillon.

Quand ils habitaient les Toches, les enfants allaient à l’école à Villars, mais depuis les Barbilles ils sont venus à L’Isle.

[21] Le Conseil communal de L’Isle, dans sa séance du 24 mars 1945 à ratifié par 21 voix, sans avis contraire, l’achat du domaine des Barbilles pour le prix demandé de 37’000francs. M. Guyaz, syndic, expose la raison principale qui à engagé la municipalité a proposer l’achat de ce domaine : l’eau qu’il sera possible d’y capter. (Archives communales – B5 p.223)

[22] En février 2009, la Commune de L’Isle met en chantier les travaux  d’un barrage souterrain, permettant l’alimentation en eau de la commune, dans une optique de développement durable.

[23] François Eugène Courvoisier 1901-1992,  épousa Constance Chambat. Ils eurent 4 enfants.

L’accident d’Edouard Courvoisier

Un des gamins, le deuxième, il s’appelait Edouard, âgé de treize, quatorze ans  remontait de l’école.

Son père, ce François, qui n’avait qu’un œil, avait un fusil de chasse.

Il avait semé de l’avoine, et une nuée de pigeons ramiers  venaient « ruper » ce grain. Alors il charge son fusil de chasse, et quand il  voulut tirer il n’y avait plus de pigeons.

Bien sûr, ils étaient tous partis.

Alors il est retourné à la ferme, en appuyant son fusil de chasse contre un arbre, juste en dessous de la ferme. Il l’a laissé là, chargé.

Le gamin qui donc remontait de l’école,  traverse le pré et voit ce fusil, il « foutimasse » avec et « voilà-t’i pas «  que le coup part ! et directement dans la cuisse!

Notre Francillon qui allait gouverner voit le gamin étendu qui commençait à « geuler ». Bien sûr, il fout le camp au galop appeler du secours.

A l’époque il fallait venir jusqu’à L’Isle.

Il arrive sur la route de la Traversaille et voit arriver une jeune fille qui passait en vélo. Il l’interpelle :

– Il faut me prêter votre vélo ! Il faut descendre à L’Isle chercher du secours. Il faut aller chercher le médecin, y a mon gamin qui s’est blessé.

Ce devait être une fille Favre du Grand Essert, Mery Violette qu’elle s’appelait. Elle était infirmière, elle était jeune fille quoi ! Elle allait à Mont-la-Ville faire du travail. Elle lui dit :

– Je suis infirmière !

Alors elle lui à fait un garrot.

Il a fallu 4 à 5 jours « de diable » à St-Loup pour le guérir. Heureusement que c’était  du petit plomb. Si cela avait été de la chevrotine, on aurait dû lui couper la jambe.

Ils lui ont sorti 60 plombs !

Du petit plomb,  de la grenaille pour les oiseaux. Ils lui ont quand même sauvé la jambe.
Eh ! Oui, cela fait un accident de plus !

Page 304 – L’incendie de la ferme des Barbilles[24] – en 1950 –

Et puis mon Francillon, quelques temps après.

Je me rappelle toujours, cela faisait deux ans que j’étais marié[25].

Comme il n’y avait pas de place à Villars, chez nous, j’étais en location, où il y a Paul Wulliens, vers chez le médecin.

C’était César Wulliens qui était propriétaire, le père à Marcel.

J’étais locataire là, en attendant, et j’allais m’aider à Villars en vélo.

Mon père avait un appartement, et puis ma sœur Lucienne avait l’autre.

On avait la vieille maison. Il n’avait pas de place, il n’y avait pas moyen.

Donc j’ai dû venir provisoirement là, durant deux à trois 3 ans, en attendant.

Je faisais un peu de bois, et on avait été marquer des chablis[26] avec Didi[27]. Il avait besoin de prendre quelqu’un, ce n’était pas toujours moi.

On avait passé à côté de la ferme des Barbilles vers les quatre heures et demie –  cinq heures le soir. On descendait, sans se méfier de rien.

Et puis :

« Nom de bleu » on arrive à L’Isle.

Les cloches sonnent.

On nous dit : il brûle aux Barbilles !

Y’ avait pas demi heure qu‘on avait passé !

Francillon avait été sur la tèche, et tout descendu le foin. Il faisait nuit, il avait pas de falot.

Je  ne sais pas ce qu’il a foutu. Il a dû crocher à une poutre, et  perdre son œil de verre qui est tombé dans le foin.

Il avait une boîte d’allumettes dans sa poche, pour allumer le falot. Il allume une allumette pour chercher son œil,  lâche l’allumette, et fout le feu à la tèche de foin.

Ça a foutu le feu à la ferme !

J’étais rentré à la maison, j’ai juste pu m’habiller en pompier. Y’ avait un camion de la SAPJV qui passait. C’était le père « Guille »[28] qui arrivait avec un camion tout poussif.

On ne pouvait pas en haut.

On  y est quand même arrivé là-bas. Mais n’y avait plus rien à faire.

Il aurait fallu prendre l’eau dans le hangar en haut, mais on  ne pouvait pas y aller avec le camion. Il fallait traverser le pré et traîner la pompe à bras. C’était l’ancienne pompe.

Elle marchait bien « pardi » !

C’était Roger Wulliens qui commandait la pompe en ce moment.

Ce n’était pas celle d’aujourd’hui, il fallait  » l’embrier » à la manivelle, il fallait se gaffer des retours !

Tout le monde avait pu sortir de la ferme, ils avaient lâché les vaches et son cheval.

La gamine, la dernière[29], était au lit, elle avait la grippe.

Les pompiers de Mont-La Ville et La Coudre étaient avant nous.

On ne sait pas qui a sorti la fille mais tout le monde était dans le pré.

Ça venait le soir, les vaches étaient pas traites et tournaient dans les prés, et Francillon était tout énervé, il avait juste eu le temps de descendre de la tèche !

C’est parti rapidement, et tout a grillé. Le toit était déjà venu en bas avant qu’on arrive, tout s’était écroulé.

On est resté là-bas, ceux de Mont-la-Ville sont partis, ceux de La Coudre aussi,  tout le monde est rentré.

Alors le Francillon s’en est revenu aux Toches…

[24]L’incendie à eut lieu le 17 mars 1950 à 16h30 (Procès-verbal d’évaluation des dommages par l’assurance incendie du 24 mars 1950)

[25] Ami Aimé Guignard c’est marié le 18 octobre 1947

[26] Arbres abattus, renversés ou déracinés par les vents, ou les orages, ou autres accidents.

[27] Edouard Cloux, garde forestier

[28] Guyaz

[29] Betty Emilie Martinet, née Courvoisier.

On était de garde

Pour en revenir à Francillon, il a fallu le ramener aux Toches. Ils ont dû le loger. Je ne sais pas comment ils ont pu le loger aux Toches.

Et puis Edouard Wulliens, c’est lui qui commandait les pompiers, me dit :

– Toi qui n’a rien à gouverner, tu veux rester ?

– Il faut laisser quelqu’un, on ne peut pas laisser ça  comme cela.

– Tu veux surveiller,  garder le feu avec deux copains ?

On était trois.

– Est-ce qui y’ en a qui s’annoncent qu’il me dit ?

Pour la garde, les pompiers étaient payés aux heures de Commune.

J’y dis : je veux bien rester. Je n’irai pas au bois demain matin.

Les deux Shofre[30], les deux clowns, qui ne faisaient que de boire des verres, dirent :

– On reste… on reste ! on veux bien rester, ma foi.

Louis Schopfer, il était lieutenant de pompe, mais il était déjà à moitié rond quand il est arrivé là-bas. C’est pas lui qui commandait, mais pourvu qu’il ait à boire…

Du reste il a été destitué par la suite.

Donc on est resté là – bas.

Mais je dis :

C’est que… il faudrait nous apporter à boire et à manger.

On nous répondit :

– On fait le nécessaire.

C’était le peintre à André Jaccard, qui était aussi des pompiers, qui avait une moto. C’est lui qui nous a apporté deux litres de rouge, du pain, du jambon et du saucisson.

On gardait le feu. De temps en temps on allait repousser une poutre pour que ça finisse.

On n’était pas malheureux.

Et puis tout d’un coup, c’était bien neuf heures du soir, voilà une auto qui arrive à travers champs.

Elle éclairait et cherchait.

Elle est montée un bout de ce chemin. Et puis elle n’a pas pu aller plus loin.

Mais il voyait bien le feu.

Un type en civil arrive. Louis Schopfer lui demande :

– Vous chercher quelqu’un ?

– Je suis de la police de sûreté, je viens voir ce qui s’est passé, et j’aimerais voir les propriétaires.

– Ils sont plus là! ils son partis !

Le policier demande :

– Il faut me montrer où c’est.

On lui dit :

– Ils habitent une maison sur la route de Montricher. Mais vous ne voulez pas trouver.

Alors il dit à Ami Guignard :

– Venez avec moi. Il faut que je questionne ces gens. Je vais aux Toches.

Aux Toches, il y avait le gros chien, le Saint-Bernard, qui était au corridor. Il est venu gueuler vers la porte. Heureusement, c’est Alfred qui est venu pour nous laisser entrer.

Ce gaillard de la sûreté, il ressemblait au pasteur Martin.

C’était vrai, et comme il faisait sombre dans la cuisine, voilà le grand-père, qui avait bientôt 90 ans, qui lui dit :

– Mais comme vous êtes gentil, Monsieur le Pasteur, de venir nous trouver.

– Hou! là là…c’était la police.

Le grand-père était tout perdu.

Il y avait du monde autour de la table, même qu’ils avaient envoyé coucher les gamins.

Y’avait au moins 20 personnes qui ont dormi aux Toches cette nuit là, si c’est pas plus !

Bien sûr, il nous avait tous questionnés, et Francillon avait tout de suite avoué.

Il n’avait rien à se reprocher évidemment, le pauvre diable.

Et puis je lui ai dit : il faut me ramener là-bas.

C’est pas le tout, j’avais pas eu le temps de manger le pain et le fromage, quand ce Monsieur est arrivé. Moi je suis parti sans manger.

Quand je suis arrivé, les deux « polichinels« ,[31] ils avaient bu les deux litres.

Moi qui crevait de soif, y avait plus rien, « nom de bleu »!

Un litre chacun, ils étaient presque ronds, ils en avaient une de ces « avoinée ». Le Louis, il dormait appuié à un arbre. C’était minuit, une heure du matin.

Après, Edouard Wulliens est remonté. Ça se finissait. Il nous a dit :

– Je crois qu’on peut renter à la maison.

Et ça c’est fini comme ça.

[30] Schopfer

[31] Les deux frères Schopfer.

Page 312 – La fin de la ferme en 1950

Le Francillon, il n’était que fermier.

Il a fallu rassembler  ses vaches.

Ils les ont mises chez Julien Cloux, là où il y a Vantalon. L’écurie était vide. Ils les ont vendues les jours d’après. Car il n’y avait point de  foin ! point de paille !

Il a liquidé son commerce, et après il a été comme ouvrier.

C’était la fin de la ferme.

Il aurait fallu reconstruire, mais le coût était trop élevé. La Commune qui était propriétaire, a préféré toucher l’argent de l’assurance,   laisser les ruines de cette ferme comme ça, et louer le terrain à un paysan, en gardant la possibilité d’exploiter les sources.[32]

page 313Les restes de la ferme en 2009.

L’histoire du crime avait fait le tour de la Suisse, dans tous les journaux.

Même en Suisse allemande !

Merci à Monsieur Ami Aimé Guignard qui, à nonante ans, m’a raconté cette triste histoire, sans une note.

Quelle mémoire !

Il termine en me disant :

Eh bien, après toutes ces émotions, on va boire un verre, pourquoi pas ?

[32] Le 12 avril 1950, le président du Conseil communal donne lecture du préavis municipal qui n’est pas favorable à la reconstruction de la ferme. Par bulletin secret le 1er  vote donne : 17 oui et 17 non. Le Conseil vote une 2ème fois. Sur 34 bulletins délivrés il ya : (majorité 17) 1 blanc, 16 oui et 17 non.

Le citoyen Alfred Courvoisier lance un référendum contre cette décision. Le 18 avril la liste porte la signature de 91citoyns actifs, sur les 251 électeurs.

La votation à lieu les 20 et 21 mai 1951 (voir bulletin page 320) le résultat de la votation donne : (majorité 89) 80 oui et 96 non. La reconstruction est définitivement refusée.

Rétrospectives des habitants de la ferme des Barbilles

Cette ferme semble avoir été habitée pendant de nombreuses années par une famille Cloux, originaire de La Coudre. Puisque nous trouvons déjà la naissance, le 18 janvier 1669, aux Barbilles de Jean Pierre Cloux, fils de Jacques Louis, et de Magdeleine Piot.

Les indications manquent jusqu’à Louis David et Charles Samuel Cloux, qui sont nés aux Barbilles le 13 décembre 1826.

En 1871, nous trouvons Samuel Rochat qui habitait aux Barbilles. Il avait hébergé cette année là, deux « internés Français »[33] de passage dans notre commune, il avait touché pour cela, la somme de Fr.2.30. Son épouse Henriette Eugénie et décédée aux Barbilles le 26 avril 1888 à l’âge de 87 ans.

[33] Voir page 130 – Passage des internés français dans notre région.

Page 315 – Articles de Presse

page 315-1

page 315-2

Feuille d’Avis de Lausanne du 27 mai 1944

page 316-1
Feuille d’Avis du 29 mai 1944 p.12

page 316-2
Feuille d’Avis de Lausanne du 30 mai 1944 p.12

page 317-1

page 317-2
Tribune de Lausanne du 27 mai 1944 p.2

page 318
Tribune de Lausanne du 28 mai 1944 p.7

page 319-1
page 319-2Gazette de Lausanne du 27 mai 1944 p.8

page 320 -1
Journal de Morges du 30 mai 1944 – Chronique régionale.

« A la maison des Barbilles, près de L’Isle, Nicole, un domestique à tué avec son mousqueton Lidia Rosselet, puis il abattit d’un coup de feu Liliane Rosselet 15 ans. Blessé il a été transporté à St-Loup. C’est un déséquilibré qui n’aurait pas dû rentrer en possession d’un mousqueton »

page 320-2
Bulletin de vote

 

Le dernier vestige

page 321

Après l’incendie de la ferme  des Barbilles, ce petit bassin, au-devant arrondi, portant la date de 1812, a été transporté dans le parc du Château.

Page 322 – Poèmes

Histoire du tablier

Te souviens-tu du tablier de ta Grand’mère ?
Le principal usage du tablier de Grand’mère était de protéger la robe en dessous, mais en plus de cela :
Il servait de gant pour retirer une poêle brûlante du fourneau.
Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants, et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses salies.
Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les œufs, et de temps en temps les poussins !
Quand des visiteurs arrivaient, le tablier servait d’abri à des enfants timides.
Quand le temps était frais, Grand’ Mère  s’emmitouflait les bras.
Ce bon vieux tablier faisait office de soufflet, agité au dessus du feu de bois.
C’est lui qui transbahutait les pommes de terre et le bois sec jusque dans  la cuisine.
Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes; après que les petits pois aient été récoltés, venait le tour des choux.
En fin de saison, il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l’arbre.
Quand des visiteurs arrivaient de façon impromptue, c’était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.
A l’heure de servir le repas, Grand’ Mère allait sur le perron agiter son tablier, et les hommes aux champs savaient aussitôt qu’ils devaient passer à table.
Grand’ Mère l’utilisait aussi pour poser la tarte aux pommes à peine sortie du four sur le rebord de la fenêtre pour qu’elle refroidisse; de nos jours, sa petite fille la pose là pour la décongeler.

Il faudra de nombreuses années avant que quelqu’un invente  un  objet qui puisse remplacer ce bon vieux tablier qui servait à tant de choses.

En souvenir de nos Grands-mères.

 

Page 325 – La Mémoire

Avoir de la mémoire,
C’est une affaire de tiroirs
De plein de mots, on les emplit
C’est merveilleux, on s’extasie
Nos petites têtes blondes sont de vrais génies

Lorsqu’on arrive à 40 ans,
Les tiroirs sont bien rangés
Il n’y a plus grand-chose à mettre dedans
Mais on est encore bien organisé.

A 50 ans, peut-être même avant,
Parfois les tiroirs coincent légèrement
Il faut chercher sous la pile
Une chose… un mot qui file

A 60 ans, ça devient le marathon
Sûr de son affaire, on fonce
Vers l’armoire à linge chercher du thon
Ou pire encore, tout grand on ouvre le buffet
Et oh? Mystère, qu’est-ce-qu’il nous fallait ?
A réfléchir, les sourcils se froncent
Hélas, pas de miracle
A la case départ, il faut retourner

Les nuits d’insomnie, on réfléchit
Comment s’appelle-t-il Machinchose
Mais oui, l’acteur qui joue dans Truc film.
On se retourne dans son lit,
On creuse, on fait travailler sa matière grise,
Mais où est-elle  celle-là ? Est-elle en crise ?
Tonnerre ! Y’a pas moyen que ça revienne
Ce nom, il est là tout près

Juste dans le coin du tiroir, mais on a perdu la clé
Ca commence par D… on est sûr que ça commence par D…
Une faible lueur nous donne l’espoir
Qu’entre les bras de Morphée
Bientôt on pourra se lover.

Eh! oui la mémoire
Est une affaire de tiroirs.
Prenons garde, faisons-la travailler
Avant que tout reste coincé.

Merci de votre visite amis lecteurs.