Charles de Chandieu

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Un Vaudois à la tête d’un régiment bernois :
Charles de Chandieu (1658-1728)

  Université de Lausanne
Faculté des lettres – Session de juin 2004
Section d’histoire sous la direction de
Madame la Professeure Danièle Tosato-Rigo

  Mémoire de licence présenté par
François Cojonnex

  Ce mémoire à été défendu avec succès le 15 juin 2004 devant
Madame la Professeure Danièle Tosato-Rigo et
son assistante Madame Marianne Stubenvoll


– Présentation de Charles de Chandieu par François Cojonnex –

 Charles de Chandieu est né à Lausanne le 24 novembre 1658. Il est le second fils de Paul de Chandieu (1622-1685) et de son épouse Louise Polier (1630-1687). Capitaine au service du royaume de France, Paul de Chandieu possède une demi-compagnie dans le prestigieux régiment des Gardes-Suisses. A l’instar de son père et de son frère aîné, Charles de Chandieu embrasse la carrière des armes. A l’âge de dix-sept ans, il entre comme enseigne dans la compagnie franche de Stoppa. L’année suivante, en avril 1676, il est nommé enseigne dans la lieutenance-colonelle du régiment de Stoppa. Puis en avril 1677, il rejoint, toujours comme enseigne, la demi-compagnie familiale commandée par son frère aîné Samuel (1657-1679). En septembre 1679 Samuel de Chandieu est tué au siège de Saint-Ghislain pendant la guerre de Hollande, Charles prend alors la tête de la demi-compagnie Chandieu aux Gardes-Suisse.

Le 14 janvier 1701, Charles de Chandieu voit sa carrière prendre un essor considérable, lorsqu’il reçoit des mains de Louis XIV le régiment bernois Manuel, l’un des plus anciens régiments suisses au service de France. Charles de Chandieu est le premier Vaudois à être nommé à la tête d’un régiment bernois, brûlant même la politesse à un bourgeois de Berne, Jean Rodolphe May, pourtant soutenu par son canton. Rappelons que les Vaudois, de par leur qualité de sujets de LL.EE. de Berne, ne pouvaient avoir accès à de hautes charges militaires au service étranger. Chandieu doit cette nomination à ses liens avec Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine. Ce dernier, fils adultérin de Louis XIV et de Françoise-Athénaïs de Montespan, a été, entre autre, gratifié à l’âge de trois ans de la charge de colonel-général des Suisses et Grisons. Charles de Chandieu possède également une autre connexion à Versailles. En effet lors d’une mission pour le compte du duc du Maine dans la principauté de Neuchâtel en 1699, Chandieu se lie avec Nicolas-Louis de Neufville, duc de Villeroy (1663-1734), fils du maréchal de Villeroy, ami d’enfance du Roi Soleil. Le duc de Villeroy va aider Chandieu dans ses démarches pour obtenir le commandement du régiment Manuel, le recommandant par exemple à son beau-frère Louis-François Le Tellier, marquis de Barbezieux (1668-1701), alors secrétaire d’Etat à la guerre. Ces relations seront capitales pour Charles de Chandieu, lui permettant ainsi d’obtenir le régiment désiré.

            Le canton de Berne réagit avec force à cette nomination. Il s’estime lésé et juge que la France a manqué à sa parole d’attribuer le régiment vaquant à Jean Rodolphe May. Plus grave, la République des bords de l’Aar accuse Charles de Chandieu d’avoir comploté contre son souverain afin d’obtenir ce régiment. Chandieu s’explique dans une lettre à LL.EE. où il récuse toutes les allégations d’intrigues. A juste titre le gouvernement bernois n’est pas convaincu par le plaidoyer de Chandieu, cependant il décide de ne pas poursuivre le Vaudois, reconnaissant ses liens avec les puissants de la cour.

            Après cette promotion, la carrière de Chandieu va connaître une longue stagnation. En 1721 il reçoit enfin le grade de lieutenant-général des armées du Roi. Par cette promotion, Charles de Chandieu accède à la plus haute dignité sous l’Ancien Régime, après le grade de maréchal de France. Retiré alors du service depuis près de dix ans, il partage son temps entre sa maison lausannoise du Bourg et son magnifique château de L’Isle. Charles de Chandieu, lieutenant-général des armées du Roi, colonel du régiment Villars Chandieu, colonel-propriétaire de la demi-compagnie Villars Chandieu aux Gardes-Suisses, meurt le 24 avril 1728 dans son château de L’Isle.  

François Cojonex

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