Abri sous roche du Mollendruz

Dix ans de recherches archéologiques en Pays de Vaud
Musée cantonal d’archéologie et d’histoire Lausanne – 1991

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L’abri-sous-roche-du-Mollendruz présente une succession d’occupations préhistoriques bien datées tout-à-fait extraordinaire, pratiquement unique dans notre Pays, depuis la fin du Paléolithique jusqu’au Néolithique. Elle permet de situer les traces des derniers chasseurs de rennes et de chevaux vers 10 000 av. J.-C., à la fin de la période glaciaire : ce sont les plus anciens témoignages d’une présence humaine dans le canton, avec ceux de l’abri de la Cure à Baulmes et de la Grotte de Scex près de Villeneuve.

Au monde des chasseurs succède celui des agriculteurs-éleveurs, vers 5 000 av.J.-C. Ces groupes de pionniers, encore très mal connus, qui précèdent de plus d’un millénaire les premiers villages lacustres, ont laissé des traces de leur passage dans cet abri-sous-roche jurassien, à plus de 1000 m. d’altitude!

Ce vaste abri, d’une largeur de près de 20 m, se situe à environ 1 km en aval du col, à l’altitude de 1088 m. Il est orienté vers le sud-est, bien protégé des vents dominants, et abrite une petite source.

Découvert en 1971 par Michel Freymond, il fait l’objet de fouilles archéologiques régulières depuis 1982.

Les résultats montrent que ce magnifique abri rocheux a attiré l’homme depuis des milliers d’années, des chasseurs-cueilleurs paléolithiques et mésolithiques (10 000-5500 av. J.-C) aux premiers agriculteurs-éleveurs néolithiques (5000-400) av. J.-C.). Dans notre région, les traces de populations préhistoriques aussi anciennes sont rares et leurs civilisations mal connues.

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Chronologie des occupations
L’étude détaillée de la succession des couches géologiques et archéologiques déposées dans l’abri sous-roche permet de reconstituer son histoire depuis la fin de dernier retrait glaciaire (vers 11 000 av. J.-C.) jusqu’à nos jours. Dans notre région, il est malheureusement impossible de trouver des vestiges plus anciens, à cause des phénomènes glaciaires qui ont soit empêché la présence humaine soit détruit ses vestiges.

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Scène de vie dans le Mollendruz, vers 9000ans ans av.J.C.
Dessin d’A.Houot. Musée Cantonal d »Art et d’Histoire.

Les occupations les plus importantes de l’abri-sous-roche du Mollendruz concernent la Préhistoire ancienne de notre canton, période marquée par des changements climatiques progressifs et par le passage du monde des chasseurs-cueilleurs, nomades, à celui des agriculteurs-éleveurs, sédentaires.

Le Paléolithique final se place dans la période appelée Tardiglacaire, située entre le retrait du glacier et l’établissement de conditions climatiques proches de celles que nous connaissons actuellement, vers 8000 av. J.-C.
Les occupations les plus anciennes du site sont datées de 10 000 av. J.-C environ. Le climat est encore rigoureux. Lentement colonisé par la végétation, le paysage est peu boisé, constitué de vastes prairies, parsemées de quelques bouleaux et genévriers.
Le Mésolithique correspond à l’adaptation de populations de chasseurs-cueilleurs à un climat nettement plus tempéré et à un environnement de plus en plus forestier.
Au Préboréal (8000-7000 av J.-C) le pin et le bouleau dominent alors que le Boréal (7000-6000 av. J.C) est caractérisé par la prépondérance du noisetier, associé au pin. L’Atlantique ancien (6000-5000 av. J.C.), ou optimum climatique, se signale par une rapide expansion de la chênaie mixte (chêne, orme, tilleul). Tous les stades du Mésolithique sont attestés dans la séquence de l’abri.

Le Néolithique : les agriculteurs-éleveurs qui fréquentent le Mollendruz entre 5000 et 4000 av.J.-C appartiennent à une phase pionnière du peuplement néolithique, mal connue dans notre pays. Elle précède l’occupation massive des rives de nos lacs.
Le paysage végétal voit l’association des essences de la chênaie mixte et du sapin en altitude.

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Les  derniers  chasseurs
Pour ces groupes nomades de la fin du Paléolithique et du Mésolithique (10000-5500 av. J.C.). l’abri-sous-roche représentait certainement un lieu de campement économique ( chasse, cueillette, approvisionnement) beaucoup plus vaste.
Les foyers sont pratiquement les seuls aménagements décelables dans les couches archéologiques. Ils se marquent dans le sol par de petites cuvettes charbonneuses, des concentrations de pierres brûlées ou simplement de la terre rougie sous l’effet de la chaleur.
Le plan d’une structure d’habitat légère, une tente ou une cabane, a été mis en évidence dans un niveau daté du Mésolithique récent (vers 5500 av. J.C.). Elle se reconnaît à une série d’empreintes de piquet, de 4 à 8 cm de diamètre, entourant un petit foyer allumé à même le sol.

Les  premiers  éleveurs
Les Néolithiques s’installent dans l’abri-sous-roche de manière plus durable: les traces d’aménagements qu’ils ont laissés sont beaucoup plus marquées que celles de leurs prédécesseurs.
Les foyers sont souvent installés dans de grandes cuvettes. Ils montrent des utilisations intenses et répétées.
De nombreuses empreintes de poteaux, avec des pierres de calage, indiquent l’existence de véritables constructions, que l’on ne peut malheureusement pas reconstituer avec précision.
Ces restes d’habitats témoignent d’occupations stables, qui n’étaient probablement pas permanentes en raison de la rigueur des conditions climatiques hivernales à une telle altitude.
La pratique de l’élevage est bien attestée par la découverte d’ossements d’animaux domestiques
(bœuf, mouton, porc ).La chasse, au cerf principalement, devient une activité secondaire.
Les vestiges matériels abandonnés par les populations  d’agriculteurs-éleveurs dans l’abri-sous-roche sont très variés et reflètent bien la diversité des activités.
Avec la sédentarisation apparaissent les récipients en terre cuite, utilisés pour la cuisson ou le stockage des denrées. De formes relativement simples, peu décorées, ces poteries sont réalisées par la technique du colombin.
Une autre innovation importante est la production en pierre polie, en particulier des haches. Le défrichement des forêts intervient dès lors en vue de libérer des terres pour l’agriculture ou l’élevage.
A cette époque se développe également le travail du bois, pour la construction de maisons et la fabrication d’outils et de récipients.

 

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La  taille  du  silex
La taille par percussion des roches dures, principalement le silex, est une activité technique de l’homme attestée depuis les périodes les plus anciennes de la préhistoire.
Souvent les pierres taillées demeurent notre unique source d’information dans la mesure où les autres matériaux, plus périssables, ne sont pas conservés.
L’observation minutieuse de vestiges lithiques et l’expérimentation ont permis de développer nos connaissances des techniques et de leurs évolutions. Les gestes et les inventions techniques des hommes préhistoriques deviennent accessibles.
Au Mollendruz, on observe par exemple que durant le Paléolithique et le Mésolithique, la majorité des activités de taille a lieu sur place (décorticage, débitage, façonnage). Par contre, la plupart des pièces néolithiques sont apportées sous forme de produits finis (outils) ou de supports (lames, éclats) prêts à être façonnés.
Les silex retrouvés dans les différentes couches de l’abri-sous-roche du Mollendruz reflètent une évolution des techniques de taille et des changements dans les activités.
Une innovation dans les méthodes de chasse, telle que l’apparition de l’arc et de la flèche au Mésolithique, se marque par la modification et  réduction de la dimension des armatures ou pointes en silex: ce sont les microlithes.
La diversité de formes des outils et des armes en silex permet l’identification de traditions culturelles et leur comparaison avec d’autres groupes régionaux.

La taille du silex suit des règles précises dont les étapes peuvent se résumer de la manière suivante:
1. Choix du bloc de matière première.
2. Décorticage et mise en forme du bloc en fonction du type de produit désiré.
3. Débitage du bloc ou nucléus (noyau). Obtention de produits bruts: éclats, lames et lamelles.
4. Façonnage des produits bruts. Fabrication des outils.

Les datations des couches archéologiques, ont été obtenues par la méthode du carbone 14 dont les principes peuvent être résumés de la manière suivante:
Le carbone 14, faiblement radioactif, est produit dans l’atmosphère puis incorporé au gaz carbonique. Ce gaz est ensuite assimilé par tous les organismes vivants. Dès leur mort, le stock de C14 décroît à raison d’une moitié tous les 5600 ans. La mesure du C14 restant dans les matières organiques, charbon et os principalement, permet de connaître le laps de temps qui s’est écoulé de puis la mort de la plante ou de l’animal.
Les résultats des datations C14 peuvent être précisés, corrigés, par d’autres méthodes, comme la dendrochronologie. Actuellement, nous disposons de « courbes de calibration » complètes remontant jusqu’au Néolithique. Quelques éléments de correction sont connus pour les époques plus anciennes, mais ils ne sont pas encore utilisés couramment par les archéologues. D’ici peu, il faut s’attendre à d’importantes modifications dans les chronologies jusqu’à 20 000 av. J.-C.

Images tirées du site du musée d’archéologie et d’histoire

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Pour en savoir plus :

Pignat G., Winiger A., 1998. Les occupations mésolithiques de l’abri du Mollendruz:
abri 
Freymond commune de Mont-la-Ville (VD,Suisse).
Cahiers d’archéologie romande72. Lausanne.
Réseau Romand Science et Cité